C’est plus ce que c’était

Après des années de combat acharné, de tâtonnements, de reconversions professionnelles en tous genres, je me rends.

Ok, Papa, Maman, vous avez gagné, je vais perpétuer la tradition familiale, dûment nourrie depuis 3 générations et ENFIN rejoindre l’éducation nationale. De préférence comme prof de lettres, parce que je compte bien mettre à profit mes heures passées à lire Bridget Jones Zola et Racine, mon talent en orthographe (qui, en soi, n’est pas hyper commode pour briller dans les dîners), ma tendance à tout interpréter de manière compulsive. Cela étant, je précise en aparté que je ne veux pas devenir prof pour la planque, ni pour les vacances, ni même pour le salaire (qui, tout modeste qu’il soit, dépasse largement mes honoraires de littéraire dans le privé).

Nan, moi, ce que j’aime, c’est les ados. J’ai déjà expliqué ici que j’en étais toujours une, et que je compte bien le rester, mais vraiment, l’Ado me fascine, avec son ras-le-bol permanent, ses questions existentielles, sa gestion des hormones, le combiné rouge à lèvres + appareil dentaires ou gel dans les cheveux + caleçon pokémon. Bref.

Oui, je mets de mignons petits gifs animés en guise de pages pub' pour profiter de votre temps de cerveau disponible




Pour devenir prof de lettres, il ne suffit pas de lire des romans du 17e dont tout le monde se fout, ni de connaitre les tenants et aboutissants de l’adjectif épithète sur le bout des doigts : il faut aussi passer une épreuve d’Ancien Français.  Vous vous dites peut-être que parler le troubadour c’est hyper funky. Ou peut-être que vous n’avez pas d’idée du tout sur la question – rassurez-vous, je ne vais pas vous retracer l’évolution phonétique du bas latin ni vous parler du pluriel en picard. Sachez simplement que l’Ancien Français, ben c’est hyper chiant.

Du coup, quand je m’arrache assez tôt de la bibliothèque pour boire des coups avec des potes, j’en profite pour me plaindre. C’est vrai quoi, en plus  l’Ancien Français, typiquement, ne me sera d’aucune utilité face à 35 futurs taulards de ZEP.

Assez bizarrement, nombre de gens ont des réactions surprenantes : Tu sais, il faut bien que le savoir se perpétue… Et puis ça doit être utile, pour l’orthographe, parce que les jeunes aujourd’hui, avec le langage SMS, ils savent plus écrire…..

Voici donc le coup de gueule littéraire du jour :

Personne, à part peut-être Bernard Pivot, n’est à l’abri d’une faute d’orthographe. Certes il existe une marge entre ne pas accorder les pluriels et ignorer la différence entre fatiguant/fatigant; mais enfin, je vois des fautes chez chacun de mes amis (oui oui, même toi là bas)

D’autre part, notre langue est amenée à évoluer, selon un principe très facile à piger (en ce qui concerne le Français du moins) : la simplification. Heureusement, hein, d’ailleurs, sinon on parlerait encore le latin impérial avec les déclinaisons et tout et tout (comme en ALLEMAND). Et puis on irait à l’hostel, quand on est malade il faudrait se faire soigner à l’hospital, sans parler des pluriels en -s une fois sur deux, des ecce hac pour dire là et des ecce hic pour dire ici. Notre langue ne nous appartient pas, pas plus à nous qu’à la génération qui nous a précédée.

Le français va évoluer, et dans 50, 100 ans il ressemblera à ce que nous connaissons aujourd’hui, bien entendu, mais avec des emprunts, des nouveaux mots, des suppressions aussi (genre la majorité des accents qui vont disparaitre avec les claviers informatiques, par souci d’uniformisation) (ceci est un SCOOP absolu). Par exemple, OUI va devenir, d’ici un siècle ou deux, WAIS. Puis WAA. Vous trouvez que ça craint? A tous les fervents défenseurs du « oui » contre « ouais », je vous l’affirme, on dira WAIS/WAA selon les règles de la phonétique. En même temps, OUI vient de « O IL » (yes he do, pourrait-on dire) et il y a 4 siècles, on disait OÏL. Ca va bien, Madame la Marquise? Oïl. Ou alors : « quele biautez ceste fame ». (Si vous comprenez tout de suite cette phrase, c’est que vous êtes normand/picard/une réincarnation du roi Arthur).

La langage n’a pas besoin de vieux croûtons pour perpétuer ses sacro-saintes règles – celles que nous connaissons sont fixées depuis quelques décennies seulement. Ainsi, depuis 1990, on peut écrire un ognon, croitre, aout, cure-dent. Autant dire que grand-maman s’arracherait les quelques cheveux qui lui restent en se lamentant « C’est plus ce que c’était ». L’amour de la langue française, oui, mais l’amour du patrimoine, non. On ne va pas rester bloqués dans la nostalgie des années 80 durant des siècles, si?

Car les nouvelles générations n’ont pas besoin de nous pour apprendre à écrire. Si vous m’avez lue jusque là, c’est qu’il y a de fortes chances pour que vous soyez intéressé par les questions touchant à la langue française – je parie que vous êtes donc fondamentalement contre le langage SMS. Mais que vous êtes naïfs. Au delà de l’exaspération qui peut naitre devant « Kikoo! On svoi dem1? », le langage SMS est un socioloecte comme un autre, dont l’existence dépend davantage des nouveaux médias que des mini-guerres qui agitent le monde merveilleux des linguistes. Les amoureux de la langue française des années 30 étaient dépités devant l’émergence de l’argot, tout comme ceux des années 90 ont crié au scandale devant la naissance du verlan et du franglais. Aujourd’hui, dire « tu fais quoi pour ta fin de semaine? » est obscur voire ridicule par rapport à « week-end ».

Ouais, les générations futures vont avoir raison de nous, de notre langue, de notre culture, et même de nos gifs animés. Vivement.

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3 réflexions sur “C’est plus ce que c’était

  1. Exactement, et de la même manière, si toutes les vieilles bicoques se retrouvent monuments historiques comment développer une architecture contemporaine? Courage tout de même!

  2. Moi le aime bien tes gifts animés… surtout la fille à gauche de l’écran qui cligne des yeux dans le dernier!!
    (Ah bon y’avait des trucs à lire?!)

  3. J’apprends que je suis une réincarnation du Roi Arthur ! Je suis joie ! Bon, en même temps, avoir une soeur future prof de lettres aide pas mal au brainwash du cervelet.

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