“Mes bonnes révolutions 2011”

Bon, en attendant mon article-choc sur “Le Trivial Pursuit, emblème et centre névralgique de notre époque hystérique” dans lequel je vous raconterai mes vacances en famille et où vous apprendrez moultes informations inutiles sur l’année 1987, je vais tout de même rédiger une petite bafouille pour bien commencer l’année.

Comme une grande partie des femmes de ma génération, je suis adepte des petits carnets qui servent à tout et rien (au point que je trouverai juste que le propriétaire de la papeterie à côté de chez moi me prête la BMW qu’il a pu s’offrir aux deux-tiers grâce à mes achats compulsifs). Le petit carnet ou l’arme ultime de la citadine en auto-psychanalyse permanente, qui croit pouvoir organiser sa vie, lui donner sens et but en notant compulsivement ce qui lui passe par la tête sur un support A5 moleskiné. Les PCC (petits carnets compulsifs) encombrent mon sac, me flinguent le dos, finissent entassés sans que je ne les relise jamais, oui, mais ils sont trô-meugnons, regarde les p’tits bonhommes sur le bas de la page, hi hi hi! Mais surtout, le PCC est une promesse constante d’amélioration: à chaque nouveau projet/idée/année/hobby, hop, un nouveau carnet (et hop, l’intérieur cuir dans la BM de mon papetier). Nouvelle année = nouvelles idées d’auto-amélioration = nouveau PCC…

Et avec quoi rempli-t-on le PCC quand on est (au choix) maniaque / organisé / anxieux / narcissique / débordé / pressé / flemmard?

Avec des listes, bien sûr!

La liste c’est pratique et c’est coooool.

Après les 200 000 exemplaires vendus (en France) des Miscellanées de Mr Schott, chef d’oeuvre qui listaient aussi bien les maris de Liz Taylor que les unités du système métrique ou les grades de la Franc-Maçonnerie, toutes les maisons d’éditions se sont mis à publier des listes. Idem pour les journaux (les 10 plus grands albums/films/série/jeux de l’année/ de la décennie/des trente glorieuses/ du siècle / depuis Christophe Colomb, etc…), les chaînes de télé (“les 50 plus grands tubes de l’été”, “les 50 meilleurs fous-rires de Laurence Ferrari”, “les 50 animaux les plus rigolo mal filmés avec de la musique électronique pour combler le vide intellectuel”, etc), jusqu’à Wikipedia qui proposela liste qui donne tellement le vertige que mon oreille interne en a la nausée

Pas de verbe à conjuguer, pas de conjonctions de coordinations entre les idées, juste des tirets, idéale donc pour les flemmards de la conjugaison et les analphabètes. Bref, la liste, c’est tendance, c’est sexy, c’est efficace: le Père Noël a vraiment tout compris au marketing.

Etant moi-même tendance, sexy, efficace (et marketing), je vous offre donc ma liste de la nouvelle année.

Au passage, notons que la liste est bien sûr une marque de personnalité névrotique. Au point que la formidable Titiou (qui est un peu notre mentor à Mme Bovary et moi-même) listeuse compulsive elle aussi a entrepris l’expérience douloureuse de se sevrer 1 mois et demi de sa manie… L’expérience ici. Le bilan là. Voyez le sacerdoce.

Comme je ne prends plus de bonnes résolutions (parce que je suis bien assez formidable comme ça, je ne vois vraiment pas ce que je pourrais encore parfaire), et surtout pas le 1er janvier (vu que j’entreprend de changer de métier/ville/activités/mec toutes les semaines, je fais un break en début d’année) et parce que je n’ai pas le droit de transformer ce blog en journal intime sous prétexte que ma collègue est partie se la couler douce à Phuket pendant un mois, et parce que je ne supporterai pas d’annoncer publiquement pleins de projets qui au final n’aboutiront jamais (une année j’avais pris comme bonne résolution d’essayer chaque mois un nouveau sport: j’ai pris un cours de Taek-wondo en janvier, je suis montée sur un skate-board en avril, et c’était plié)… Bref pour toutes ces bonnes raisons, je ne peux pas vous donner de liste de bonnes résolutions.

Donc (oui, j’arrive enfin au vif du sujet)(oui cette entrée en matière était beaucoup trop longue et bon sang pourquoi toute cette digression sur les carnets et les listes? Rrooh ça va hein, si vous voulez de la brièveté, allez sur yahoo Q/R, je fais ce que je veux)

Donc.

Je vous propose une liste de bonnes révolutions.

(J’emprunte cette belle formule à Mlle F. T., jeune et talentueuse comédienne qui, je suis sûre ne m’en voudra pas)

Autrement dit, tout ce qu’on pourrait changer dans le monde dès aujourd’hui (enfin, dès demain quand la gueule de bois sera estompée)(et parce que le dimanche, c’est le jour du Seigneur, il vaut mieux rester coucher et regarder Mad Men) pour que ça aille mieux et que l’espèce humaine fasse un vrai bond en avant.

– Que le prénom Michel soit banni des registres de l’état civil. Ou plus précisément: interdire de prénommer un nouveau-né Michel. (Ou Michèle). Espérons ainsi qu’en deux ou trois générations les salauds auront disparus.

– En attendant cette période heureuse, changer en Michel tous les Christian, Jean-Luc ou Bernard qui sont des salauds, pour qu’on sache facilement à qui on a affaire.

– Changer de Pape (parce que celui-là gâche totalement les jolis produits dérivés du Vatican)

Douceur, bonhommie, photogénie: ouh la belle année qui s'annonce! 

– Arrêter de confier le ministère de la santé à des lobbyistes de l’industrie pharmaceutique. Ne pas accepter comme une évidence qu’on démantèle la sécu (sous-prétexte que la santé devrait être un domaine lucratif pour l’état!) aux profit des mutuelles privées.

– Interdire le orange dans l’industrie textile et dans l’univers de la décoration d’intérieur.

– Doubler le nombre de rames de métro sur les lignes 4 et 13 du metro. Et prolonger le service toute la nuit, au moins le week end, au moins sur certaines lignes. Et on peut faire quelque chose à propos de ces accordéonistes qui massacrent Edith Piaf?

– Supprimer les “poke” de Facebook vu qu’en cinq ans, personne n’a compris à quoi ça servait.

– Arrêter d’utiliser l’argument “C’est la crise” pour justifier les discriminations, la peur, l’absence d’inventivité, la bêtise, le désengagement de l’Etat.

– Infliger une lourde amende à celui qui dit “ Ouais, bah moi, le réchauffement climatique, je l’attends!” les jours de neige et se pense être le premier à faire cette blague.

– Faire comprendre aux femmes qu’elles ne sont pas des traînées parce qu’elles couchent le premier soir et qu’elles n’ont pas à attendre avec angoisse qu’Il rappelle, parce que, bordel, les filles, l’égalité des sexes ça commence là.

– Raser la tête de tous les jeunes à mèches-dans-les-yeux.

– Fixer le prix de la redevance télé au prorata du nombre d’heures passées devant.

– Taxer par milliards les entreprises qui font du fric en subventionnant le trafic d’armes et les juntes militaires, par exemple, euh, je sais pas: les usines Total en Birmanie?

– Limiter à une sur dix les pages de pub pour des sacs à main qui coûtent deux SMIC et les rolex dans les magazines dits “de gauche”

– Autoriser le coup de pied dans le tibia de tous ceux qui emploient le terme “bobo” pour désigner n’importe quoi (une quiche bobo (= avec des légumes), une chanson bobo (= en français), un vêtement bobo (= ce qui n’est pas un tailleur ou un costard), etc…)

– Déchoir Michel Sardou de la nationalité française pour crime contre l’humanité.

– Brûler les pulls jacquard en laine; immoler ce qui argument que c’est “joli et chaud”. Globalement: dire NON à toutes les modeux qui décident de remettre soudain aux goût du jour les vêtements qui nous ont pourri notre enfance.

Waah, il est cooool, ton puuuuull!-.

– Expliquer patiemment (aux hommes comme aux femmes) que le féminisme n’est pas un vieux concept défendu par des mal-baisées, ni un combat démodé, ni une insulte, mais une volonté de rendre le monde plus juste et équilibré, et qui nous concerne donc tous. Et que la galanterie et le féminisme ne sont pas antithétiques, bien au contraire, merci d’avance

– Limiter d’usage de la 3D au cinéma avant qu’on ne se retrouve à bailler avec ces lunettes ridicules dans un film de Despléchin (“C’est génial, on a vraiment l’impression d’être à table avec Catherine Deneuve!”)

– Se contenter d’interviewer les acteurs et les chanteurs sur leur métier et ne plus attendre d’eux des opinions passionnantes sur la politique internationale et les progrès de la génétique.

– Foutre un peu la paix aux fumeurs. Surtout quand ils meurent de froid dans la rue à 22h en discutant tranquillement devant un bar.

– Trouver un système pour que les plantes survivent dans un appartement orienté au nord.

– Compter sur autre chose que la consommation des ménages pour relancer la croissance (c’est complètement con comme méthode)

– Autoriser les jeunes à jouer au tarot au café, ce n’est pas un jeu d’argent, vous le savez bien, vous interdisez ça simplement pour les empêcher de rester là trop longtemps, ce qui est illégal. Et bloquer le prix de l’expresso pour au moins cinq ans (2€30, c’est déjà grotesque). Et celui du ticket de métro.

– Elire des hommes politiques qui cherchent à défendre des idées et des valeurs plutôt que ceux qui ont fait la publicité d’eux-mêmes la plus racoleuse.

– Mettre de véritables normes sur les produits bio et le commerce équitable, parce que sans ça, c’est du grand n’importe quoi, vendu plus cher pour rien.

– Enfermer à Saint-Hélène pour trois ans minimum toutes les personnalités médiatiques jugées agaçantes et sur-évaluées (de Cotillard à Robert Ménard et Elie Semoun, via Yann Arthus-Bertrand)(complétez la liste comme bon vous semble mes amis: plus ils seront de fous, plus ils riront durant leur séjour au bagne)

Pardon, France, pour tous ces passages chez Ruquier...

– Subventionner des spectacles avec des chippendales virils et désirables, et non pas imberbes, huilés, avec un regard bovin.

– Interdire aux américains de transformer Millenium en un blockbuster aseptisé avec Megan Fox.

– Offrir une formation de quelques mois aux gens de chez Pôle-Emploi parce que, les pauvres, eux-mêmes ne savent plus trop à quoi ils sont censés servir.

– Interdire les clauses trop petites en bas des contrats.

– Détruire à tout jamais le Comic SM, dans chaque ordinateur, chaque carte de voeux, sur chaque devanture de magasin, quitte à employer la violence.

– Employer d’autres voix pour doubler les acteurs américains noirs que celles d’Eddy Murphy et de Whoopy Goldberg.

– Faire décupler le nombre de visiteurs du blog elleestsifragile.wordpress.com en envoyant le lien à ses 258 meilleurs amis, afin d’élever le niveau d’humour et de débat au sein de la société (et de me faire gagner mon pari).

– Interdire les piscines municipales aux scolaires en journée. Y installer des séchoirs qui sèchent. Et faire passer des tests de vitesse pour que les boulets restent dans la ligne de droite.

– Défendre une culture de masse qui ne soit pas abrutissante et moche, en donnant notamment aux jeunes les moyens de s’exprimer et de réinventer les arts.

– Empêcher les horribles Costes de racheter tous les petits rades de quartier pour en faire des lounge bars prétentieux avec des “méridiennes”chocolat” et de la musique molle.

Pfff, je me suis encore lancé dans un truc bien trop vaste avec cette liste. Je me rends compte avec désespoir du nombre de choses à changer… je suis toute dépitée maintenant…

Mais même si le monde va mal et que c’est trop la crise et qu’on va tous mourir, une nouvelle année mérite de commencer avec une pensée optimiste. Je partage donc cette belle phrase que j’ai lue l’autre jour (mais dont j’ai oublié de noter l’auteur et la provenance).

“N’allez pas croire qu’un groupe de gens jeunes et idéalistes ne peuvent pas lancer une révolution: c’est ce qui s’est toujours passé”.

Notez-moi donc ça sur votre frigo, camarades! (ou en statut sur Facebook) et bonne année sur notre petite Terre.

Publicités

5 réflexions sur ““Mes bonnes révolutions 2011”

  1. Merci d’me faire rire. J’me reconnais bien dans tes articles et ceux de ta « collègue ».
    Toujours sympa de vous lire.

    S.

  2.  » la galanterie et le féminisme ne sont pas antithétiques, bien au contraire, merci d’avance »
    Il FAUT m’expliquer…!

    1. Eh bien disons que la politesse et l’égalitarisme ne sont pas antithétiques. Pas plus que la gentillesse et le respect. Donc je ne vois pas en quoi tenir la porte à quelqu’un (femme ou non d’ailleurs) induirait une supériorité de la part de celui qui tient la porte. Idem pour payer un resto à quelqu’un qu’on apprécie. En obtenant le droit de vote et en revendiquant d’être payée à l’identique qu’un congénère mâle, la femme ne demande pas à ce qu’on ne la traite pas avec douceur et petites attentions. (Mais on a aussi gagné le droit de nous-mêmes tenir la porte et de parfois payer le resto… ce qui est une liberté bien sympa aussi, je trouve).

      1. j’avais pas vu la réponse. Et oui, nous sommes d’accord. Sauf que pour lever toute ambiguïté, c’est vrai que j’ai plus tendance à employer le mot gentillesse que galanterie (qui renvoie à quelque chose de plus asymétrique).

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s