« Quand je raconte mes vacances, elles ont toujours l’air merdiques »

Me voilà donc de retour dans notre froide grise riante capitale, après 3 semaines de vacances à l’autre bout du monde.

Oui. 3 Semaines.

En THAILANDE.

A partir de là, vous avez forcément l’eau à la bouche (ou bien vous me détestez cordialement, tout dépend du laps de temps qui vous sépare de vos dernières vacances). Sans doute êtes-vous avides de photos indécentes avec soleil, lagons bleus et ailerons de requin en toile de fond; et plus encore d’anecdotes truculentes impliquant malentendus en anglais, trains qui n’arrivent jamais, serpents tapis au fond de temples en ruines, afin d’avoir deux ou trois images en tête la prochaine fois que vous irez, ivres morts à 4h du mat, sur last-minute.com – histoire de ne pas choisir n’importe quelle destination au hasard. (Enfin, c’est comme ça que je m’étais retrouvée à partir en Roumanie 3 semaines en plein mois d’août, mais c’est une autre histoire).

Merci last-minute.com pour ces super vacances à Bucarest!

Primo, je ne vous abreuverai pas de photos magnifiques. Parce que je suis nulle en photos de vacances.
Enfin, nulle – avec l’ère du numérique, je suis capable comme tout le monde d’avoir sur 45 photos de coucher de soleil au moins une qui ne sera pas trop ratée –  disons plutôt que je suis flemmarde. Je déteste devoir interrompre un moment magique ou drôle (iguane qui nage près des buildings en plein Bangkok, moine bouddhiste qui envoie des mms à ses potes….) pour sortir mon appareil photo, faire la mise au point, changer le réglage, attends pousse-toi chéri, et le nuage qu’est ce qu’il fout là le nuage putain!?

Ile très belle mais avec gros nuage et ressemblant donc à Lost (Lost = vacances merdiques par excellence)

Ainsi, prendre ce papillon m’a pris au moins 20 minutes et comme ce con n’avait jamais les ailes déployées au bon moment, j’ai failli me faire écraser à peu près 10 fois (ah oui, parce qu’il avait choisi de se poser sur le bitume d’une route en plein virage). Enjoy, car suite à ça j’ai décidé de ne plus me stresser pour des photos : amis partisans des vacances détendues, vous me comprendrez j’en suis sûre.

Unique insecte sympathique croisé en 3 semaines

Du coup, je n’ai pour  souvenirs iconographiques que des moments où je m’ennuie suffisamment pour décider que ça vaut le coup de sortir l’appareil : attentes de bus, moments de flottement où machin est parti aux toilettes… ou instants carrément improbables.

Ma photo la plus réussie : je ne sais même plus où je l'ai prise - mais il y avait la queue aux toilettes

Notons que sur toutes les photos, un gros nuage donne, d’emblée, l’impression de vacances merdiques.

Deuxième constat : dès que je raconte mes vacances, elles ont toujours l’air merdiques.

Mais vraiment-vraiment.

Déjà, ça me fout la pression tous ces amis qui, vu qu’ils sont restés à se geler les miches dans leur studio parisien, écarquillent de grands yeux et se mettent à baver légèrement « Alors, vas-y, raconte! »‘ (Après leur avoir montré mes photos improbables qui ne racontent rien)

Comment on fait? On raconte tout depuis le début? Mais n’est-ce pas un poil exhaustif?

-Alors tu vois dans l’avion c’était trop bien, on pouvait choisir nos films et tout, alors j’ai regardé Step Dance 3, c’est pas mal finalement! Blabla… Bangkok… Blabla… Les îles, les plages; les éléphants, les singes… Blabla…. Et au retour j’ai regardé Mégamind et Wallstreet en anglais, hihi… Je t’ai dit qu’on a regardé Alien Vs Predator dans un bus, doublé en thaï?

Ou alors, comme tout bon Français qui revient d’un pays étranger, doit-on détailler le menu plat par spécialité locale avec comparatif détaillé et rapport qualité/prix?

– Nan mais le mieux c’est de manger dans la rue tu vois, t’en as pour 20 centimes d’euros par personne, mais dans ce cas, il faut manger des pad thai, trop bon ce truc.. A la limite, quitte à payer 3 euros dans les restos, autant manger des saucisses, du poulet, de la viande quoi…

Après réflexion, (et parce que j’ai tellement a-do-ré rencontrer des compatriotes en terre étrangère), mon prochain article portera d’ailleurs sur les caractéristiques des touristes français (hihi, qu’est ce qu’on va se marrer dans le prochain article, parce que je vous le dis tout de suite, dans celui-là, c’est pas gagné).

Somme toute, en matière de récit de vacances, c’est la galère qui remporte la palme. La galère, c’est marrant, ça apaise les jalousies de vos auditeurs, ça fait preuve d’auto-dérision, bref, la galère c’est l’assurance d’un retour de vacances réussi et d’un véritable triomphe dans les diners.

Malheureusement, comme il ne m’est rien arrivé de particulièrement galère, je n’ai pas de quoi pimenter l’habituel chapelet d’exclamations enjouées « han et là on a été sur une île déserte, c’était trop beau… » « et Bangkok, c’est tellement génial » « et Chiang Mai, je m’en remets pas »…. Non, aucune anecdote pour contrebalancer cet effet bisounours (et soporifique) de la vacance réussie qui lasse invariablement vos auditeurs au bout du troisième paragraphe. D’ailleurs, notons qu’après quelques unes de ces phrases extatiques sur la beauté des fonds marins ou sur le rythme trépidant des mégalopoles asiatiques, votre auditoire essaie généralement de vous sauver, de vous tendre une perche, parce que vous avez peut-être oublié de raconter une  galère en route? Non, même pas une petite? « Et ils sont gentils les Thais? » (Traduire : y’en a pas un ou deux qui ont essayé de vous arnaquer, quand même?) « Il a fait beau tout le temps? » ( Même pas l’ombre d’un petit tsunami?) « Et vous avez croisé des trucs chelous? » (T’as pas une photo de mygale?)

Mais j’ai passé de très bonnes vacances sans rien de spécial à ajouter (en Roumanie, au moins, la combinaison tourista+ toilettes à la chaux avait de quoi pimenter la narration). En fait, c’est  comme pour tout : je parlerai toujours moins d’un très bon film que d’un gros navet qui m’ a particulièrement agacée; j’ai plus à dire des défauts de mon dulciné que de ses innombrables qualités; etc, etc. Le bonheur c’est chiant et ça ne sert qu’à vendre des parfums ou des voitures.

En réalité, je pourrais raconter quelques galères  mais je dégouterai quiconque de partir en vacances avec moi dans un avenir proche (=tant que je n’aurai pas fini ma thérapie), sauf à vouloir se coltiner une chochotte de connasse parisienne phobique des insectes au dernier degré (et suffisamment inconsciente pour choisir la Thailande comme destination). Par exemple, je pourrai raconter que j’ai vécu une sorte d’enfer enfermée durant 12 h dans un bus infesté de cafards (d’autant que la blatte exotique ne se contente pas d’être répugnante et énorme : elle VOLE ), expliquer que je cessais de boire toute substance liquide à partir de 23 h afin de ne surtout pas me lever la nuit pour affronter la faune variée et colorée vivant dans les salles de bains (araignées vertes qui sautent, perce-oreilles gigantesques, et oh c’est quoi le nom de cette chose morte? Ah non, elle n’est pas morte, c’était une feinte) et avouer que mes gentils amis et mon dulciné aux innombrables qualités se voyaient obligés de soulever les couettes-oreillers-moustiquaires avant que j’aille dormir… Mais honnêtement, d’un point de vue social, ce serait suicidaire, non?

Mais si les copains, je vous jure, c'est trop sympa de partager une chambre d'hôtel avec moi...
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s