“Tu portes vraiment mal ton prénom !”

Face à cette attaque minable, j’étais restée coite (c’est rare).
La vengeance se dégustant comme le gaspacho, je vais trouver aujourd’hui la bonne réponse.

Dans la pure tradition du commentaire composé sur Stendhal de mes 16 ans (mais avec beaucoup plus de mauvaise foi) et pour éviter que la colère ne m’emporte, je répondrai avec structure: Pourquoi? Comment? Qui? Qu’aurais-je pu/du répondre? Et si tout ça dépassait de façon vertigineuse ma petite personne? C’est quoi “mal porter” un prénom? Et ta mère?

En premier lieu: pourquoi?

Bah ché pas. C’était gratuit et méchant.

Mon prénom n’a rien de bizarre, il est même plutôt joli et personne ne me fait habituellement de remarque dessus. C’est pas comme si j’étais un mexicain de 50 ans appelé Email. Mon prénom et ma personne ne forment pas un paradoxe notable, genre s’appeler Brune en étant blonde ou s’appeler Eve et détester les feuilles de vigne.

Mais comment as-tu réagi alors, pauvre petite fleur?

L’enfant de quatre ans qui sommeille en moi a résisté à l’envie de pleurer devant tant de méchanceté.
L’adolescente impulsive a calmé son envie de répondre “mais je t’emmerde!”
La jeune femme pleine de discernement s’est abstenue de lui mettre un coup de genoux bien placé.
L’adulte pacifiste adepte de la philosophie zen (j’ai lu un Que sais-je sur le sujet) a fait comme si elle n’avait pas entendu.
Et la conne qui a manqué de répartie a trouvé depuis 50 phrases qui auraient été parfaites pour clouer le bec de ce sale type.
Notamment, j’aurais pu répondre “Nan, toi”. (Le vieux coup du “miroir magique, cé c’lui kidikilè” – ça fonctionnait très bien dans la cour de récré, je vois pas au nom de quoi ça ne marcherait plus après).

Mais en l’occurrence, ça n’aurait pas marché: le type en question s’appelait Michel. Il portait très bien son prénom de sale type.

Je l’ai annoncé: les michels et moi, ça ne colle pas.

La première fois que j’ai conduit une voiture, j’ai failli emboutir le portail de Michel Drucker (true story).

Plus tard, j’ai travaillé pour un Michel. Il me payait au forfait pour les tâches à accomplir. Un jour, trop efficace que je suis, j’ai fini la mission une demie-heure plus tôt que d’habitude: il m’a ôté une demie-heure de mon salaire (travaillez mieux pour gagner moins… va comprendre, Charles).

Et puis il y a eu ce Michel-là qui a battu tous les records. Et quelques autres encore (sans intérêt).

Hasard? Que nenni. Simple effet de la mode du début des années 50 qui fait que de nombreux quinqua d’aujourd’hui, un peu aigris et avec un peu de pouvoir se prénomment Michel et veulent se venger de leur jeunesse perdue en escroquant les jeunes et en mettant des portails sur leur route? Oui… mais pas que.

J’ai fait des recherches et j’ai des arguments scientifiques en béton armé.

Et si c’était la faute des astres?

Consultons LE site chinois de référence en matière d’analyse de prénoms, celui du Pr NR NGuyen, “Membre émérite de l’Association pour la Recherche en Sciences Divinatoires et Médicales Asiatiques Canadienne”.

Je décide d’emblée de croire cet homme.

En partie parce que j’aime les titres honorifiques qui ne veulent rien dire et en partie parce que son site propose des horoscopes personnalisés… pour chats et chiens.

Futile, pensez-vous? Un truc à destination des vieilles liftées solitaires et des japonais?
Oui, je me suis dit ça aussi, sur le coup.
Mais le Membre Émérite avait prévu cette réaction de cartésiens bornés! (il n’est pas devin pour rien). Il explique donc: ”les animaux sont des êtres sensibles comme nous et ils subissent les mêmes influences astrales ! D’autre part, il ne faut pas non plus oublier que l’humanité est d’origine animale !” .
Ok, je m’incline.
L’horoscope personnalisé animalisé demande d’entrer le nom de la bête en question.
Je n’ai pas de chien, je n’aime pas ça. Projetons-nous donc dans une vie fictive, vie dans laquelle j’ai un adorable toutou appelé Michel (évidemment), que je bichonne, que je considère comme mon enfant et dont je vérifie chaque semaine l’horoscope.

Résultat, aujourd’hui:  “Michel est roi au royaume des bêtises. Il en fait d’innombrables.” Mais je ne dois y voir “aucune intention de  (me) nuire. Au contraire, ses exploits ne sont exécutés que pour (me) surprendre et (m’)amuser.” Donc: “N’essayez pas de le gronder.” (fin de ma vie fictive)
Bref, Michel le chien, s’il existait me pourrirait la vie, et je n’aurais rien à répondre. Ceci corrobore mes a-priori: je décide de faire dorénavant confiance au Professeur NG.

Quid des Michel humains?

Sont-ils, comme mon chien, prêts à tous les exploits pour me surprendre et m’amuser?
Eh bien, non.

Tout d’abord, les Michel -affirme le devin- sont des queutards sans limite: “des blondes comme des brunes, des petites comme des grandes, des intelligentes comme de douces toquées” .
Queutards et peu regardants donc.
De plus ils  “ne cherchent pas à tout comprendre et à tout expliquer. Ils échappent ainsi à des angoisses inutiles dont bien des gens sont victimes”.
C’est-à-dire un queutard sans le moindre doute, un queutard franc du collier, un queutard “roi au royaume des bêtises”. Bien, bien, bien.
Et pourquoi le Michel ne réfléchit-il pas? Ne cherche-t-il pas à (se) comprendre et à s’améliorer? Parce que “c’est un faible” (sic).
Voilà. Le membre honorable a parlé.

Michel fait son malin, manque totalement d’empathie, égoïste, lâche, il bouffe à tous les râteliers, ne comprend rien et tout glisse sur lui comme l’eau sur le tête d’un canard © (une métaphore du professeur NGuyen). CQFD: comment voulez-vous que Michel et moi puissions partager quoi que ce soit, sinon de l’incompréhension et de l’agacement? Moi qui ne suis qu’empathie, générosité, courage, fidélité et sur qui l’eau accroche comme une éponge sur la tête d’un canard?

Donc, il ne me reste plus qu’à retourner en juillet 2009 face à Michel, et lorsqu’il me dira que je porte vraiment mal mon prénom, je pourrai enfin lui clouer le bec avec des arguments sérieux et un coup de genoux bien placé.

Mais finalement, pourquoi c’est grave?

Autrement dit (question à mon psy): pourquoi est-ce que ça m’a tellement blessée qu’il s’attaque à mon prénom?
Et pour élargir (version yahoo Q/R) : La prénom influe-t-il vraiment sur la personnalité? Serais-je toute autre si je m’appelais Valérie? Aurais-je moins de doutes métaphysiques et plus de fric si je m’appelais Victoire? Probablement pas. (sur yahoo qqn répond “ça dépend si tu crois en la numérologie”. Je like!)

Probablement que non. Mais le prénom, c’est un idéal dont rêvaient les parents quand ils nous ont conçus. Ils choisissent notre sceau, espérant ainsi nous affubler de telle ou telle qualité. Aurore sera belle comme le jour et notre petite Marie restera vierge.

Les pauvres parents veulent ainsi combler leurs propres manquements à travers leur progéniture (trop vannés eux-mêmes sur leur prénom bizarre, ils opteront pour du classique. Complexés, ils essayeront de contrer le sort). Ils encenseront ou rejetteront les traditions familiales selon leurs situations généalogiques (appeler son gosse Josefa comme son ancêtre inconnue ou Athéna quand depuis douze générations on vient du Gers: voilà du pain béni pour un psy).

Grosse pression sociale et potentiellement lourde épée de Damoclès sur l’enfant à venir donc:

Tes parents misent tout sur toi, Barack. Soit choupinette et mignonette, Lily
Tu ne seras rien d’autre que le prolongement de ton père, Junior.
Tu as intérêt d’être féminine, Eve. Et toi Pénélope, d’être patiente.
Tu ne seras pas prolo comme nous, Charles. Toi si, Loana. Etc.

Conclusion: Si un prénom ne dit pas grand chose sur la personnalité de celui qui le porte, il peut en revanche raconter beaucoup sur les situations et névroses des parents. À moins de changer de son plein gré. Par exemple, je connaissais une dame baptisée Mireille qui détestait son prénom: elle avait choisi de se faire appeler Monique. (Sans doute voulait-elle montrer qu’elle riait en toutes circonstances).

(Evidemment, ceci n’est pas valable pour les Michels. Eux, c’est bel et bien une fatalité astrologique).

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3 réflexions sur ““Tu portes vraiment mal ton prénom !”

  1. My Fair Lady,
    Je compatis à votre sort et ai été touché par vos mots profonds et cinglants de petite fille blessée…
    Je souhaite vous citer un aphorisme d’un homme qui m’émeut chaque jour de ma vie, pour ajouter une pierre à l’édifice fragile que sont les parents:

    « Pour commencer, les enfants aiment leurs parents.Au bout de quelques temps, ils les jugent. Rarement, pour ne pas dire jamais, ils leur pardonnent. » O.Wilde

    Je vous souhaite une longue vie My Fair Lady

    Mr Melmoth

  2. Je compatis. Vive le pseudo. J’ai tellement honte pour ma part de mon prénom que je prends celui de mon chien. Au moins je l’ai choisi.
    Et les noms de famille, vous en faites quoi?

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