De tous temps, les hommes…

Quand on sort d’école préparatoire de lettres, qu’on a planché des mois durant sur de l’ancien français, de la stylistique, de la syntaxe, de la phonétique, il y a forcément des dommages collatéraux assez irrémédiables.

D’abord, in situ, vous sentez bien que l’époque bénie de l’insouciance adolescente est terminée. 20 ans ce n’est plus le bel âge mais le moment où Rimbaud a cessé d’écrire, et de toutes façons, la poésie ne se conçoit pas sans mal-être. D’ailleurs, vous avez troqué vos potes à dread-locks (qui ont fini en Arts du Spectacle) contre des khâgneux à lunettes, blafards et torturés. C’est dire si vos années estudiantines n’ont pas été placées sous le signe du festoche reggae à fumer des oinj, mais plutôt des cercles de discussion littéraires avec du mauvais vin (ce n’est pas parce qu’on est esthète qu’on a de l’argent) qui dégéneraient toujours  en vagues coucheries (vu que les classes littéraires ne regorgent pas de mecs hétéros, ça tournait vite un peu en rond).

Etudiante en lettres dépitée vu que tous les mecs de sa promo sont homos


D’autre part, vous commencez à corriger toutes les fautes d’orthographe et/ou de syntaxe de vos amis, ce qui vous rend vaguement impopulaire. Puis, comme vous avez été majeure de promo en syntaxe (une de mes plus grandes fiertés – avec ma victoire aux dicos d’or en 3eme), vous finissez par corriger les gens qui corrigent les fautes de syntaxe eux-mêmes (si, si, le frère A Paul, c’est rentré dans les normes syntaxiques depuis 2003...), ce qui vous rend carrément antipathique.

Ensuite, après un matraquage intensif à coups de Mallarmé, de Saussure, et de Benvéniste,  vous réalisez que vous avez contracté une nouvelle phobie :

LE CLICHE. 

Alors forcément, pour ceux qui n’ont pas fait de la chasse au stéréotype leur quête absolue lors de leurs études (et qui ont préféré, je sais pas moi, apprendre des trucs pour devenir riche/célèbre/intelligent), dire que le cliché c’est le mal, c’est le fondement de toute discrimination raciale ou sexiste, de la guerre dans le monde et de l’élection de Miss France semblera sans doute quelque peu tiré par les cheveux.

Recommençons donc.

LE CLICHE – LE STEREOTYPE -LE LIEU COMMUN = 

(Comme quoi, on peut avoir bac + 5 et succomber au gif animé)

C’est peut-être verser dans la linguistique de comptoir, la stylistique pour les nuls,la sémiotique de bas-étage, mais c’est indéniable : vous ne supportez plus les lieux communs. Pas seulement en littérature : les « un soleil de plomb chauffait l’asphalte tandis que James s’apprêtait à tourner le contact… », « -Tu n’as rien compris, rétorqua-t-il », « Elle réalisa qu’elle avait commis la plus grave erreur de toute sa vie en quittant Paul »etc. ne suffisent plus à alimenter votre phobie. (Comme disait Dali, le premier à avoir dit que les joues des femmes étaient belles comme des roses était sans doute un poète, mais tous ceux qui l’ont répété à l’envi étaient des imbéciles.)

La phobie du stéréotype relève alors de la déformation professionnelle et s’infiltre dans les moindres recoins de la vie quotidienne – avec réactions épidermiques à la chaîne.

  • Frémir dès qu’un coucher de soleil fait son apparition sur une carte postale ;
  • Détester faire le ménage le dimanche (et ne plus le faire du tout parce qu’on a pas le temps);
  • Haïr la sempiternelle question entre une coupe de mousseux tièdes et des petits fours mollassons : Sinon, tu fais quoi dans la vie? (et avoir envie de répondre je travaille dans les pompes funèbres, juste pour voir);
  • Ne plus aller voir aucune comédie française, le cinéma de notre chère Nation étant un dictionnaire des stéréotypes à lui tout seul (repas de famille/adultères/vaisselle cassée – déprimant);
  • Avoir envie de manger ses chaussettes quand une dissert/une pensée/un discours commence par « De tous temps, les hommes »

Bref, on peut dire sans exagérer que vous devenez légèrement sociopathe. Je veux immédiatement rassurer tous ceux qui ont tapé « hipokhâgne sociopathe » sur Google et qui sont tombés ici par hasard: ceci tend à s’amoindrir au fil des ans (mais pas complètement). En même temps, faut avouer qu’on est pas toujours aidés.

C'est bien connu, la femme est quand même plus à sa place en porte-jarretelles sur une aile d'avion qu'au bureau par exemple

Ce qui est légèrement gênant au quotidien devient franchement handicapant en termes de relations humaines et particulièrement en termes de relations amoureuses. Alors un jour (prochain), je mettrai mes ovaires à profit et vous proposerai, messieurs, une carte du tendre remise au goût du jour. Mais en attendant, reconnaissons que l’égalité hommes/femmes bat son plein question stéréotypes amoureux. De toutes façons, comme chacun sait, l’amour est un nid à lieux communs (pour les pires phrases de drague au monde, allez donc lire ceci) et les déclarations/ruptures/enguelades répondent à une cartographie bien précise du poncif.

A ce stade, autant dire que les clichés liés à la nationalité/à la particularité régionale/aux gênes qui vous rendent voleur, feignant, râleur ou vénale, c’est juste pas possible.

Et puis, un jour, vous partez en vacances en Thaïlande. Là, force est de constater que vous répondez quand même un peu à un stéréotype . En effet, quelque part, vous êtes l’équivalent du touriste asiatique en Europe  :  vous ne pigez rien, vous avez toujurs un Lonely Planet sous le bras (de même que tous les compatriotes que vous croiserez au cours du séjour); vous ne parlez pas la langue, bref, en un mot, vous passez vos vacances dans un état qui oscille entre la totale incompréhension et l’émerveillement béat. Pire, on vous confond avec des Américains, des Suédois, des Hollandais –  tous les Occidentaux se ressemblent. Or, pour vous, les touristes se divisent en catégories précises correspondant à leur nationalité : l’allemand en Birkenstock agressive et légèrement control-freak; le Français impoli et désagréable; la vieille Anglaise qui lit des polars sur la plage, etc. Une fois rentrée en France, vous vous dites : Oh génial, je vais faire un article de blog sur  touristes européens qui sera organisé comme un jeu des sept familles.

Et puis bon, vous vous souvenez tout d’un coup que vous avez fait 5 ans d’études et que vous haïssez les clichés. A la place, vous faites un article sur ça avec plein de gifs animés.

D’ailleurs, pour conclure, et bien que cela n’ait absolument aucun rapport (en même temps cet article n’a de toutes façons ni queue ni tête), voici une série de gifs animés que j’adore, je voudrais les encadrer et les mettre au dessus de mon lit . (Je crois que c’est parce que j’ai toujours trouvé les personnages de ce dessin animé vaguement effrayants). Si comme moi, vous faites une fixette sur les gif animés en ce moment, une autre série se trouve juste là.

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5 réflexions sur “De tous temps, les hommes…

    1. Diantre! Comment cela a-t-il pu m’arriver à moi? (et encore, au début, j’avais ortographié hippokhâgne… ce petit côté courses de chevaux, sans doute)

  1. Excellent billet! En revanche la citation vient de Gérard de Nerval: « Le premier qui a comparé la femme à une rose était un génie, le second était un imbécile ».

  2. Une coupe de mousseux tièdeS ? Bon sang… vous n’y allez pas avec le dos de la main morte.
    Je suis passé par ici en cherchant un texte commençant par « de tous temps, les hommes… », et je n’ai pas été déçu par votre billet. Merci donc !

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