“Excusez-moi, est-ce que je peux vous acheter une cigarette?”

C’est vrai, voilà des lustres que je n’ai pas posté. Mais en fait 1) je suis une indécrottable flemmearde et n’écrirai des articles quotidiennent que lorsque je sera payée pour (c’est-à-dire jamais) (pour m’envoyer des dons :  elleestsifragile@gmail.com 2) J’ai arrêté de fumer – j’ai aussi arrêté d’être aimable, douce, rationnelle avec la nourriture. Je n’ai pas le temps d’écrire, je suis bien trop occupée à être infecte et à mastiquer des nicorettes immondes du matin au soir. Je focalise également sur TOUS les fumeurs dans la rue, inhalant leur fumée dans leur sillage (en pestant contre eux). Sinon ça-va-je-le vis-bien-merci. A dire vrai, je n’en vois qu’un avantage à cet arrêt: ne plus me faire taxer dans la rue. Car étant par nature bonne poire, je ne refusais quasiment jamais une cigarette, sauf après de longues années de combat avec moi-même où je parvenais à m’enfuir en courant dès qu’un taxeur faisait son apparition. J’ai donc acquis une forte compétence en repérage de taxeurs qui ne me sert désormais plus à rien.

Amis fumeurs, j’imagine vous avez tous vécu cette expérience : vous vous baladez tranquille pépère dans la rue, la fleur au fusil, l’esprit serein, en chantonnant “Jeanneton prend sa fossile, larirette, larireeettte ». Là, une personne à l’air aimable, un peu embarrassée peut-être, s’approche et bredouille “Excusez-moi, pourrais-je vous acheter une cigarette?” Vous l’arrêtez d’un geste, lui tendez une clope et refusez d’un sourire la pièce de 50 cents qui vous est proposée. “Non, non, merci, ce n’est pas la peine” affirmez-vous d’un air rieur. Et vous repartez content de vous : vous n’êtes pas une personne vénale, vous êtes aimable autant que généreux. Certes, le prix du tabac a augmenté et bon, fumer ou manger de la viande, il faut choisir, mais voilà : vous êtes un bon samaritain. On ne vous achètera pas une cigarette, vous préférez la donner, c’est tout vous ça.

Notons tout de même que quelques heures auparavant, à l’arrêt de bus ou devant la boulangerie, vous avez totalement snobé le SDF qui braillait “EeeehhEEh…. T’as pas une cigarette?” De manière générale, par habitude, à moins vraiment d’une exception (fille super-bonne, homme particulièrement affable), vous refusez de donner des clopes aux inconnus. Entre les potes qui vous tapent et votre (grosse) consommation, vous ne pouvez pas vous permettre de distribuer vos cigarettes dans la rue.  Sauf si on vous propose de vous les acheter.

Amis fumeurs, sachez que vous venez de vous faire manipuler…  Car non, à moins d’être rompu aux techniques de taxe des clopes ou d’être particulièrement radin, vous n’accepterez jamais cette pièce qu’on vous propose en échange de votre clope et la donnerez sans plus de fioritures. Par contre, qu’on vous taxe tout bêtement une clope et vous refuserez, limite vénère, en marmonnant à demi une excuse tout en continuant à inspirer de longues bouffées grises.

Qu’on se rassure : ces techniques de manipulation ne visent pas uniquement les fumeurs. Ces techniques obéissent à deux règles implacables 1) Elles sont repérables à des kilomètres et ne brillent pas par leur subtilité 2) Elles marchent à presque tous les coups. Pour peu qu’on soit capable de les repérer, elles donnent l’impression que l’être humain, après des siècles d’évolution, étant parvenu au prix de longues batailles à se hisser au rang de roi de la terre, est en réalité est un gros pigeon.

Ainsi, la technique dite “de la porte au nez” consiste d’abord à vous faire refuser quelque chose (de trop pénible, de trop contraignant) pour vous en faire accepter une autre (de moins pénible et contraignante). Des petits rigolos  d’une branche un peu spéciale des sciences humaines, qui se définit comme la psychologie sociale, ont ainsi mené des études en ce sens et posté des complices dans la rue. Ceux-ci demandent alors aux passants “Seriez-vous prêts à soutenir les jeunes délinquants deux fois par semaine durant deux ans?” Evidemment, les passants refusent (ils sont d’un naïf, ces passants), trouvant  – à juste titre – que c’est un peu beaucoup pour du bénévolat (se faire cracher dessus par des violeurs de 13 ans merci bien). Les complices arguent que la cause est belle, puis concèdent “Sinon, on peut vous proposer de venir juste une après-midi cette semaine. Ca nous aiderait beaucoup.” Ca peut sembler bizarre mais en fait, la majorité des gens acceptent – ce qu’ils auraient probablement refusé si cette proposition leur avait été formulée en premier lieu.

En gros, il faut que l’interlocuteur semble faire une grosse concession entre ses deux propositions pour que vous acceptiez, persuadés d’y gagner au change. On peut donc penser que c’est valable aussi pour le vilain DRH qui vous impose de travailler comme un boeuf pendant un an pour des clopinettes, et qui vous filera une légère augmentation. Objectivement, votre boulot est merdique et mérite bien plus que ça, mais comme il vous parait que le DRH a fait une grosse concession, vous êtes contents et restez dans ce boulot.

La technique de manipulation que je préfère, perso, c’est « le pied dans la porte ». Elle donne juste l’impression que la race humaine est composée à 99% de lopettes et à 1% de génies. En gros, elle permet de vous faire accepter n’importe quoi du moment que vous êtes un minimum engagés dans le processus de décision. Ainsi, lorsque vous rentrez dans un magasin de chaussures qui affichait des soldes à 50% et qu’au final, ces soldes ne portent que sur les cirages, il y a de grandes chances pour que vous repartiez quand même avec une paire immettable et chère, mais ça valait le coup (surtout si vous êtes une fille). Ou alors, vous prenez une auto-stoppeuse en mini-short et haut de bikini, qui vous annonce au moment de s’affaler sur votre banquette arrière qu’elle est accompagné de ses deux potes routiers – et vous vous fadez des chansons paillardes pendant 300 km.

Eux, par exemple, se sont de toute évidence murés dans leur très mauvaise décision de départ, et poursuivent malgré tout. C’est beau, le métier de journaliste.

Sans rentrer dans des théories du complot, de manipulation des masses et des médias, cette technique marche avec à peu près tout. Que celui qui ne s’est jamais enferré dans une relation amoureuse pourrie à la seule force de son auto-persuasion et à coups de « nan mais j’ai passé 4 ans avec elle/lui je peux pas m’être planté à ce point là… » me jette le premier mégot venu.

Ca fonctionne avant tout avec les techniques commerciales, évidemment  – un contact physique avec votre interlocuteur augmente les chances de le délester d’une moitié de son SMIC d’environ 70%.

Je vous assure Sandra... Ce magnifique pendentif de faux diamants serti vous irait à ravir et ne coûte que 699,99€ HT!

Et puis ça fonctionne avec tous les mauvais choix en général, où il n’est même pas besoin d’avoir un sombre manipulateur à la source de tous vos problèmes. (ça m’a toujours fait hurler ces filles – car bien souvent ce sont des filles – qui se lamentent sur leur ex : « c’était un gros manipulateur, un pervers, etc ». Ouais. Tu t’es surtout gourrée sur son compte quoi). Oui, la plupart du temps, on s’enferre dans nos mauvaises décisions tous seuls comme des grands. Par exemple, pris dans l’étau des pressions médico-sociales, financières, bien pensantes, on arrête de fumer (par exemple). Votre entourage n’a qu’une seule envie, vous enfermer dans l’usine Camel jusqu’au restant de vos jours. C’est chiant, c’est difficile, mais maintenant que vous faites des efforts surhumains depuis 15 jours, c’est pas pour saper tout ce boulot et griller bêtement une clope. Vous vous conformez donc bêtement à votre décision de départ, et perdez tous vos amis d’un coup, prenez 12 kilos et on vous surnomme « Tatie Danielle ». Et puis, effet collatéral, vous n’écrivez plus d’articles désopilants trop lol-kikool, avec plein de jolies photos (autres que des photos des feux de l’amour, je veux dire) et de moments mdr. Mais ça va revenir hein, partez pas.

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