“C’est votre tête qui me revient pas”

J’ai vécu ces dernières semaines un peu en autarcie et totalement la tête dans le guidon, et quand je l’ai relevée il y a trois jours, toute joyeuse d’avoir à nouveau le temps de “vivre” (comme dirait ma voisine) ce fut -ô joie- pour tomber sur… le pire Sale Petit Con  (SPC) qu’il m’ait été donné de rencontrer depuis… je ne vois pas depuis quand. Je croise parfois des vieux aigris, des abrutis réac, des ronchons casse-bonbons, des frimeurs exaspérants, des machos avec des regards de veaux, mais des petites raclures détestables comme celui de mercredi, franchement, je n’en vois à peu près jamais.

Tu demandes avec curiosité de qui je parle? Tu pense -qu’une fois de plus- j’en rajoute? Tu es un peu agacé(e) ces jours-ci et tu rêverais de quelqu’un sur qui passer tes nerfs? Ton club de boxe est fermé pour travaux et tu n’as nulle part où envoyer de virulents crochets du gauche?

Good news: le petit con de chez Avis est là pour toi!

Pour bien réussir ton engueulade avec ton loueur de véhicule, c’est très simple.

Commence par observer toutes les preuves de d’incompétence et de mépris à ton égard. Note bien tous les points sur lesquels ilva (tenter de) t’entuber. Ressens profondément le mépris qu’il affiche face à toi parce que tu refuses l’assurance à 154 euro/jour qui permettrait de faire passer la franchise de 12 000 à 10 000 euro en cas de pépin (parce que tu n’as pas 154 euro/jour et que tu connais pas clairement la signification du mot “franchise” tel qu’employé dans ce cas de figure)(vu qu’il est clair qu’ici “franchise” n’a RIEN à voir avec une idée de vérité et d’honnêteté morale, comme le prouve le nombre de petites clauses illisibles qu’Il t’empêche de lire avant que tu ne signes avec ton sang leur contrat pourri et que ta carte bleue électron ne se mette à pleure). Tu es (un peu) jeune, il veut te prendre plein de fric, il te soupçonne de tout et n’importe quoi, la conduite imminente de ce véhicule et la franchise de Damoclès te donnent des sueurs glacées (pire que quand tu ne prends pas d’assurance annulation pour économiser 7 euro sur Opodo), il est saoulé d’avoir un job mal payé, de porter un uniforme informe, d’être derrière un comptoir avec vue sur une fontaine à eau, ta vie lui semble plus excitante que la sienne puisque tu loues un véhicule, ce qui signifie que toi tu vas prendre l’air et la route pendant qu’il croupira sous  les néons jusqu’à 65 ans: bref, tout est déjà en place pour que les relations entre toi et le loueur soient mauvaises.

Surtout chez Avis, où les employés ne respirent ni le bonheur ni l’altruisme. L’échantillon de six personnes que j’ai croisées dans cette longue journée m’a au moins apporté une certitude: un week end corporate Avis ça doit être funky comme un Bergman un dimanche de novembre.

Tu viens au week end d’intégration en Lozère le mois prochain? Y aura karaoké le samedi soir!

Bon que s’est-il passé à la base pour que la situation parte en vrille?

En très bref parce que ce n’est pas passionnant non plus: le matin, les cruches du guichet se sont plantées sur notre réservation, sur notre nom, sur le type de véhicule, elles ont débité la mauvaise carte de crédit, ont rédigé une facture erronée, puis nous ont fait poireauter deux heures sans nous donner d’explication et globalement ils étaient tous infects. Jusque là, rien de dingue donc. (Surtout qu’étant parisienne, je suis tout de même plus aguerrie que la moyenne aux commerçants blasés et dédaigneux).

Comme on ne louait pas une joyeuse Sénic pour aller gambader en Bourgogne entre amis mais un foutu 10 mètres cubes pour se galérer avec un déménagement  de matériel lourd et fragile pour le boulot, nous n’étions pas d’humeur guillerette pendant les deux heures d’attente du matin le long d’une voix de chemin de fer désaffectée. Et en ramenant le camion à 18h après six de chargement/déchargement + la pluie + avoir tourné 40 minutes pour trouver la station service que nous avait très mal indiquée la cruche du matin (elle s’était contenté de faire un griboullis et une croix au stabilo rose sur un papier en disant “Nous, on est là. Bah, c’est là!”), nous étions légèrement à cran. (Et pourtant l’ami qui m’accompagnait est un type plutôt calme)(Avec certains sanguins de mon entourage, l’histoire aurait sans doute tourné différemment et le SPC aurait passé sa soirée à supplier son dentiste de le prendre en urgence pour lui greffer de nouvelles incisives).

Le SPC, que nous appellerons Marco à cause de son insoutenable petite moue de la lèvre supérieure qui évoque lui:

Marco donc commence à nous embrouiller sur l’histoire du plein. En gros, il dit qu’on ne l’a pas fait. Bah si, on sort justement de chez BP et n’enfonçons pas le couteau, ça me fait assez mal comme ça d’avoir donné de l’argent à ces enflures. (Oui, JE SAIS: Total c’est pas mieux). Non c’est pas plein. Bah, si, ça a claqué. Bah non, il manque trois litres. Non c’est pas possible. Prouvez-le. Vous prouvez-le. Non. Si. Ca fera 22 euro. Vous plaisantez. Non.  C’est n’importe quoi. C’est la loi. (Là, je me suis retenue de le traiter de Nazi, ç’eut été un peu facile. Mais ç’eut été tentant). Ecoutez, ne le prenez pas personnellement… Si je le prends personnellement (+ petite moue d’adolescent vexé). Bah, non, ne le prenez pas personnellement… Si. Non. Si. Mais déjà vos collègues depuis ce matin font n’importe quoi et on a attendu deux heures et là ça va bien, on sort de la station, vous pourriez peut-être agir de façon un peu commerçante, là c’est vraiment n’importe quoi, non? C’est la loi, c’est 22 euro, de toute façon on a votre emprunte de carte bleue AH AH (rire machiavélique) vous n’y pouvez rien ce sera débité et si vous n’êtes pas contents de toute façon on a votre caution qui coûte une Rolex* donc vous ne pouvez rien me faire.

(* hum, non: “votre caution qui coûte une Rolex”, il ne l’a pas dit. Mais tout le reste est absolument véridique. Franchise totale)

Moi: Mais bordel, il y aune erreur puisqu’on vous dit qu’ON EN SORT, de la station service!

Marco: Ah ouais? Bah moi, je pense que vous mentez.

-_-

WTF?

Moi, ayant un peu repris mon calme, sidérée par le sang froid de cette petite raclure nazie: Vous mériteriez que j’appelle votre supérieur. C’est inadmissible la façon dont vous parlez à vos clients!

Marco: Ah ouais? Ah ouais? Bah allez-y, je vous file son numéro (+ sourire de petite enflure carnassière)

L’Ami pourtant d’un naturel calme commençant à serrer les mâchoires et trépigner: C’est quoi votre problème pour lui parler comme ça? Vous avez un problème avec les femmes, ou quoi?

Marco avec re-petite moue de Fogiel qui donne envie de lui éclater la tête contre son comptoir et de lui faire boire ses 2 litres de gazoile à 22 EURO: Bah, y a des gens avec qui ça passe pas. Vous monsieur, pas de soucis, mais madame, sa tête ne me revient pas.

o0

Nous, rires sidérés puis outragés puis re-sidérés puis: non-mais-j’hallucine-mais-vous-vous-vous-prenez-pour-qui-moi-aussi-j’ai-fait-des-jobs-étudiants-pourris-mais-c’est-pas-une-raison-pour-jamais-vu-un-tel-petit-con-ah-bravo-avis-c’est-vraiment-incroyable-et-blablablabla…

(Note du transcripteur: Punaise, c’est difficile de retranscrire une engueulade par écrit, en fait. (Alors il m’a fait: “*%£#!!!?‘“≠€@”. Alors j’lui ai rétorqué: “ ¶¡Ç}¡«¶{ë•÷Ù€@”). C’est dommage parce que à l’oral je la raconte super bien, cette anecdote…)

En substance c’était ça. Sauf que je me rends bien compte que là ça n’a l’air de rien, on ne sent pas à quel point le SPC était malpoli et avait un comportement surréaliste et une tête à claque et vraiment ma pauvre, ce blog part à vau-l’eau pour que tu n’aies pas mieux à raconter que ça, pfff, merci, je retourne de ce clic sur Facebook voir si quelqu’un a liké mon commentaire sur le commentaire de mon statut…

Donc, tirons des conclusions histoire d’élever un peu ce débat stérile

1. N’allez pas chez AVIS rue de Tolbiac.

2. Pourquoi n’avons-nous pas réussi à clouer le bec de Marco?

Sans doute parce que, mon ami et moi ne sommes pas des êtres violents (et que je n’avais aucun objet contondant sous la main). Est-ce mieux ainsi ou la violence physique aurait-elle pu résoudre le problème? Je ne sais pas,  je m’interroge.
Aussi parce que les insultes n’avaient aucun effet sur son arrogance et  qu’au bout d’un quart d’heure ça ne devient plus si facile de trouver des noms d’oiseaux.
Parce qu’il nous tenait par la carte bleue et qu’on savait très bien qu’on n’avait pas de recours possible, aussi insupportable que soit cette situation. Etre à la merci de la bêtise crasse, de la méchanceté et du mépris d’un gamin de vingt ans qui jouit d’avoir une once de pouvoir sur autrui, c’est une situation très inconfortable. On en ressort avec une bien mauvaise vision de notre époque et de nos concitoyens. Or je n’aime pas devenir misanthrope.

Et surtout si on n’a pas répondu davantage, c’est parce qu’on était sidérés.
Marco nous a complètement cueillis.
Mais imaginez un peu: un vendeur qui accuse ses clients de vol sans aucune preuve ni raison, sur qui aucune accusation, aucun plainte, aucun haussement de voix n’a le moindre impact (à part la petite moue, encore et encore) et qui ose dire sans sourciller à celui qui lui file 100 euro: “le problème c’est que votre gueule ne me revient pas” c’est quand même ahurissant! Cette phrase quelque soit le contexte -mis à part peut-être dans un dialogue d’Audiard- est aberrante! Moi aussi ça m’est arrivé de me dire de quelqu’un que j’avais du mal à supporter sa tête. Les gens qui n’ont pas de lèvres, par exemple, j’ai du mal. Et les prognathes. Et Eric Besson. Et cette fille de Hartley coeurs à Vif, aussi.

Mais même si je les croisais dans la rue, je ne me permettrais pas de le leur dire! C’est un argument d’une bêtise tellement folle qu’on ne le sort pas tel quel! Et surtout pas quand on est COMMERCANT à un de ses CLIENTS!

Bref bref bref, je me calme, je respire. J’ai déjà écrit un article très approfondi sur pourquoi s’attaquer au physique, c’est Mal (mais pas toujours), je vous invite à le lire en complément.

3. C’est en fait mon ami qui a probablement touché au plus juste dans l’analyse comportementale de Marco: le problème, c’était que je sois une femme. Une femelle. Et que ce soit moi qui parle, qui paye et qui me plaigne. J’aurais gentiment chouiné ou négligemment minaudé, sans doute que je n’aurais rien obtenu de plus, mais Marco ne m’aurait pas si mal parlé. Une femme qui gueule c’est forcément une femme qui se comporte COMME UN MEC. Taper du poing sur la table, c’est l’apanage de votre condition, messieurs. Nous, on n’a rien le droit de mettre sur la table à part un filet-mignon et la porcelaine de Grand-Mère. Pour obtenir ce qu’on veut, notre outil de conviction, c’est le charme. Sinon, c’est trop de panique dans l’esprit du mâle qui s’énerve mais se sent tout de même interdit de nous foutre un pain.

Donc voilà, une fois de plus, une micro-anecdote nous ramène sur le sujet du féminisme… Je n’y suis pour rien, puisqu’en l’occurrence, c’est l’Ami qui me l’a fait remarquer, donc qu’on n’aille pas encore m’accuser d’être obsédée par le sujet.

Marco a-t-il été trop couvé par sa Môman? Marco a-t-il une Môman castratrice? Ou un père primate lui ayant transmis des valeurs bien primaires sur la domination du sexe fort? Marco a-t-il un complexe phallique qui lui fait craindre les femmes? Marco n’est-il qu’un individu pas malin ayant soif de domination? Ou Marco est-il malheureusement comme beaucoup d’autres (hommes ET femmes) porteur de vieux schémas dont il n’a pas conscience et qu’il nierait si on les lui exposait?

Un peu tout ça, bien sûr + la déprime de porter l’uniforme Avis après ses cours à Dauphine pour pouvoir se payer son Vespa.

Mais je ne me méprends pas et, non, je ne lui apporte pas trop de crédit: je sais que Marco est avant tout un pauvre type qui, si tout va bien, devrait se faire virer d’ici peu et gagner un peu d’humilité à force de se manger le monde du travail dans les dents.

un slogan qui se passe tout à fait de commentaire...

Et pour finir, deux autres grands sujets d’interrogations n’ayant rien à voir avec la choucroute mais cet article agacé réveille en moi d’autre sujet d’agacement:
1. Je suis la seule à trouver insupportable que Franprix fasse progressivement disparaître tous les produits Leader Price de ses étagères?
2. Je suis la seule à rien comprendre aux hommes?

Mais finissons donc sur une image qui apportera des ondes positives dans ce blog et nos coeurs:
Image du Blog lapuce907.centerblog.net

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Une réflexion sur ““C’est votre tête qui me revient pas”

  1. Quel calme (par rapport à moi, j’entends). Je lui en aurais retourné une tellement vite à ce merdeux qu’il ne l’aurais vu ni venir, ni repartir. Je sais, ça ne débloque pas la situation (au contraire) mais qu’est-ce que ça soulage !

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