« Il faut savoir gérer son temps »

La semaine dernière, sur un coup de tête, j’ai acheté ceci  – un livre que je peux consulter uniquement le soir vu qu’il me foutrait trop la te-hon dans le métro :

Non, je n’ai pas 50 ans,  je ne vis pas une crise new-age,  je ne porte pas des fuseaux à carreaux et des lunettes (grosso modo, je ne ressemble pas à la cible du rayon Comment devenir riche, célèbre et détendu pour 19,90€ à la FNAC)

Mais force est de constater que la mode du développement personnel est arrivée jusqu’à moi, pourtant bobo parisienne suffisamment arrogante pour penser qu’en dehors de bouquins  intelligents, drôles, coolos, prenants, censurés en 1650, rien ne devrait encombrer ma table de chevet. On se demande bien ce qui m’a poussée vers ce livre, étant donné que j’ai déjà des semaines de quatre heures. Certes, j’aurais bien besoin de gagner davantage, mais je suis très éloignée des cadres à 75h/semaine – voire, et je n’ai pas honte de le dire, des salariés lambda à 45h.

Heureusement d’ailleurs, car pour diverses raisons relativement obscures, il se trouve que je suis constamment débordée.

Certaines semaines, je réalise que je n’ai pas foutu une rame question boulot MAIS que j’ai trouvé le moyen de courir tout Paris, de dormir 5h par nuit et d’être totale à la bourre sur un programme  compliqué – à base de retard colossal sur les questions urgentes (et administratives le plus souvent), de malchance, d’obligations diverses et variées résultant de mon incapacité totale à dire non (Mais oui ben sûr que tu peux venir dormir chez nous, et je te ferai visiter Paris si tu veux…).

Je suppose donc que c’est cette mauvaise « gestion du temps » qui m’a amenée à acquérir ce livre – ça et le « travaillez moins et gagnez plus ». Comme quoi, l’anti-sarkozysme peut aussi être un business – même si j’aurais du me méfier du « vivez mieux » corrélé au « gagnez plus ». J’avais probablement séché le dentiste une troisième fois et j’ai flanché dans un moment de faiblesse. Car de ce livre, il faut retenir un point essentiel : il est franchement  puant. En gros, l’auteur est un chef d’entreprise qui s’est tué à la tâche durant des années avant de découvrir qu’en externalisant toute son activité (comprendre = en faisant travailler des assistantEs en Inde ou en Chine pour des cacahuètes), il économisait de l’argent et du temps, qu’il met à profit pour vivre pleinement ses passions, dont je n’ai pas très bien compris si elles s’orientaient plutôt vers le tango argentin, la boxe thaï ou l’autosuffisance avérée.

Dans ce livre comme dans bien d’autres du même acabit, UN maître-mot qui s’aligne en lettres de feu sur toutes les pages : Il faut savoir gérer son temps. (Je mets les idées clé en valeur, je pense que ça plaira beaucoup à un éditeur de chez Pearson pour une éventuelle publication ).

Pour exemple, T. Ferris conseille de ne pas lire la presse écrite ni de s’exposer à l’actualité, puisque cela parasiterait le temps que l’on pourrait accorder à son propre accomplissement. Oublions donc le séisme au Japon et la montée de Marine Le Pen, et utilisons ces précieuses minutes pour le macramé, la sieste, ou les voyages – ce qui a l’avantage certain d’éviter toute culpabilité malvenue à l’idée de siroter des mojitos à quelques kilomètres de massacres de manifestants ou de populations dévastées par des séismes, le choléra, les guerres civiles… Mais comment faire pour avoir une conscience politique minimum – et pour voter par exemple ? T. Ferris a LA solution : il suffit de demander à ses amis les plus proches leurs intentions de vote (par mail, parce que le téléphone c’est chronophage), et de suivre les avis en majorité (une forme intéressante de démocratie, n’est-il pas?).

Même si l’on oublie Ferris (et qu’on admet que tous les livres de développement personnel ne conseillent pas d’aller en Thaïlande pour les soins dentaires parce que c’est moins cher), que peut-on retenir de ces « méthodes » pour rentabiliser son temps, son énergie, sa vie?

  • D’abord, qu’il faut mettre à profit son temps libre,  s’accomplir en tant qu’individu, se réaliser personnellement, s’élever matériellement mais aussi spirituellement (car les deux vont de pair). Il ne s’agit plus seulement d’avoir une carrière, d’être riche, d’être épanoui socialement, de fonder une famille et d’être un mari/une femme parfait(e) mais aussi de SE réussir soi-même. Que l’on pense à toutes ces minutes perdues à ne rien faire, à merdouiller seul devant son ordi , à faire des grasses mat’ – alors que, peut-être, sommeille au fond de nous un génie de la méditation bouddhiste/de la guitare électrique/des maquettes en allumettes?
  • En effet, puisque chaque individu est unique, chacun d’entre nous est forcément spécial, avec un talent caché ou d’une disposition particulière qu’il ne tient qu’à nous de découvrir puis de développer. Il en va de notre responsabilité d’occidental suffisamment nanti pour ne pas avoir à nous préoccuper de notre propre survie. Du coup, si tu n’as pas été une star du rock (ou un moine shaolin, ou la tête d’affiche du 13h de Pernault) à 50 ans, t’as raté ta vie.
  • Les frontières entre la vie personnelle et la vie professionnelle sont de plus en plus poreuses, créant ainsi un système pervers où il faut faire de son travail une passion et où notre principal job, c’est d’être heureux. Il faut manager sa vie comme une entreprise, gérer les flux (faire garder les enfants, ménager des moments en amoureux, se réserver des instants privilégiés, ne pas oublier de partir en vacances), aller droit au but, ne pas se laisser parasiter, etc. Par exemple (NB : oui, bon, sur doctissimo.fr… Mais je me suis fiée aux premiers résultats de la recherche google gérer son temps)

Vous devez apprendre à déléguer. A la maison, demandez à vos enfants de faire quelques courses, ou de participer aux tâches ménagères (même si vous pensez qu’ils le font moins bien que vous…). Au travail, sachez vous entourer de collègues efficaces, à qui vous pourrez déléguer une partie de votre activité en toute confiance. (…) S’accorder du temps pour soi, faire une plus grande place à ses loisirs et à ses rêves, ça n’est pas perdre du temps. Au contraire, cela vous re-dynamise, et vous rend plus créatif pour des tâches jugées plus sérieuses. Vie professionnelle et vie privée doivent se nourrir l’une de l’autre : s’équilibrer et non pas s’opposer.

Tout le monde devient le chef d’entreprise de sa propre vie, à même de faire faillite ou au contraire de faire fortune (parce que le juste milieu, c’est la médiocrité et la médiocrité, c’est le mal). Les qualités connotées « personnelles » doivent être mises en avant pour la réussite professionnelle, et vice-versa.

Schéma de la technique de vente idéale (ou de la vie en société, je sais plus bien)

Sans tomber dans l’éloge de la paresse (l’autre versant du développement personnel, d’ailleurs – qui prône de vivre l’instant présent, d’éviter les pensées « dysfonctionnelles » et les pressions du quotidien), en ce qui me concerne, je préfère perdre mon temps qu’en gagner. De cette manière, atteindre un objectif relève du miracle et non d’un business-plan élaboré – ce qui est beaucoup plus funky, finalement.

Il se trouve que je ne peux pas me permettre de passer une demi-heure à trouver une fin convenable (LOL) mais voici une bonne façon de perdre cinq minutes (LOL again) : chacune vidéo correspond à une musique solo, on peut les assembler et les désassembler à volonté et devenir chef d’orchestre (ça aussi; c’est beaucoup plus drôle que chef d’entreprise).

La prochaine fois, les enfants, on étudiera le guide du looser afin de compléter ce point de vue édifiant.

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