« J’crois qu’il est amoureux de moi, parce que souvent, quand il me voit, il me tape. »

Suite de l’article précédente: vis ma vie en boum de CE2/CM1 (lisez donc l’article précédent, mes bons amis)(sauf si vous êtes danseur de salsa ou originaire de Versailles, auquel cas vous ne m’aimerez plus, ce qui sera fâcheux pour mon ego)

Donc. La semaine dernière la petite Catarina, 9 ans environ, me demanda conseil pour inviter le petit Léo à danser. (Pour savoir comment j’échouai pathétiquement à lancer un grand slow général parmi la marmaille et comment je réussis malgré moi à créer une petite émeute, c’est dans l’article précédent aussi). Le problème précis était qu’il s’enfuyait quand elle l’invitait “Et pourtant, m’expliqua-t-elle, je crois qu’il est amoureux de moi, parce que souvent, quand il me voit, il me tape. »

Avec une phrase comme celle-ci, je me devais de faire un article, vous comprenez.

Bon, j’annonce la couleur: non, je ne vais pas me lancer dans un article sur la violence faite au femmes. Il fait suffisamment froid comme ça en Europe, je ne vais pas vous geler le coeur. (Et puis mon article précédant commençant avec les paroles de La chenille, je me dois de rester dans un niveau de réflexion léger et printanier.)

Extrapolant un peu la phrase de Catarina, je propose comme thème au débat du jour:

Comment faire pour savoir si on plaît à quelqu’un?

Ouille. La dure et ardue question. Ouille en plein dans mon point faible. Ouille, le sujet auquel il y a autant de réponse que d’individus sur Terre, et même plus, si chacun adapte son comportement selon les rencontres, et pensant que chacun aura en moyenne 17 partenaires sexuels + 39 flirts + 132 rencontres ne menant à rien + 531 béguins restant anonymes – je retiens 2 qui font… Bon. Allons-y doucement…

Le problème de base, c’est l’interprétation
Le langage n’est après tout qu’un amalgame de signes admis par une communauté. Et les us de la société sont des conventions acceptées et validées, mais qui sans interprétation ne veulent rien dire (comme si on jouait à inventer son propre langage tout seul: personne ne nous comprendrait). Se prendre la main, par exemple, est admis, en France comme un signe de la relation amoureuse. En Inde, on se prend la main entre amis, mais pas si on est en couple: ce serait très indécent.
Si quelqu’un vous plaît et que vous voulez qu’il le sache, vous emploierez donc des signes, plus ou moins explicites.
Sauf qu’il n’y pas de glossaire général disant quoi faire. Donc, problème en vue: puisque tout est affaire d’interprétation, les signes peuvent être mal vus et mal compris. Là, le bât blesse, et tout le monde se prend le chou. C’est dans cette zone de flou et de ratage que nous nous attarderons.

Voilà pour l’entrée en matière sociologique que vous avez du relire trois fois pour comprendre. Place maintenant à mon passionnant cas personnel.

Autour de 13/14 ans, la vie est magnifiquement simple (hormis l’acnée, les parents trop relou et les cours de SVT): pour savoir si Jérémie veut sortir avec toi, il suffit de lui demander. Il répond et on est fixé.
“Oui”= on va au ciné samedi aprem aux Halles, et emballé c’est pesé, on se roule des pelles devant un film d’action en VF.
“Non”=  bon, snif, et toi Maxime, tu veux sortir avec moi? Oui? Génial, ça te dit un ciné samedi aprem aux Halles?…
Pas de signe à analyser= tranquillité. Cette méthode, servant à baliser le terrain, permet de limiter les dégats et de ne pas perdre de temps (on est pressé à 14 ans, y a commentaire composé en géo lundi, é g tro ri1 foutu, lol)

Ensuite, la situation se gâte…

Je devais avoir 12 ans le jour où ma grande soeur m’a révélé cette terrible vérité du monde des grands:
-Mais tu sais, en grandissant, on ne se demande plus “Est-ce que tu veux sortir avec moi?”..
-Ah bon? Mais alors comment on fait pour savoir?!? m’enquis-je pleine de panique
-Bah, on le sent! (frima ma soeur)

J’ai tout de suite senti que ça, ça allait être une grosse épine dans le pied.
Et effectivement, j’ai du louper le cours de SVT dans lequel on expliquait comment “sentir” si on avait une chance, et je n’ai toujours pas totalement réussi à combler la lacune.
Du coup, malgré ma grave tendance à tout analyser dans ma vie générale, dans le domaine de la drague, je suis d’une naïveté absolument sidérante, aveugle telle une vieille taupe avec un problème de cataracte.

Le drame a commencé vers 13 ans, avec JB*, un petit roux qui était dans ma classe. (*les prénoms ont été modifiés)
On se retrouvait côte à côte en cours de latin, et on rigolait bien (dire qu’à une époque j’ai ri avec un roux coiffé au bol en apprenant des déclinaisons… que la vie est parfois pittoresque…) Il était sympa, il m’offrait souvent des stylos (ses parents avaient une papeterie) et même un jour il m’a offert un zipo (j’en avais pas l’usage, mais c’était sympa quand même).
Des années après, j’ai découvert qu’il était très amoureux de moi pendant toute cette année de versions latines. Moi, évidemment, j’avais rien vu (il était roux: je ne pensais qu’il avait un coeur)(rrrroooh, ça va! Humour!). Comme tout le monde savait qu’il m’aimait, je suis passée pour une ignoble profiteuse avide de stylos bic et JB* s’est mis à me détester.
Ma foi en l’amitié homme/femme a alors pris un sacré coup, je vous assure! (ça méritera un article, ça aussi, à l’occasion)

Quitter le collège n’a pas franchement amélioré ma situation et je ne pourrai pas aujourd’hui faire une liste exhaustive de tous les types avec qui il ne s’est rien passé parce que je n’ai rien vu, ou que eux n’ont rien vu (parce que évidemment, je suis une godiche de première: ça marche dans les deux sens) ou de ceux qui ont cru alors que non, ou de ceux avec qui j’ai cru que quand même et puis en fait non, bref, j’ai un nombre d’occasions manquées à mon tableau de chasse digne d’un score de bowling.

Etre naïve c’est quoi? Attention, exemple ultimate loose:
Passer 12 heures avec un inconnu qui vous met sa veste sur les épaules, vous fait manger avec sa fourchette, vous complimente sur n’importe quoi et vous fait du genou et conclure: “Que ce type est gentleman!”.
Il a fallu qu’il me lèche les doigts pour que je comprenne, qu’en fait, il me draguait.

Et être godiche, ça donne quoi?
Dormir deux nuits d’affilée dans le lit d’un mec qui vous plaît par 5°, répondre “Non, moi, ça va, merci”, quand il se plaint du froid terrible, puis se pelotonner de dos à un bout du lit sans bouger un cil et s’excuser de lui avoir effleuré le pied. Le lendemain, se flageller d’avoir été beaucoup trop explicite.

La loose, je vous dis.

Le truc qui me rassure, c’est que je sais bien que mon cas n’est pas une unique. Une sérieuse gougleulisation vient de me prouver que j’étais loin d’être seule à avoir loupé le cours de SVT. (Et que le monde était plein de gens prodiguant des conseils encore plus minables que moi). Voir par exemple sur forum.au.feminin le cas de Me301, cas douloureux, tant par la détresse de la jeune amoureuse que par son niveau d’orthographe calamiteux:

“J’ai rencontré 1 mec. moi je l’appelle tjr é je l’envois des msg mé il me répond plus il me parle rien ke sur msn ça me dérange. je lui parle po bc apar les études
J’ai remarqué ke les dernié jour il me parle bc il me raconte sur lui, il me questionne si ses cheveux  son beau. j’ai vu que sa façon de parlé s’es changé il me dit on é pareil on a le mm signe astro, les mm idé, il me dit tjr tu parl avc ki sur msn ché po il a tt changé
je suis interessé de lui psk il é qlq de spec

j’voulais ke vous me conseillez je fait koi est c ke je continu de l’aimé ou j’arrete??? je sais rien fair“

Allez, Me301, Catarina, et vous autres, ami(e)s paumé(e)s dans l’analyse comportementale, sortez vos stylos, prenez des notes, vos relations sentimentales vont devenir belles et simples d’ici quelques minutes:

Étape 1 : Truc & astuce Petit Spirou: “Le body language nous trahit”

Ou “La physio-psychologie pour les nuls expliqué à ma fille”…
(les citations en italique sont tirées de divers forum que vous retrouvez facilement si vous souhaitez approfondir le sujet)

Son regard: (et là, admirez, c’est très pratique: où qu’il regarde, c’est qu’il est fou de vous!)

-“Il te regarde fixement: Il a flashé sur toi et te le signifie directement.
-Il fuit ton regard : tu l’impressionnes. Ou alors, tu l’attires et il craint peut-être de tout gâcher en précipitant les choses.
-Il a tendance à regarder par terre lorsque vous discutez : il s’intéresse sincèrement à toi

– (Le seul hic) Il regarde en l’air quand il te parle : il te mène en bateau.
J’ajouterais: sauf dans le cas où vous regardez ensemble les constellations et qu’il explique “La casserole tu vois, là, et ben c’est Cassiopée”: Là, il vous mène, certes, en bateau (personne ne sait reconnaître les constellations, à part Hubert Reeves et Crocodile Dundee). Mais il veut tout de même coucher avec vous.
Son pouls s’accélère, ses pupilles se dilatent: il a craqué pour toi. (ou pris de la coke)

Ses gestes: ou comment  toutes ces maladies -bénignes- que vous lui supposiez sont en fait du body-language-wanna-fuck:

– Il se frotte le menton, se caresse le cou et la gorge :  Eczéma? Nan: “c’est qu’il ne rêve que de toi mais qu’il ne sait pas comment s’y prendre pour te séduire. En se caressant le visage, c’est bien sûr toi qu’il imagine toucher.

-Il se tient la nuque : torticoli? Nan: “attends-toi à ce qu’il te déclare bientôt sa flamme.”

-Ses coudes sont en appui sur la table et ses mains encadrent son visage: “Cette position exprime les nobles sentiments que tu provoques chez lui. Il est amoureux”

Tu crois qu'elle va comprendre que j'ai envie de baiser?

-Il tient son poing dans sa main : point de côté ou colérique caractériel? Non, “un garçon sensuel, inquiet et raide dingue de toi.”

– Il se passe nerveusement la main dans les cheveux: pellicule? Psoriasis? Pire! “Incapable de sentiments profonds, il n’a jamais goûté à l’amour!”

– Il se mordille la lèvre inférieur : c’est qu’il reste insensible aux charmes que tu déploies. (Attention piège: une autre étude montre qu’une fille qui se mordille la lèvre, elle, se pâme de désir. Donc faites bien attention au sexe de la personne visée avant de tirer vos conclusions)

– Il s’assoit à califourchon sur sa chaise : c’est un beau parleur, un menteur qui cherche à t’impressionner mais n’aime que lui. (ou un mec qui a trop regardé Happy days ou toutes séries de l’époque où il était cool de s’asseoir à l’envers sur une chaise) 

Ses attitudes: ou “S’il est mortellement glauque, c’est qu’c’est gagné!”

-Il change brusquement de style vestimentaire et ne s’habille plus qu’en noir : c’est que, touché par la flèche de Cupidon, il a adopté le style des vrais romantiques. (ou que vous lui donnez envie de se pendre)
– Il change souvent d’humeur : c’est que la grâce de l’amour le fait basculer de la joie la plus intense au désespoir le plus profond. (ou qu’il n’a plus de coke)
-Il tressaille quand tu passes: Tu lui fais un effet tel qu’il n’ose pas t’approcher (ou bien tu le répugnes. Ou ton entrée a provoqué un courant d’air)
-Il donne l’impression de te fuir, il devient soudainement muet, mal à l’aise, voire renfrogné, lorsqu’il est en ta présence: il est apeuré par son propre désir. (Et il a l’air délicieux, cet homme, je vous comprends)
-Il essaye par des moyens détournés (et parfois puérils), d’attirer ton attention, il te taquine, te provoque, joue à la bagarre: tu lui plais et il ne sait comment l’exprimer (et son développement socio-sentimental s’est arrêté vers 9 ans et demi)

Étape 2: trucs & astuces Jeune&Jolie: maintenant qu’on sait, que faire?

Là, bien sûr les bons conseils pullulent: :

-En soirée, isole-toi un moment dehors, et attend de voir s’il te rejoint. Passer une soirée à déprimer seule dans un cagibi pendant que les autres boivent des mijoto, voilà une bonne idée pour pécho tout en s’amusant.
Envoie lui soit un messager ou une lettre anonyme: oui, une belle lettre anonyme avec des mots découpés dans des magazines! Flippant et romantique à la fois. Et puis, un messager, tiens quelle bonne idée. Dès que mon fidèle hobereau en destrier aura fini d’acheminer les missives qu’il est allé porter à travers le royaume de France, je lui donnerai un parchemin à porter au galop chez mon damoiseau.
– Évite d’envoyer ta copine c’est le meilleur moyen de te le faire piquer. Ouh la la: changez de copines surtout!

– Et en bonus, le conseil Melrose Place du jour:fais semblant en lui racontant une histoire (inventée bien sur) en lui disant que tu as eu un mec idiot qui t’a trompée (si tu veux, même, pleures en racontant l’histoire) et que tu l’as surpris avec une autre; invite le quelque part pour qu’il te console.

– Enfin, le conseil absurde et poétique comme du Paolo Coelho: Vous pouvez dire tout simplement :  »Que représente mon nom pour ta vie? » (voilà un conseil qui me laisse pantoise. J’aurais presque envie de le tenter, par curiosité!)

Moralité:

Chercher des conseils à propos des relations humaines sur Yahoo question/réponse, c’est comme demander un conseil mode à Lady Gaga (une bonne tranche de rigolade entre deux de WTF)
La drague est un puits sans fond de ratés et de mauvais goût.
A trop analyser, on peut faire dire n’importe quoi à n’importe quel geste.
Plus c’est tiré par les cheveux, moins c’est gagné
Les relations humaines, quelle plaie.
Vivement que la télépathie soit au point.
La vie c’est plus facile à 12 ans.

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