Mais elle est beaucoup trop vieille pour jouer à ça…

Récemment, après un week-end de folie à guincher sous les étoiles et à m’affaler sous une tente berbère, le tout en camping plus ou moins sauvage (ce qui ne m’était pas arrivé depuis à peu près 18 ans) (ça nous rajeunit pas), j’ai lutté comme une folle pour ne pas m’endormir durant les 3h qui me séparaient de Paris. Parce que si je dormais, le bonheur de m’enfouir sous une couette et sur un vrai matelas 1 heure après mon arrivée aurait été considérablement amoindri. Heureusement, j’avais apporté l’arme infaillible : ma DS. Avec Zelda dedans.

Je sais pas si vous connaissez  ce jeu absolument formidable. Si ce n’est pas le cas, je n’ose vous le conseiller : sachez que le découvrir, c’est l’adopter, et accessoirement y passer de nombreuses nuits blanches – voire une bonne année de votre vie  » « Naaan j’arrive pas à battre le 179ème boss, du coup jsuis bloqué avec ma fucking flûte de Pan dans le palais des sables! ».

Bref.

Me voilà donc dans le train, soufflant dans le micro de ma DS pour activer mon étoile des vents et sortir du labyrinthe de glace – le tout avec de la paille dans les cheveux et la pore dilatée après 4 jours de festivités ininterrompues (oui chez moi, les week-end durent 4 jours, pourquoi?). Là, mon voisin d’en face, avec une sagesse toute normande (et une magnifique couperose) braille à sa voisine « Mais elle est beaucoup trop vieille pour jouer à ça! »

J’ai passé outre ce compliment  très élégant quant à mon grand âge en sortant les Rougon-Macquart pour lui imposer le silence (ça a fonctionné) (apparemment, Zola, c’est bien de mon âge). Et je passerai également sur le prétendu rapport entre l’âge et les divertissements – parce qu’avec 30 piges et mes ovaires au mieux de leur forme, dresser une liste des passe-temps qui me sont adaptés serait carrément indécent.

Mais ceci nous amène quand même au constat suivant : les jeux vidéos, c’est au mieux un divertissement vaguement débile pour ados attardés, au pire, une relique de Satan. Ainsi, la ménagère tranquillement attablée devant TF1 vous certifiera qu’à cause des consoles, la délinquance explose, les banlieues brûlent et les jeunes ne savent plus distinguer la réalité de la fiction.

Déjà, c’est faire peu de cas du libre-arbitre et de la capacité de chacun à bien faire la différence entre le réel et la fiction – confusion largement alimentée par la terminologie de « réalité virtuelle », qui est en fait une vaste fumisterie (parce que si c’est virtuel, ça peut pas être réel, hé).

Oui, bon, moi aussi j’ai vu le strip-tease où le gothique plein d’acné laisse tomber son BTS hotellerie pour se réfugier jour et nuit devant WoW. Mais franchement, à une autre époque, il se serait jeté à corps perdu dans les albums Panini – quand on est en grosse dépression, on fait ce qu’on peut ma bonne dame.

Ensuite, j’aimerais qu’on m’explique en quoi l’immersion dans la fiction est une mauvaise chose – qu’il s’agisse d’un jeu vidéo, d’un Lost en 8 saisons de 20 épisodes de 50 minutes (même si le taux horaire est assez effrayant), d’un énorme blockbuster américain ou de l’intégrale de la Comédie Humaine (comme quoi, de Zelda au naturalisme, il n’y a qu’un pas – dont le concept de fiction ne fait qu’une bouchée allègre). Pourquoi, nom de nom, est-ce qu’on devrait rester au taquet 24h/24h, bien au courant du chômage, de la crise du logement et de la famine dans le monde?

D’autant que le cerveau humain est fait pour kiffer les histoires qui n’en finissent pas, les feuilletons à rebondissements, les contes qu’on peut se raconter le soir, tard, au coin du feu : l’affaire Bettencourt et DSK en fournissent de très bons exemples. Et l’idée selon laquelle Le Petit Chaperon Rouge est réservé aux enfants tandis que le reste intéresserait plutôt les adultes, c’est du pur marketing. Ca permet juste de mieux viser la cible question public.

La fiction, ce n’est pas ce qui modélise notre vie de tous les jours, mais bien ce qui module notre horizon d’attente : plus nous sommes immergés dans des histoires, plus notre imagination se développe et crée des espoirs, des ambitions, des possibilités. Par exemple, là, tout le monde attend une chute un peu convenable, ou du moins un mot de la fin après cette immense digression genre philo de comptoir du dimanche à Bourg-en-bresse (vous voyez le tableau), grâce à tous ces films formidables, ces histoires merveilleuses, ces jeux haletants tapis au fond de votre mémoire. Eh bien – non.

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2 réflexions sur “Mais elle est beaucoup trop vieille pour jouer à ça…

  1. D’un point de vue strictement physiologique, l’apogée de la forme ovarienne chez une femme n’est pas du tout vers 30 ans.

    Cela dit, le Normand est un con, et Zelda, génial. Surtout avec l’épée bleue, sur NES. Là encore, un signe de vieillesse…

  2. En même temps, avec la profusion de jeux-vidéo « déconseillés » aux moins de 16/18 ans, faut vraiment être resté bloqué dans les années 80/90 pour affirmer que les JV, ce n’est QUE pour les gosses, quand on n’atteint pas l’imbécilité profonde avec des phrases du genre : « mais t’es pas une vraie fiiiiiille ! » quand tu as le malheur d’affirmer que t’es une gameuse !

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