“T’es une de mes deux seules amies à être née sous une bonne étoile… et encore, l’autre, je ne la vois plus”.

L’autre jour j’ai discuté avec un astrologue à la retraite (tiens, je me demande s’il faut faire 41 annuités 1/2 de cotisation quand on travaille dans les forces occultes…) La discussion est partie du fait qu’un de mes amis et mon ex sont nés le même jour. Hasard ou coïncidence, il sont quelques névroses communes. Je n’aime pas les raccourcis (je ne suis pas pressée) donc je n’accuse pas les astres et les horoscopes mais j’ai été tout de même fort intriguée par les récits de l’astrologue (que j’appellerai Pr Pluton, histoire de théâtraliser un peu mon récit).

Pr Pluton, donc, m’a énoncé les grandes lignes du caractère des vierges. Et je dus bien constater que ça définissait assez bien ceux de ma connaissance. Alors je vois tout de suite venir les sceptiques et je précède votre contre-argument: non, le Professeur Pluton ne m’a pas dit d’énôôôrmes généralités dans lesquelles tout le monde aurait pu se reconnaître. C’est pour cela que je fus troublée (moi qui suis un roc de cartésianisme).

Moi, comme vous sûrement, dans mon quotidien, l’astrologie est un domaine qui n’a à peu près aucune place. Je lis machinalement mon horoscope dans 20 minutes et en été je m’extasie sur la grandeur la voie lactée en fumant une clope, c’est à peu près tout pour mon rapport avec les étoiles.

Pourtant, il y a quelques années, une dame (appelons-la Lady Cassiopée) m’avait analysé mon thème astral, et j’avais été assez bluffée du résultat. Et là encore, je précède les contre-arguments: 1. Elle ne me connaissait pas du tout. 2. elle n’énonçait pas d’énormes évidences genre “hum vous, My fair Lady, je vois que vous aimez les mots, que vous êtes assez caustique et que vous regardez des films avec Audrey Hepburn”. 3. C’était gratuit, donc je ne me suis pas forcée à la croire pour me convaincre que j’en avais eu pour mon pognon. 

Ainsi, vous serez heureux d’apprendre… …que mon génie littéraire et mon humour désopilant sont bel et bien inscrits dans les astres (un peu dans mes gènes aussi, sans doute: j’ai une famille globalement assez désopilante. Attendez que je vous raconte l’histoire de ma cousine et de ses chats). En effet, Mercure tient une place-clé dans “mon ciel”, et Mercure, c’est la planète des relous d’intello, des rats de bibliothèque, des amoureux de la langue. De plus, je suis de deux signes d’eau, (si!) ce qui fait de moi cet être merveilleusement adaptable qui vous ravira en société. D’où mes difficultés avec les Vierges, qui eux sont faits d’un bloc et sont sans concession. Mes facultés à m’auto-flageller (Mars en cancer… les spécialistes comprendront), ma tendance à tout romancer, mon amour pour les joggings informes et les magazines de fiiiilles, ma passion pour les colliers de perle de grand-mère, ma loquacité et le fait que je parle trop vite: tout, TOUT est inscrit dans le ciel des ma naissance! (à part peut-être mon adoration pour le Kiri, dont je ne m’explique pas vraiment la cause)(enfin, si, vu que c’est TROP BON. Et qu’il n’y a pas d’autre aliment si formidables qu’ils puissent se marier avec le ketchup ET la confiture de fraise)(séparément, hein, quand même). Bref, je ne sais pourquoi j’ai payé un psy, lu des essais de psycho et tenu un journal intime, alors que tout était écrit depuis le début.

Bon, j’en rajoute un peu et du coup j’ai (encore) l’air ironique… mais en vrai, je me dis: pourquoi pas? Après tous, nous ne sommes que des animaux un peu plus évolués que les autres. La Lune influe bien sur nos rythmes hormonaux et notre sommeil, pourquoi les planètes ne nous marqueraient-elles pas davantage? Ca me semble bien moins tiré par les cheveux que cette histoire de Dieu omniscient, par exemple.

Ah, c’est chouette, j’ai réussi ma transition, je vais pouvoir me lancer dans un speech sur un de mes thèmes-phares: la religion (oui, jusqu’ici je vous avais surtout abreuvé de discours sur les relations hommes/femmes, les slows pourris, les compliments foirés, etc… mais on est pas des boeufs, hein, donc aujourd’hui nous extrapolerons et voyagerons au-delà de nos petites personnes pour parler du Grand Tout)(C’est le Saint Esprit de Noël qui a du pénétrer en moi tel Marie dans la grange…)

Avant, je vais tout de même m’arrêter un instant sur la phrase qui donne son titre à cet article.

Ma (prétendue) bonne étoile, donc.

Je racontais l’autre jour à un ami l’aventure que je venais de vivre: j’avais failli me faire renverser par une voiture. Miracle, je m’en suis sortie avec rien d’autre qu’un léger tiraillement aux cordes vocales (à force d’avoir hurlé comme une possédée sur le chauffeur). Un sublimissime jeune homme a assisté à la scène et tout ça s’est fini par une délicieuse discussion avec lui (d’ailleurs, il habite dans la rue à côté de la mienne: autant vous dire que depuis trois jours, même pour descendre la poubelle je suis top bonasse)(ce qui ne sert à rien puisque je sais pertinemment que je ne retomberai sur lui que le jour où je ne m’y attendrai pas, où j’aurai les cheveux moches et les yeux rouges)(bonne étoile peut-être, mais Loi de l’Emmerdement Maximal, toujours).

– L’Ami m’énonce alors son étrange point de vue: que je suis née sous une putain de bonne étoile (You know, man, you have a fucking good star above your fucking head, man!)(certaines phrases ont plus de poids quand on les imagine prononcée par Eddy Murphy)

– Pfff! Moi? Sous une bonne étoile?

1. je ne crois pas au pouvoir magique des étoiles.
2. je pense que la chance on se la crée et que c’est avant tout un état d’esprit (oui, c’est ma lecture de magazines féminins qui me permet d’avoir des opinions hyper géniales dans ce genre-là).
3. moi une bonne étoile? Attends, je t’ai raconté comment je me suis ouvert le doigt avec un bout de verre sale en cherchant une boucle d’oreille dans mon sac d’aspirateur plein alors qu’en fait c’était un vieux trombone que j’avais aspiré?

Non, la chance c’est comme le bonheur, on rêve à ce qu’il faudrait de miraculeux pour l’obtenir, on constate toujours trop tard qu’à un moment donné on était heureux/chanceux, mais que c’est fini, et, comme la poutre dans l’oeil du voisin, on voit toujours plus facilement la chance des autres que la sienne (punaise, faut que je résilie mon abonnement à Cosmo…)

– Là, l’ami Eddy insiste (“Mais siiii!”)

– Ouais, ok, bonne étoile d’être née en temps de paix, dans un pays démocratique, avec  des parents pas (trop) psychotiques m’ayant permis de faire mes propres choix de vie en me soutenant dans mes idées et en voulant mon bonheur? Bonne étoile de ne pas être née orpheline et aveugle dans un bidonville de Bombay? Dans ce cas, oui, c’est évident… mais sale connasse égocentrique que je suis, j’oublie de remercier chaque jour ma bonne étoile et mes parents pour tout cela.

Non, dit l’Ami, à toi il t’arrive toujours des rencontres incroyables!

– Bah, c’est que je passe mon temps à discuter avec des inconnus (pardon, Maman! Mais promis, si lesdits inconnus me proposent des bonbons, je te jure que je refuse). Il faut bien que dans le lot il y en ait une fois de temps en temps des sympa, des intéressants voire des beaux. (les trois à la fois c’est plus rare)(mais, bon sang, comment vais-je faire pour retrouver ce type?!)

Mais nooon, me dit l’Ami Murphy, un peu agacé de mes bavardages, bonne étoile parce que tu sais transformer les moments nases et les déconvenues en événements positifs. Question de karma quoi. (Fucking good karma, mec!)

C’est faux bien sûr, je ne suis pas cette personne formidable qu’il décrit, ça se saurait. (il essayait probablement de me remonter le moral parce que je m’étais ouvert le doigt dans mon sac d’aspirateur, que j’avais failli me faire écraser et que j’avais rencontré un type formidable que j’ai à tout jamais perdu dans la jungle urbaine… )

Mais cette idée de bonne étoile étant un bon placebo pour le moral, j’essaye d’y croire. Et un peu en l’astrologie du coup.

Sauf que je me heurte à un vrai problème: je n’arrive pas à croire.

Je suis une sale païenne. Je ne crois ni en Dieu, ni en la météo, ni en les sondages, c’est même la base de mon éthique. Parfois, je regrette. je pense honnêtement que le vie doit être plus simple quand on croit en Dieu (pas quand on croit en la météo par contre, ça  c’est juste un coup à suer dans des bottes en caoutchouc en maudissant Evelyne Delhia). Pour un croyant, les choses doivent avoir un peu plus de sens et sembler un peu moins graves. Et puis la religion apporte des règles morales auxquelles se référer: ça c’est Mal, Attention: jugement dernier, etc…

Et être déloyal, par exemple, c'est bien ou pas? Ah, ok, merci.

Pour les pauvres brebis athées, il faut se débrouiller seul (bon, y a bien le code civil, qui donne quelques pistes sur les trucs à éviter, mais c’est léger…)

Aux enterrements par exemple, ils expliquent bien comme la douleur doit être relativisée puisque l’être aimé n’est pas vraiment mort, et que son âme flotte dorénavant au paradis parmi les flûtes de Pan, les angelots joufflus et le commandant Cousteau. (une éternité à écouter de la flûte à bec… sérieux, qui est le masochiste qui a dessiné l’imagerie catholique?)

Quand tu n’es pas croyant, tu n’as aucun réconfort de ce genre. La vie n’est rien qu’une succession d’années dont tu as intérêt à profiter, parce qu’après: que dalle.

La réincarnation?
Magnifique concept. Auquel je ne crois pas, vous vous en doutez. Mais l’idée d’un grand Tout, réunissant les êtres vivants, faune, flore, moines, traders et varech en un cycle éternel, je trouve ça… poétique. Vraiment. Mais pour avoir vu dans certains pays l’asservissement qui en découle, je suis un peu réticente là aussi. Regardez les millions d’indiens (entre autres) acceptant l’inacceptable sous prétexte que leur présent n’est qu’une de leurs nombreuses vies, que si ils sont nés Intouchables c’est qu’ils ont péché dans une vie antérieure et doivent aujourd’hui se racheter pour renaître middle-class, et ainsi de suite jusqu’au Nirvana… politiquement, j’ai du mal à accepter cette idée, voyez-vous.

Pour tout dire, la religion me semble n’être qu’un lot de préceptes auxquels on s’accroche pour se rassurer, pour rendre la vie moins prosaïque et angoissante.

A un moment, je me disais que le concept de dieu était tellement archaïque que l’Homme finirait bien par y mettre fin. La science a déjà fait une partie du travail: l’image du Dieu Créateur barbu, des sept jours, des petits pains, des miracles a déjà pris pas mal de plomb dans l’aile. Dans mon entourage, j’ai peu de gens qui m’argumenteraient qu’ils croient en ce dieu-là (mince, j’ai peu de créationnistes dans mon entourage…). Mes quelques amis qui se disent croyants et que je questionne régulièrement à ce propos réponde généralement: “je crois en quelque chose”. Ca me laisse coite… et en quoi? “Des énergies”, “des forces”, “les étoiles”, “un truc supérieur”… Des réponses rarement précises en somme. Une raison à “tout ça”, un truc auquel parler le soir dans son lit.
Un “truc”.
Comme on dit pour les tours de magie.
(pour une analyse pointue du mot truc, cf cet article)

Bon, pour éviter qu’une fatwa soit décrétée contre moi, (ce qui ne m’arrangerait pas, parce que je ne suis pas encore allé voir le dernier Harry Potter), je vous offre l’adresse de l’excellent blog de Dieu Maurice, qui me fait immensément rire, histoire de prouver que je crois pas totalement en rien.

Et pour m’excuser de vous avoir sapé le moral et d’avoir plongé vos consciences vers les tréfonds de la métaphysique agnostique, voilà mon conseil cadeau du mois:

Ceci n’est rien de moins que le meilleur livre que j’ai lu depuis… toujours, sur la religion:

Si je ne m’abuse, Noël et Hannouka arrivent à grands pas, donc offrez-le vous et achetez en huit exemplaires, ça fera pour toute la famille. Hop, je vous évite ainsi d’aller à la Grande Récré acheter des jouets toxiques made in china, de transpirer à la fnac en hurlant au téléphone “Et un livre sur les muffins, ça lui plairait, à Séphanie, tu crois?” et j’épargne à votre famille ces affreux bons d’achats Séphora d’un montant qui ne permet que de s’acheter douze boules de bains gélatineuses à la vanille des îles.

Et pourquoi il faut acheter ce livre?

(Je précise que je n’ai aucune stock-option chez Babel et aucun lien de sang avec ce M. Jacobs, malheureusement)

Parce que, comme le titre le dit, A. J Jacobs, journaliste new-yorkais, juif et athée à la fois, a passé un an à (tenter de) vivre selon la Bible et que le résultat est un chef d’oeuvre. Il a cherché à suivre le texte littéralement, mot pour mot, 514 règles + les commandements + des dizaines de psaumes, sans interpréter et sans donc obéir à une religion en particulier. L’idée de départ, c’était de montrer l’absurdité des fondamentalismes religieux. Au final, ça devient une gigantesque réflexion sur nos habitudes, nos facilités, nos angoisses, le monde actuel, la famille, le travail et ça se lit presque trop vite.

Et puiqu’A. J est juif et New yorkais, il est évidemment drôle. Hilarant même. Sa façon de raconter comment il a essayer de lapider un “infidèle” dans Manhattan (le concessionnaire Avis en bas de chez lui) ou de vivre huit jours dans un cabane qu’il se serait construite lui-même est a pleurer de rire.

Parce que vous découvrirez des préceptes inouïs dont vous n’aviez jamais entendu parler (vous saviez que la Bible demandait de ne pas porter de vêtement de tissus mélangés? Qu’il fallait une fois dans sa vie faire tourner autour de sa tête un oeuf de pigeon frais en récitant une prière spécifique? Qu’il fallait souffler dans une corne au début de chaque mois?)

Parce qu’il raconte sans jamais juger son immersion dans des groupuscules religieux aux coutumes sidérantes (y a des américains qui ont inventé une branche du protestantisme dans laquelle chaque messe finit par une transe où un mec fait tourner à bouts de bras des serpents venimeux: c’est la base de leur religion) parce qu’il est d’une sincérité tellement géniale qu’il finit par nous embarquer dans sa réflexion et par nous faire regarder nos vies différemment, et qu’il ne prêche rien, et ne cesse de se surprendre lui-même. Bref, achetez ce livre, vous deviendrez un être plus intelligent, plus ouvert et bourré d’anecdotes pour briller en soirée.

Et après vous pourrez continuer à le suivre dans ses expériences extrêmes, comme passer un mois à ne dire que la vérité ou lire l’Encyclopedia Britannica en entier en essayant de tout retenir… donc grâce à ce livre, vous n’aurez plus une soirée d’ennui à zapper entre Direct 8 et le forum Doctissimo en vous disant que vous perdez votre jeunesse.

C’est le premier livre qui me fait comprendre pourquoi et comment on peut croire en Dieu, et qui, même me fait trouver ça joli. Non, pas que j’y crois, maintenant, hein! Ca va pas ou quoi?! Mais un livre qui a rendu tolérante une connasse parisienne née sous le signe de Mercure et élevée dans une famille d’intello de gauche, c’est tout de même pas rien.

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4 réflexions sur ““T’es une de mes deux seules amies à être née sous une bonne étoile… et encore, l’autre, je ne la vois plus”.

  1. Vous ne devriez ne pas trop médire sur l’astrologie. Parfois les choses sont clairement évidentes tellement elle sont évidentes de clarté. Moi par exemple, depuis que j’ai appris que j’étais dragon et que ces bestioles étaient de super bons coups, j’y crois carrément, ça peut pas être une coïncidence.

    1. C’est ça qu’il y a de bien avec l’astrologie : on a toujours des compliments. (et les coïncidences existent bel et bien, par exemple, cet article a été publié le jour de ma fête).

      1. Bah non, y’a aussi des gros gros défauts, comme « trop fougueux », « perfectionniste », « très fidèle »… Mais c’est vrai qu’on vit bien avec.

  2. Au fait, pour ton voisin: « Yes you can ! » (doit être dit avec l’accent d’Eddy Murphy, en visualisant Obama, délicieux et irresponsable mix proposé par les Guignols, et en écrivant une lettre de motivation pour entrer dans le staff de Jeune et Jolie).
    Par ailleurs, très sympas les pellicules de Noël sur le fond d’écran…

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