« Ma vie de sale connasse parisienne »

Pendant que le monde tourne à toute berzingue, que le fondateur de Wikileaks est menacé de prison pour « sexe par surprise » (ceci constitue en effet un délit en Suède. Note pour plus tard : ne pas aller en Suède pour faire du sexe), que Cantona a raté la révolution contre les banques, que des petits malins ont trouvé comment faire du beatbox avec Google Translate ( ça ne marche qu’en Allemand, ne me demandez pas pourquoi)…

Pendant ce temps, donc, il nous arrive à My Fair Lady et moi-même de mener des discussions métaphysiques et existentielles sur nos vies, nos nombrils, nos petites personnes – un sujet bien plus intéressant, convenons-en. Ainsi, après une halte professionnelle en montagne savoyarde des plus ressourçantes, My Fair Lady m’avoua combien cette virée loin de la capitale lui avait été bénéfique – tout en concédant  » Je le sais bien, pourtant, que j’ai une vie de sale connasse parisienne« . (Notons d’ailleurs que cette phrase est révélatrice d’une auto-dérision rare. Eh ouais, je monte pas un blog avec n’importe qui moi).

Sur le coup, je me suis dit : « Ah marrant, moi je me considère pas comme une connasse parisienne ». C’est vrai quoi, d’abord je suis pas née à Paris mais dans une bourgade de 200 000 habitants. Je suis très proche de la nature et je connais tout des chemins terreux normands (j’ai fait pas mal d’équitation de 12 à 15 ans, et j’avais même des posters de chevaux dans ma chambre, avec prairies verdoyantes en toile de fond). On ne peut pas dire que je sois éloignée des vrais gens et de la vraie vie, j’ai même un cousin dealer de drogue actuellement incarcéré (que je n’ai jamais vu alors je sais pas trop si ça compte). Et surtout, surtout, je n’ai pas les ressources financières suffisantes pour être une parisienne de base, qui va à l’opéra comme vous et moi, pauvres hères, allons diner d’un falafel les soirs de fête. Je n’ai ni vison, ni escarpins Barbara Bui, ni d’apéro after-work prévu au Fouquet’s dans les prochains mois.

Et puis bon, en y repensant… On ne peut pas dire non plus que ma vie de freelance dans un loft du 10e arrondissement qui part en vacances 5 semaines par an ressemble à une immersion totale dans la vraie vie. Et ce n’est pas de lire en intégralité les témoignages sur rue 89 pendant que je déjeune d’un sandwich bio qui fait de moi l’Olivier Besancenot de la trentenaire parisienne. Et même si mon compte bancaire ne me permet pas de faire la maligne au Baron tous les samedis soirs, il faut se rendre à l’évidence : je suis une connasse parisienne de la pire espèce. Car, effet crise oblige, aujourd’hui, même avec un salaire pourrave, il est très facile de répondre aux critères de base de la connasse parisienne.

Mais en fait : qu’est ce qu’une Connasse Parisienne?

Connasse Parisienne au mieux de son entrain naturel


 

1) Elle (ou il, d’ailleurs, il existe même des Connasses Parisiennes de sexe mâle très sympas) a un budget fringues équivalent au PIB somalien quels que soient ses revenus. Oui, ne vous y trompez pas : le jean troué aujourd’hui c’est in et ça vaut 200 € au bas mot,et ce dans la logique des choses qui n’ont l’air de rien et qui valent un bras, constituant d’ailleurs l’environnement naturel de la connasse parisienne (la nappe rouge à carreaux au Bon Marché, le bijou de créateur en déchets recyclés, le croque Monsieur dans le VIIe…)

2) Tandis que vous, misérables loques victimes du capitalisme, allez pointer tous les jours à 8h du mat, la journée de la Connasse Parisienne ne commence pas avant 10h (et encore). En même temps, la CP ne travaille pas, elle est DANS quelque chose : dans le théâtre, dans un service de presse, dans la recherche, dans le journalisme… Bizarrement, cela lui permet  de subvenir à ses besoins élémentaires (principalement des légumes bios et des Mojitos). Car, et c’est pour ça qu’elle énerve tellement, la CP a de la chance et du talent pour trouver des petits boulots vaguement en rapport avec sa passion (la Culture)  plutôt bien payés. A moins qu’il ne s’agisse d’un leurre et qu’en réalité, elle soit encore en stage rémunéré en tickets restau pendant que Papa, dentiste, paie le loyer une fois de plus.

3) La Connasse Parisienne est hystéro. Attention, pas hystérique au sens effusion de sentiments et rires déjantés, ouh là là, reproduire la moue mi-blasée mi-affairée de la parisienne de souche dans le métro m’a pris au moins 2 ans. Non, hystérique du mode de vie. C’est très spécial et si vous ne connaissez pas de connasse parisienne, il s’agit d’un concept relativement difficile à saisir. Par exemple, en tant que CP de base, quand j’ai décidé de travailler, je ne me contrains pas seulement à bosser d’arrache-pied : j’adopte du même coup l’hygiène de vie d’un moine shaolin (je me lève à 6h, je bois uniquement du thé vert et je sniffe des huiles essentielles) Après ça, comme j’en ai assez, je décide de voir davantage mes potes et de profiter de la vie (= faire la fête et boire de l’alcool). Ensuite, hop, je trouve que boulot/fête, c’est bien, mais tout ça manque un peu d’enrichissement spirituel. Je mène donc une vie trépidante, entre théâtre, expos, ciné, concert, lecture, avant de trouver que je ne travaille pas assez, etc. (Oui, c’est un cercle infernal et oui, j’ai une vie compliquée) A noter que la connasse parisienne aguerrie parvient à tout concilier, ce qui explique qu’elle soit tout le temps débordée : boire du thé vert lors d’un rendez-vous professionnel après l’expo du Grand Palais et avant le théâtre en amoureux puis la grosse teuf entre amis, ça demande une organisation de dingue.

4) La Connasse Parisienne est tout le temps de très mauvaise humeur. C’est chiant tous ces gens dans le métro, trop relou de se faire draguer dès qu’elle met une mini-jupe, la misère de faire la queue à Monop; et quoi, tu me parles toi? mais pourquoi tu me parles?

Paradoxalement, dès qu’elle se retrouve au Botofar avec ses congénères, la CP est tout sourire, d’humeur badine voire rigolarde – mais ça doit être l’effet du champagne. Parce que sinon, dès le lendemain, elle redeviendra dédaigneuse, opportuniste et blasée (c’est un cliché, mais comme disait Baudelaire « Créer un poncif, voilà le génie » –  Ah oui, comme la CP a glandé 5 ans sur les bancs de la fac, elle a quelques références pour briller dans les diners).

Je sais, c’est effrayant et ce syndrome de la connasserie parigote donnerait presqu’envie de déménager en rase campagne, avec labrador, monospace, etc. Mais qu’on se rassure : la Province a aussi son lot d’enfoirés.

Le Campagnard Exécrable

Campagnard au salon du fromage et à deux doigts de chanter la Marseillaise
Campagnard Exécrable après un shoot de fromage/beaujolais, qui s'apprête à chanter la Marseillaise

A l’image de son père qui tire à la carabine sur les intrus (intrus = toute personne dont la famille n’est pas native du village sur 5 générations), le campagnard exécrable ne vous ne décrochera ni sourire ni « Bonjour » même si ça fait 10 ans que vous êtes son voisin de ferme – à ses yeux vous êtes et resterez une connasse parisienne (en réalité, vous venez de Bourg-en-Bresse mais pour lui, c’est blanc bonnet et bonnet blanc). En effet, le CE est extrêmement chauvin et sa vision du monde se résume à une équation simple, aiguisée par le visionnage assidu des JT de TF1 : natifs du village depuis 5 générations = gentils, rest of the world = barbares islamistes et/ou parisiens. Si toutefois vous parvenez à interagir avec lui (après quelques verres au salon du boudin, lors du bingo hebdomadaire à la salle des fêtes), il vous sera impossible de vous en défaire. Sous prétexte de vous intégrer, il vous fera visiter le « coin » : vous serez alors obligés de humer l’atmosphère ambiante, imprégnée d’engrais et de sciure de bois, en décrétant que l’air pur, il n’y a rien de tel ; de vous extasier longuement devant l’insémination des génisses; d’ingérer des alcools étranges (ah mais c’était donc ça, l’odeur d’engrais et de sciure de bois). Une fois débarrassés et de retour chez vous, ne pensez pas que vous êtes à l’abri : le CE viendra vous solliciter tous les jours afin de vous espionner (au fond, vous êtes peut-être un barbare islamiste, n’oubliez pas) mais aussi de régenter votre vie. Car le CE dirige une ferme/un élevage/un bar PMU d’une main de maître, il ne voit donc pas pourquoi son voisinage échapperait à son contrôle. Par exemple, au nom de « l’aide entre voisins », il viendra inspecter votre maison nouvellement refaite et à force de taper dans les murs avec un marteau, il vous prouvera que « ça tient pas du tout, c’est ni fait ni à faire ». Heureusement, son fils est dans le bâtiment, il va vous arranger ça  – vous êtes libres demain à 6H? En échange, il aurait bien besoin d’un coup de main à la ferme…

Alors je sais, je suis une horrible parisienne pleine de préjugés sur les campagnards. Mais je reconnais qu’ils font de très belles choses avec les animaux.

(Une vidéo magique sponsorisée par Samsung – mais ça vaut le coup…)

Le Péteux Provincial

 

 

 

 

 

Salut, tu viens faire un tour chez Cora bébé?

 

Quand vous débarquez en week-end chez Jean-Mi, il vous accueille tout sourire dans son pavillon avec chambre d’amis, à 2 pas du centre-ville, dont il vous indique au détour de la conversation qu’il coûte le prix d’un 9m2 à Porte de la Chapelle. Puis il vous vante les mérites du jardin, et vous voilà en train d’admirer les crocus et le basilic plantés par Sylvie, pendant que Théo et Léa jouent à chat perché autour de vous. Autour d’un café, au cours de la balade dans la vieille ville de Metz/Bordeaux/Lyon/Rennes, puis pendant l’apéro, la discussion peut se résumer ainsi : « les villes de Province c’est le top, Paris ça pue ». Rien ne vous échappe de la programmation culturelle, des samedis soirs au Macumba, des embouteillages à 9h du mat’, des places en crèche à Metz/Bordeaux/Lyon/Rennes. A dire vrai, au début vous trouviez ça sympa et limite tentant d’habiter dans une grande ville, comme un compromis bien trouvé entre Paris et Charenton sur Orne… Mais là, y’a comme un malaise qui commence à s’installer. A force d’entendre les mérites de la vie en Province, vous vous rendez à l’évidence :  vous ne tiendrez pas 2 samedis au centre commercial du coin entourés de Péteux Provinciaux. Le dimanche, après le marché et pendant que Jean-Mi fait cuire les saucisses au barbeuq’, ça vous apparait clair comme de l’eau de roche : cette vie ressemble un peu trop à une pub Ricoré/un catalogue Ikéa/une campagne UMP pour vous plaire. Du coup, c’est soulagé que vous rentrez dans la grisaille parisienne loin du PP, de sa vie parfaitement orchestrée entre son boulot de commercial chez Orange/son ciné du vendredi avec les gosses/ses projets de vacances à la Barbade.

Finalement, on est pas si mal entre Connasses Parisiennes, hein?

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