Je crois que je commence à devenir adulte

Il n’y a pas si longtemps, avec des amis, j’ai passé une soirée symptomatique de la connasse parisienne  qui traverse la Seine pour aller au théâââtre – soit un combo pièce à l’Odéon + buvage de coups dans une brasserie des beaux quartiers + retour en taxi (et après je m’étonne d’être toujours à découvert).

En éclusant des bières et des Irish Coffee, nous avons parlé du monde de l’enseignement et de la recherche, des étudiants mal dégrossis qui ont l’impression d’appartenir au monde des grands parce qu’ils vont au supermarché tous seuls et qu’ils ont 15h de cours par semaine où ils dissèquent Baudelaire/ la physique quantique/ les chevaliers de l’an 1000 au lac de Paladru (le tout en gueule de bois permanente) (pff, c’était bon la fac). Mon amie a conclu cette discussion en ces termes : Je crois que je commence à devenir adulte.

Vaste sujet.

En tant que jeunes urbains, nous sommes confrontés plus que quiconque au phénomène de l’adulescence, du Tanguisme, du syndrome de Peter Pan, tous ces concepts sociologiques qui peuvent se résumer par : le monde est pourri, profitons de la vie tant que possible. Profiter, mais de préférence sans contraintes horaires, donc sans boulot chiant, sans enfants, sans pavillon en banlieue avec portail automatique et labrador. Profiter, c’est-à-dire en faisant la fête, toujours, en vivant à fond ses passions, en roulant des pelles en soirée (ah vous faites pas ça vous ?), en étant désargenté parce que l’adulescence, ça vous coûte un bras en alcool et en week-end à la mer.

Regardons les choses face to face : à presque 30 ans, je suis une adulescente. J’ai encore quelques boutons mais je gagne ma vie. Je bosse mais je fais la fête 4 fois par semaine environ. Enfin je bosse, mais je suis en reconversion professionnelle tous les 6 mois. (Naaan mais tu comprends, je crois que j’ai enfin trouvé ma voie). Je vis en couple mais je passe la majeure partie de mon temps dans les bars, chez les potes, au ciné, au théâtre, en terrasse… Ma vie est belle, oui, car je cumule les avantages de l’âge adulte (pouvoir se payer des vacances, faire un boulot qui me plait, ne pas rendre des comptes à papa-maman quand je rentre ivre morte à 5h du mat’) et de l’adolescence (la fête, les amis, les rigolades, l’insouciance…). Je n’ai presque pas de responsabilités – peut-être parce que je ne suis pas quelqu’un de responsable en fait.

Casimir et le MDMA, ça va pourtant bien ensemble, non?

Mais à bien y réfléchir, les frontières ne sont pas si définitives que ça.

Etre adulte ne signifie pas forcément s’enterrer sous les couche-culottes et Nagui tous les samedis soirs, ni se crever au boulot pour rembourser l’écran plat/la fac pour l’ainé/les vacances en Vendée comme nos parents. Etre ado, ça n’implique pas seulement des soirées vautrées dans un canap’ avachi à maudire la société en fumant des oinj’ (avec pour objectif secret de tirer un coup avant le lever du jour). Et l’adulescence est un concept flou, qu’on réduit trop souvent au refus de l’engagement en général.

Je ne saurais donc pas définir l’âge adulte, mais plus facilement celui de commencer à devenir adulte. Car s’il existe un processus assez immuable, c’est bien celui de la maturation (un bien vilain mot, disons le fait de progresser en âge, ou de vieillir, hein, carrément…).

Par exemple, un beau jour, vous vous apercevez que tous vos amis ou presque sont maqués.  Finis les débriefs de soirée entre copines : Hihi, je suis pas sûre qu’on ait vraiment couchés je me souviens pas, ça se fait de lui demander tu crois ?

En lieu et place, vous vous rendez compte que vous vous adressez à vos potes à l’aide de la deuxième personne du pluriel : C’était bien, votre week end ? Et vous avez prévu quoi pour vos vacances ?

Vous ne voulez plus sortir le dimanche et le lundi soir parce que vraiment, le début de semaine au doliprane, ça vous tue une carrière/une ambition professionnelle. Vous faites plus souvent des apéros au champ’ et au bon vin qu’à la bière éventée (définitivement un avantage). Vous prévoyez des séances de sport entre filles et des restos le samedi soir . Vous ne vous l’avouez pas forcément mais au fond, vous avez toujours rêvé de ce style de vie. Partir à l’autre bout du monde, d’accord, mais de préférence du 1er au 15 août. (et OK pour s’engager politiquement, mais si possible le mardi de 5 à 7). Tout ça commence à ressembler sérieusement à un épisode de How I Met Your Mother (vu du futur, quand on sait que tout le monde est maqué avec des gosses).

Et puis parfois, au beau milieu de ce qui ressemble à une vie idéale, on se fait des frayeurs… Et si tout ça passait trop vite, avec les enfants, avec le boulot – de plus en plus prégnant -, avec les amis qui s’engueulent ou les histoires d’amour qui compliquent tout, ou même, et si tout ça n’était pas symptomatique d’une médiocrité lancinante ? Et si dans 5, 10 ou 15 ans, tout se déroulait selon le même schéma ?

Partir en vacances dans un gîte dans le sud de la France parce que quand même, la piscine pour les enfants, c’est un avantage tu comprends.. Voir ses potes le samedi soir seulement : avec le boulot, on est crevés désolés.. Cette année, on va plutôt partir en voyage organisé, avec l’arthrite de Philippe c’est  compliqué de faire autrement…

Et si notre vie ressemblait trop à un film franchouillard avec François Cluzet, les plages sous la pluie, des adultères, un repas de famille, des vacances ratées entre copains? (Ok, au début, toute cette démonstration tenait de la figure rhétorique, mais là je commence à flipper pour de bon…)

Des vacances aussi folichonnes et réussies quun film de G. Canet, waaah! Ca vous dit?

Alors en ce qui me concerne, je passerai bien ma vie à commencer à devenir adulte. Ne pas oublier de remettre en question avec le regard impitoyable et cynique de l’ado que je fus l’adulte que je m’apprête (quand même) à devenir. Faire peut-être des enfants sans pour autant fonder une famille – au sens publicitaire du terme. Partir en vacances à l’arrache, sans tout prévoir, même si la moindre masure en Ardèche est bookée 4 mois à l’avance. Choisir un métier sans forcément verser dans le corporatisme. S’extasier devant l’intégrale de Claude Sautet et kiffer grave le dernier épisode de Misfits. Faire sa vie avec quelqu’un, comme on dit, mais ne pas considérer que tout est acquis…Etre adulte et ne pas toujours accepter les compromis (paradoxale, moi? Naaan).

Pour finir sur cette grande envolée métaphysique, un twitter savoureux qui me semble convenir parfaitement à la situation (merci Maïa)

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2 réflexions sur “Je crois que je commence à devenir adulte

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