Je hais les jeunes filles

Il faut se rendre à l’évidence : rester coincée à Paris tout le mois de juillet n’est PAS une bonne option.


Certes, je pourrais quand même boire des coups en terrasse, aller au théâtre ou à des concerts, voir des expos, profiter de l’absence des parisiens pour m’assoir dans le métro aux heures de pointe. Mais finalement, c’est d’ores et déjà mon quotidien (métro-place assise  excepté) et en tant que fille élevée au rythme de l’Education Nationale, j’ai la conviction viscérale que l’été doit représenter une rupture nette avec le reste de l’année.

Résultat, je n’ai jamais été aussi sérieuse depuis… pfiou, depuis le collège au moins. Je me couche à minuit maxi, j’ai une vie saine, je travaille assidument la journée, je lis du Kundera le dimanche dans les parcs, je sors-mais-pas-trop. En un mot, je suis devenue chiante. C’est à dire que j’applique à la lettre le planning idéal que je me fixe généralement en septembre doublé des bonnes résolutions prises début janvier, quand je jure sur la tete de ma mère que je ne boirai plus d’alcool de ma vie (LOL).  Manquerait plus que je fasse du yoga ou du pilates pour compléter le tableau (mais je suis encore trop flemmarde pour m’inscrire). Le pire, c’est que j’aime ça, me coucher tôt, travailler régulièrement, sortir modérément, etc – parce que je ne croyais pas que j’en aurais été capable un jour. Néanmoins, la satisfaction que je tire de cette image de moi-même se teinte d’une angoisse existentielle : et si je devenais vieille et sclérosée et ennuyeuse?

Tout ça pour dire que je n’ai RIEN d’intéressant à raconter, mais RIEN. J’aurai probablement des anecdotes truculentes à mon retour de semi-vacances à la fin du mois d’août. Cela étant dit, comme je me barre en pleine cambrousse pour bosser d’arrache pied, rien n’est moins sûr. Me voilà donc réduite à vous parler d’un bouquin, mais pas n’importe lequel: 20 ans : Je hais les jeunes filles, anthologie

Vous vous souvenez? A côté des Jeune & Jolie qui nous expliquaient que pour pécho un mec, il fallait toujours dire oui (oui je veux bien aller au ciné avec toi, oui je veux bien coucher hihi, oui bon d’accord pour la sodomie – le principal étant de ferrer la bête) entre deux panégyriques pour le monoï et le gloss nacré, il  y avait 20 ans et ses articles de Houellebecq,  20 ans et ses illustrations trash, 20 ans et son ton mi-existentialiste mi-pute qui en faisait un univers complètement décalé, et que j’imaginais être celui des adultes, les vrais (qu’est ce que je pouvais être naïve).


Exemple, cet article qui m’avait fait hurler de rire à 15 piges et que j’ai retrouvé avec une immense joie : Que dire lorsqu’on a rien a dire?  Soit un guide hilarant des situations inconfortables, de l’ascenseur à la discussion matinale avec la concierge.

« Auprès d’un accidenté de la route :

Décor : La bouche pleine de gravillons, le débris humains tente maladroitement de récupérer ses viscères qui se sont enroulées dans la roue de votre véhicule.

De quoi parler? Le rassurer en lui disant que les secours ne vont pas tarder à arriver, lui parler beaucoup pour qu’il ne meure pas : lui demander son nom, s’il a de la famille, ses hobbies préférés…

Déconseillé : S’étendre sur les dégâts matériels occasionnés à votre véhicule, poser des questions inquiétantes – « Vous aviez des jambes avant l’accident? » – lui faire les poches, dire « merde » parce que vous avez glissé dans le sang répandu… »

Comme on le voit, rien à voir avec le ton docte ou complaisant des mensuels d’aujourd’hui – meme Causette, que j’adore, parait immensément pince-sans-rire en comparaison. Ce n’était pas toujours aussi trashouille, mais les articles avaient cette tonalité décalée qui nous prenaient au sérieux, nous, les jeunes filles qui n’aimions pas les jeunes filles, nous les ados à qui on ne parlait pas comme à des arriérés sur fonds d’éducation à la sexualité – alors que ce qu’on voulait, c’était explorer les limites (et la fellation), questionner le couple mais aussi les coups d’un soir, et refuser en bloc tous les effets de mode.

Un truc qui me plaisait particulièrement : 20 ans se positionnait CONTRE tout, même contre le cool, contre le branché et contre le rock’n roll. En ça, j’avais l’impressions que ce magazine me correspondait à mort – voire je le lisais comme la parole du Messie. En relisant certains articles, je me rends compte aujourd’hui à quel point sa lecture assidue a presque conditionné ma façon d’écrire, certaines de mes opinions très arrêtées (la presse mensuelle doit être décalée ou ne sera pas) et mon amour immodéré pour l’adolescence, cette période contradictoire où l’on dit merde à tout en cherchant désespérément des réponses complexes à des questions simples. Et ça m’a redonné un peu de goût pour la subversion dans ma phase ultra planplan – et je ne saurais que trop vous conseiller de l’emporter dans votre valise pour Saint-Malo-de-la-Lande l’Indonésie.

PS : Actuellement, il existe encore un mensuel intitulé 20ans, mais rien à voir avec celui dont je vous parle. Je dis ça, pour que vous évitiez de vous coltiner un énième ramassis de pub pour shampoings sur la plage, perplexes, alors que vous vous attendiez à un éloge de la frigidité.

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