Et là, je lui ai dit : si on habitait ensemble ? Sur le ton de la blague, évidemment.

Ces derniers temps, je découvre que j’ai un petit côté Dr Love de magazines féminins (la classe totale) qui n’est pas pour me déplaire. Non pas que je sois experte en la matière, (non, ce n’est pas le moment de balancer tous mes défauts de fille en couple dans les commentaires), c’est plutôt qu’avec ce blog, je traque en permanence LA petite phrase choc dans les conversations de mes amis, et ce dans l’unique but d’écrire des articles dont la désopilance n’aurait d’égale que la cocasserie. (Je le redis, hein, parce que tout le monde n’avait pas compris : dans ce blog, on part de phrases lues ou entendues pour digresser à cœur joie écrire des articles de fonds et de société). Et c’est là que je me suis aperçue qu’en fait, mes amis

1)   ne disent jamais d’énormité totale, du moins pas suffisamment énorme pour en faire un article. Ou alors, c’est qu’ils sont soûls (et comme moi aussi, j’ai l’impression sur le moment que leur conversation de bourré est éclairante)

2)   ne parlent que d’amour (ou de cul)

Voilà donc plusieurs semaines que je guette la phrase drôle, le calembour, la citation juste, la révélation syntaxique dans toutes les discussions à ma portée d’oreille. Bref. Comme vous l’avez probablement remarqué, voilà également plusieurs semaines que je suis obligée de me rabattre sur les phrases de la page d’accueil de yahoo parce que mes amis ne sont pas très doués en matière de phrases – contrairement à ceux de My Fair Lady, qui l’abreuvent de truculentes phrasettes à chaque fois qu’elle boit un punch avec eux. Franchement, je suis jalouse.

Heureusement, l’un de mes amis a récemment daigné relever le niveau. Nous blablations  allègrement de la vie de couple, et cet ami (appelons-le Hector) avait très très envie de s’installer avec sa nouvelle copine, pour cause de déménagement imminent (raison pragmatique) mais aussi d’envie, tout simplement (raison sentimentale). Mais Hector n’osait pas demander à sa dulcinée un tel engagement parce que :

1)   Ils ne sont ensemble que depuis quelques semaines

2)   La dulcinée vit dans un château de 40m2, ce qui ne laisse pas beaucoup de place pour les affaires de mec (le vieux fauteuil déglingue dont les mecs ne veulent JAMAIS se séparer, par exemple, et quand on a 23 paires de chaussures bah ça laisse pas beaucoup de place, désolées)

3)   Ils ne sont ensemble que depuis quelques semaines, et dites, vous croyez que c’est trop tôt ? han je suis sûr que c’est trop tôt, qu’est ce que je vais devenir, je vivrai seul; vieux, malade et finirai mangé par mes chats devant le JT de Pernaut, etc.

Quand nous lui avons suggéré d’en toucher mot à sa chère et tendre, Hector a répondu que c’était chose faite. Ils avaient même parlé « d’acheter l’appart d’à côté pour agrandir le tout, mais sur le ton de la blague évidemment ».

…..

Alors oui, le fait d’habiter ensemble, pour nous trentenaires, est une phase délicate et quand on y pense, il n’existe pas de bonne façon de demander.

« Dis, ça te dirait qu’on partage salle de bains, toilettes, miettes de biscotte sur la table, slips et culottes à étendre, aspirateur et haleine fétide du matin jusqu’à ce que la mort nous sépare ?», par exemple, n’est PAS une bonne façon de demander.

Pourquoi ? Tout simplement parce que oui, c’est chelou d’avoir envie de partager les toilettes, le linge sale, tous les petits travers de l’autre, les soirs où le glamour laisse place à une soirée pyjama-cheveux gras devant 3 épisodes de Lost. Faut vraiment être amoureux. Habiter ensemble, pour nous, les trentenaires parisiens, c’est d’ailleurs devenu LE signe de l’engagement absolu : vu qu’on ne sera jamais proprio d’un appart intramuros (et acheter un pavillon à Rosny-sous-bois, c’est plus de l’engagement mais  un choix de vie, voire un sacerdoce), vu que trouver un nouvel appart prend des allures de sport olympique, on sait bien que si les choses tournent mal, on écopera de 3 mois minimum à se taper les mêmes toilettes et les miettes de biscotte de son EX.

Ex-couple de parisiens n'ayant pas trouvé de nouvel appart depuis 48 ans

Mais sommes-nous à ce point blasés, désabusés de l’amour et de ses déceptions, qu’on doive mettre une touche d ‘humour dans toutes les discussions importantes de couple? Non pas que je blâme Hector, et en effet, un peu d’humour, ça détend – ça laisse surtout une porte de sortie si l’autre fronce les sourcils avec une moue de dégoût « Quoi ? tu veux qu’on habite ensemble ? – Nan mais c’était une blague, moi je suis in-ca-pable de vivre en couple hein, de toutes façons… »

Doit-on demander « Veux-tu m’épouser LOL » ? « ca te dirait qu’on fasse un enfant ? hihi PTDR !» ou « je t’aime  😉 » ? Evidemment, je ne suis pas contre l’humour (par contre, je suis contre la faim dans le monde, la guerre et les fautes d’orthographe). C’est juste qu’actuellement, ce besoin croissant de mettre de l’humour partout, pour faire passer les messages, pour faire passer la pilule surtout, pour attirer l’attention, pour donner du relief, me laisse franchement dubitative.

Prenons ainsi cet exemple criant : cette femme à la fleur de l’âge, en recherche d’emploi, a décidé de mettre un peu d’humour dans une situation somme toute banale, mais importante à ses yeux. A-t’-elle fait le bon choix ? De toute évidence, non.

Attention,  des vidéos pour exemple d’un humour qui tombe à plat, j’aurai pu en prendre beaucoup. J’ai choisi celle-ci, parce qu’en même temps, elle est touchante. (Par contre, le « Isabelle communique-nique-nique depuis 20 aaaans » a tendance à rester dans la tête).

Sans tomber dans le « c’était mieux avant » très énervant, l’humour et l’ironie en général avaient une fonction de distanciation, de second degré, et parfois de vision critique. Aujourd’hui, dans les médias et la politique, ils ont plutôt un rôle fédérateur, agissant comme un clin d’œil qui acte la complicité : « Ah tu vois, on a le même humour ! » Le fameux lipdub de l’UMP en est un bon exemple – mais même pour la tête décontractée des ministres dans les transports en commun (hilarant), je ne mettrai pas la vidéo ici.

Par contre, et aussi parce que j’ai une nette tendance à illustrer mes propos uniquement avec des photos ou des vidéos complètement pourraves, voici – une fois n’est pas coutume, mais vous la connaissez très probablement déjà – une vidéo géniale : des intermittents (principalement) qui jouent à être des hommes et des femmes de droite.

Mes préférés ? « Afrique paye ta dette ! » « Cac 40, Cac 40, ouais, ouais ! » « Si tu aimes Ernest-Antoine Seillière, tape par terre… »

Et justement, je crois que ce qui me plait aussi dans ces mini-mouvances contestataires (eux, le mouvement antipub qui détournait il y a quelques années les slogans publicitaires dans le métro, la Brigade Activiste des Clowns), c’est la note d’humour, d’absurdité, de dérision. Eh non, toute bovaryste que je suis, je n’y échappe pas moi non plus.

Enfin, et parce que je n’ai pas de conclusions sur ce vaste thème de l’humour, parce que j’ai été élevée aux Walt Disney et que j’adore les happy end : pour la petite histoire, Hector et sa dulcinée vont bel et bien emménager ensemble. Souhaitons-leur plein de bonheur – LOL.

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