« Ouais mais vous, au moins, vous avez le maquillage »

« Ouais mais vous, au moins, vous avez le maquillage ». (Malgré mon port altier, on ne me vouvoie pas – pas encore. Vous = les filles).

Là, on ravale ses répliques cinglantes type « ouais, et on a aussi gagné les menstrues, l’épilation du maillot à la cire brûlante et l’accouchement aux forceps. ». Car c’est indéniable : nous, c’est-à-dire les meufs, on a gagné le droit de plonger sa tête dans un pot de fond de teint matin et soir pour dissimiler pores dilatées, points noirs, cernes bleuâtres et autres joyeusetés imposées par nos vies trépidantes de femme active et alcoolo qui tourne à un paquet par jour. Ainsi, trois couches de crème hydratante, de base lissante, de fond de teint, d’anticernes, de blush, de crayon khôl, de mascara, de rouge à lèvres, d’ombre à paupières, de poudre plus tard, vous avez une tête à peu près correcte (de même qu’une légère tendance à laisser des empreintes orangées partout sur votre passage).

Nous voilà donc au XXI e siècle capables de porter un masque de maquillage tout en ayant l’air naturelles, fraîchement sorties du plumard, genre ouiiiii, moi quand je me lève j’ai la bouche finement rosée, la pommette creusée, la peau mate et le cil long de trois centimètres. Somme toute, on a le pouvoir de se photoshoper toute seule.

Un avantage, de toute évidence… D’autant que la modernité a fait beaucoup de progrès et que l’univers magique des cosmétiques propose désormais un maquillage « nude » :autrement dit, se maquiller sans en avoir l’air, ou l’art de porter sur la figure l’équivalent de 4 kg de graisse de baleine hydrogénée sans que personne n’y voit goutte. Moi-même, pourtant adepte des artifices par ailleurs, combien de fois me suis-je pâmée devant le teint nacré et lisse d’une congénère (alors qu’on a fêté le même anniversaire la veille, incluant moult alcool et macarena endiablée jusqu’au chant du coq) avant d’être détrompée dans mon admiration première ? (« Ouais c’est L’Oréal qu’a sorti ça la semaine dernière, c’est top ».)

Faut dire, j’aurais du m’en douter.

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C’est d’ailleurs l’un des grands jeux populaires, revers de la starification par excellence : montrer les vedettes à nu, sans maquillage, le genre de photo qui vous fait frissonner avant de vous jeter sur le rayon Beauty Monop.

Google Images regorge d’exemples plus ou moins navrants (je n’ai pas pris les pires car je ne suis pas un suppôt de Voici/Gala/Mate un peu la cellulite de ta célébrité préférée). Pas que je m’acharne contre Pénélope Cruz, mais comme ça, si tu es un mec, le côté pore dilatée prend tout de suite un aspect beaucoup plus concret. Notons à ce propos que le magnifique cadre rose suggère une activité plus féminine que masculine. Rassure-toi chérie, tu n’es pas la seule à faire sursauter ta conquête d’une nuit quand tu ouvres un oeil démaquillé pour le ptit déj.

Dans ces moments-là, on est contentes d’être hétéro. Pas que je renie les moyens mis à notre disposition pour faire la pouf aux terrasses de café, mais enfin, nous au moins, on a aussi la chance de ne pas guetter l’acné persistante ou la cerne caverneuse sous la lumière du néon – autrement dit, ce brun ténébreux n’a probablement pas caché un immonde défaut sous des hectolitres de fard et le grimage reste bel et bien l’apanage de la femme. A moins que des goûts très personnels te portent vers l’ado gothique et son ombre à paupière so dark – peu probable si vous avez plus de 14 ans (mais si tu as 13 ans, tu vas kiffer grave)

Alors je vois venir les nostalgiques, les adeptes du naturel, les hommes surtout, qui aiment « les femmes authentiquement belles et qui prennent soin d’elles, féminines mais pas trop sophistiquées, jolies mais pas trop apprêtées, un peu salopes mais pas trop putes, danseuses du ventre mais aussi championnes de boxe française… » (Si tu te reconnais dans l’une de ces assertions, abonne-toi tout de suite au flux RSS de ce blog, on a des choses à t’apprendre, kid’o)

Soyons clairs : la femme à la jambe lisse et galbée naturellement, à l’aisselle dépourvue de pilosité par un subtil détour de l’évolution biologique, à la bouche rouge et brillante, à l’iris délicatement soulignée par un trait bleu-gris, à l’ongle french manucuré sans effort,  au pubis naturellement en forme de coeur : ça n’existe pas les chéris. Non, la vie n’est pas une longue pub Aubade  Tout ça demande un minimum de travail – minimum syndical en période de disette qui peut se transformer en véritable full-time job avant un premier rencard par exemple.

D’ailleurs, citons à ce propos notre ami Baudelaire (là, je réussis avec une immense fierté la prouesse d’inclure Liliane Bettencourt/ Pénélope Cruz /Charles Baudelaire dans un même article – youhou !)

« La femme est bien dans son droit, et même elle accomplit une espèce de devoir en s’appliquant à paraître magique et surnaturelle; il faut qu’elle étonne, qu’elle charme; idole, elle doit se dorer pour être adorée. Elle doit donc emprunter à tous les arts les moyens de s’élever au-dessus de la nature pour mieux subjuguer les cœurs et frapper les esprits. Il importe fort peu que la ruse et l’artifice soient connus de tous, si le succès en est certain et l’effet toujours irrésistible. » (Eloge du maquillage)

Tout est dit. En tant que bipède femelle, tu dois apparaitre comme une déesse et beauté permanente afin de satisfaire les exigences esthétiques des passants et du mâle en particulier (qui, lui, refait le monde à la seule force de sa plume et de son génie), et ce n’est pas en allant chercher ta baguette avec un combo jogging/cheveux gras que tu vas devenir la muse d’un poète/ chanteur de rock / jeune cadre dynamique. Je sais, c’est pas très pratique non plus avec une toge de divinité romaine et des papillons dans les cheveux (en plus la boulangère va te regarder bizarrement) mais fais un effort. On te demande pas d’être naturelle ; surnaturelle, c’est déjà pas si mal.

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Une réflexion sur “« Ouais mais vous, au moins, vous avez le maquillage »

  1. Étrangement, tout ça me fait me demander si implicitement, on n’affirme pas aux femmes : « Franchement, les filles, au naturel, vous êtes terriblement laides, alors soignez-moi ça à coup de maquillage / bistouri / épilation, etc. ! ».

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