Il est meilleur que son visuel

Voilà une terrible vérité: juger sur l’apparence, c’est bête (et nous avons déjà traité son corollaire évident: s’attaquer au physique: c’est maaaaaal).

Preuve irréfutable, les grands-parents du monde entier ont inventé des dictons métaphoriques tro-meugnons pour que leurs enfants pensent à voir la fameuse beauté intérieure des choses:

UK: Don’t judge a book by its cover.

France: L’habit ne fait pas le moine (ou la version Borloo que linternaut vient de me faire découvrir “On ne connaît pas le vin à l’étiquette”).

Sénégal: Le criquet tient dans la main mais on l’entend dans toute la prairie.

Chine: La perle provient d’une vulgaire huître.

And my favorite: Si derrière toutes barbes il y avait de la sagesse, les chèvres seraient toutes prophètes.

Arménie: one point.

Je pourrais étayer ce sujet magnifique par un comparatif quotient de bonnasserie visuelle/quotient de bonnasserie au lit de mes ex. Mais le monde n’est pas totalement injuste (contrairement à ce que prétendent ces jours-ci les zamis dépités et surpris de DSK) et globalement, on sait tous que les mecs très beaux sont nuls au lit. (Sauf ce médecin irlandais sublime avec qui j’avais couché en Inde… mais toute règle doit avoir son exception)(d’ailleurs, je ne me rappelle pas de ton prénom, mais si tu as appris le français et que tu me lis: Hi! Call me!)

Donc j’ai décidé de vous parler de cupcakes.

Spongecake Bob (suffit de taper les bons termes dans Gogole image...)


Gâteau qui est un peu le prophète (de la superficialité) en son pays (celui des trucs subitement tendance sans qu’on ait eu le temps de comprendre pourquoi)(catégorie où entrent aussi le soudain “color block”  et le chignon de douche) .

Cupcake = prenez une génoise minable (la génoise étant truc minable par définition. La preuve? En anglais ça s’appelle “sponge cake”, gâteau-éponge, je vous demande un peu!…)

Ajoutez sur cette éponge de la crème trop sucrée rose et bleue (color block!) + des bonbons/fleurs/paillettes/étoiles de noël/du Berger/de David/bisounours/licornes (bref n’importe quoi qui fasse fiiillles).

Vous obtenez un truc dégueu bien sûr, mais aussi hyper kawaï et régressif -donc tendance- et que vous pourrez vendre à un prix absurde juste parce qu’il est joli.

 Moralité: vous acheteurs de cupcakes, vous êtes vraiment des gros blaireaux de consommateurs superficiels et versatiles. Dans 15 jours vous vous extasierez devant des recettes de cassoulet pour peu qu’on vous le propose en mini-portion bio dans des ramequins en forme de Petit Poney.

Voilà ce que je pensais jusqu’à récemment. Jusqu’à ce que je mange un cupcake à la framboise.

Mais attention: pas n’importe quel cupcake, non! Un cupcake moche. (Môa monsieur, je sais reconnaître la beauté intérieure quand je la croise dans un salon de thé)(parisienne snob oui, mais parisienne snob de gauche).

Et grâce à ce cupcake au visuel déplaisant (quand tous ses camarades n’étaient que paillettes/noisettes/houpettes de chocolat fondu de façon trop stylisée) mais au goût tout simplement exquis, toutes mes convictions ont vacillé, tels les rêves élyséens de Dominique dans ce fatal après-midi de samedi: le cupcake moche était succulent, son visuel ne lui rendait pas justice. Sa beauté intérieure (une sorte de crème de framboise à la texture parfaite) était insoupçonnable!

La grande question à ce stade est: comment faire évoluer cet article pour raconter un truc un tant soit peu intéressant?

Et comment arrêter d’enfoncer des portes ouvertes aussi, parce que j’ai conscience que si je conclue juste: “Donc, bref, parfois, or, donc, les trucs moches sont bons, alors arrêtez d’être aussi superficiels, hein, quoi c’est nul!”, vous risquez de vous sentir lésés.

Donc parlons de Berlin, que je connais comme ma poche puisque je viens d’y passer 72 heures à (ne pas) manger de Currywurst et à sauter comme une démente au Watergate. (Si vous ne connaissez ni l’un ni l’autre: foncez donc sur Opodo et cliquez sur le premier Roissy/Tergel Airport que vous croiserez).

Parce qu’à Berlin, les critères visuels des pauvres parisiennes en matière de ce qui est beau sont mis à mal.

Nos pauvres petits yeux élevés à l’immeuble haussmanien en enfilade régulière et à la ruelle pavée tortueuse médiévale ne comprennent pas bien les signaux qu’on leur envoie.

A Ici-Paris on aime boire un “petit verre” dans un “petit café”, et on reconnaît un endroit cool au fait qu’il y ait 72 personnes collées debout devant. A Berlin un endroit cool et bondé, ça laisse sans problème la place de s’installer à huit sur une table massive conçue pour 12 allemands (soit approximativement 24 personnes normales)(ils sont grands comme leurs mugs ces gens-là)(oui, les mugs allemands sont plus grands que nos mugs français: dingue, non?).

Sur un trottoir de Berlin on peut marcher à huit sans être à la queue leu-leu (tente donc de marcher à huit, de front, dans une rue du Marais: trois se prendront une voiture (+ klaxon), deux des parcmètres, une un vendeur de rose, l’autre un couple d’américains en train de manger un falafel et la dernière s’en sortira parce qu’elle sera entrée chez Comptoir des Cotonniers).

Donc, déjà, tout cet espace libre, toute cette verdure, toute cette grandeur: visuellement, c’est bizarre pour un français.

Et puis les immeubles ne sont pas tous identiques et bien rangés: c’est louche.

Et puis c’est très môderne. Tatatata, quoi ils ont du reconstruire après le guerre? Bah ils n’avaient qu’à reconstruire des immeubles du XIXème siècle, parce que tout de même, c’est pas bien harmonieux ces mélanges de styles!

Et puis l’esthétique stalinienne n’est pas quelque chose que notre cerveau a bien intégré. Entre les cases beau/laid, il ne sait pas trop où ranger la vue des avenues sans fin où tous les immeubles mesurent 10 étages sur 100 sans fer forgé ni caryatides ni chambres de bonnes mansardées.

"Allée Karl-Marx" (tout est dit)

Donc, vous aurez compris où je voulais en vivre (hein, vous aurez compris?): Berlin, c’est un peu mon cupcake à la framboise.

Ca me laisse sans voix, ça me fait rêver, j’en veux encore,  j’en voudrais tout les jours, ça me fait tellement kiffer que je me dis que le monde n’est pas entièrement pourri, ce dont je doutais depuis que Jean-François Copé a monté ce complot sidérant en filant des pots-de-vins à la mère d’une femme de chambre du Bronx pour couler mon pauvre Dominik.

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