« Et bon courage surtout! »

Bon, en terme d’équité, ce devrait être à ma fabuleuse collègue d’écrire un article cocasse et véhément. Mais comme elle a décidé de rejoindre d’Education Nationale, elle n’a plus le temps de souffler (elle n’y est pas encore, donc elle a du boulot)(ça se mérite un poste à 16 h/semaines/30 semaines/an)(Bah quoi les profs sont quand même des gros branleurs qui profitent du système pour se la couler douce, avouons-le! Sus à l’omerta!)(ah, non, pardon, je confonds avec les intermittents)(Ou les RMIstes, je sais plus)

Une intro avec 5 parenthèses en 5 lignes et un discours digne de Claude Guéant? Waah, voilà un article qu’il commence bien!

Bref, c’était pas mon tour d’écrire, et pour cause: j’ai rien à dire.

Mais si n’avoir rien à dire, m’empêchait de parler, ah ah, ça se saurait.

Donc piochons dans la liste de sujets d’actualité joyeux qui s’offre à nous, par exemple la mort de DJ Mehdi, dont en vrai je me fous (même si d’un autre côté, tout événement qui permet aux média de citer du David Guetta comme d’autres du Michel Foucault* (voire du Jean-Pierre) m’interpelle forcément)

« David Guetta a immédiatement tweeté sa compassion à la famille du DJ« .

(This is just sooo David, u know!!)
Tweeter: verbe transitif. ex: tweeter sa compassion.
Je like. La langue française, David, les journalistes Yahoo-News: je like tout!

* Cliquer sur ce lien si vous n’avons pas encore coché dans votre to-do list « coucher avec un-e élève d’hypokhâgne »

« Victime d’un accident domestique » déclare pudiquement Francesoir, drapant ainsi sa disparition d’une aura mystérieuse digne de celle de Claude François. Il « serait » « accidentellement » « tombé » d’une « mezzanine ». WTF?
Oui: lui et son crew auraient chu « dans la chute d’une dalle lumineuse en plexiglas du dernier étage de son loft ».
Ca s’appelle le Drame du Nouveau Riche.

Jadis, pour tuer un zicos star, il fallait un fan fanatique ou un règlement de comptes entre gangs. Aujourd'hui, il suffit de ne pas lire la notice Leroy-Merlin

Autres exemples d’actualités sur-lesquelles-je-n’ai-rien-à-dire-donc-autant-en-parler:

– la primaire socialiste.  J’ai tenu 14 secondes: dorénavant j’ai décidé de changer de chaîne dès qu’il y aurait:
A.un exemple de langue de bois trop net
B. instrumentalisation démago de fait divers sordide
C. le mot « crise » prononcé. Ou « croissance ».
Le résultat est édifiant: je zappe en moyenne après 12 secondes (4 quand c’est une interview de Copé ou Xavier Bertrand).

– Les changements d’avis des « agences de notation ». Je ne comprends pas qui sont ces gens flippants et puissants, ce qu’ils font, où ils sont exactement…

Mais ça me provoque le même effet que la météo ou les sondages. Quitte à croire en un truc subjectif, hasardeux et managé par des lobbyistes (et au risque de me répéter), je vous conseille l’horoscope Cosmo. 2 € 30 seulement et au lieu des AAA/BBB, ils mettent des petites étoiles et des coeurs. C’est autrement plus kawaï.

– Cette nouvelle formule consternante du Grand Journal. (Mais personne ne va donc jamais dire à Ariane Massenet qu’elle ne sert à rien?)

– Sarkozy en Lybie, le non-procès de Chirac, ma meilleure pote qui va partir vivre dans un bled égyptien et la moitié de mes potes qui déprime sec… Bref, il n’y a apparemment RIEN de marrant pour cette rentrée des classes?!

Pardon, j’ai passé la soirée d’hier à regarder Arte et ça m’a un peu flingué le moral. Je comprends pourquoi mon ex-beau-père passait ses soirées devant quand il était en dépression. L’oeuf ou la poule? Sans doutes ses deux heures de visionnage quotidien d’histoire des génocides en noir & blanc & allemand ne l’ont pas aidé pas à retrouver goût à la vie. (Qui plus est il bossait chez France Télécom)(true story).

Hier il y avait un documentaire dingue sur les « Brown Babies« . Je vous le raconte vite fait, parce qu’on a du être environ 57 en France à le regarder, donc y a peu de chances que vous l’ayez vu (la majorité de nos visiteurs arrivant en googlant « S kil maime sil me kiff » ou « Bisounours méchant xoxo »…)

Après la guerre, quelques milliers de  GI américains noirs ont fricoté avec des allemandes (malgré l’interdiction de « pactiser avec l’ennemie » et les sanctions qu’ils risquaient). Ils sont resté 3/4 ans histoire de « reconstruire le pays » et puis ils sont partis (généralement avec ordre d’aller « reconstruire » la Corée) (aka la guerre de Corée 1950/1953, solidement reconstruite, demandez donc au camarade Kim Jong s’il est pas solide son pays!). Et donc, vous voyez venir le truc: nos gentilles allemandes se sont retrouvées seules et délaissées et non-vierges (les putes), comme les normandes chez nous, oui, mais en pire: avec des bébés métis.

Et là, punaise, je vous jure que le documentaire était à chialer (d’ailleurs j’ai chialé). A cela, deux facteurs: le racisme sans limite de la société de l’époque. Et l’absence totale de droit d’une femme non-mariée. Les pauvres Gretchen qui refusaient de « donner » leurs enfants et essayaient d’argumenter… oui d’argumenter! On voit une interview, et sans caricaturer, je vous assure, ça donne ça:
« – Mais pourquoi vous voulez tant le garder?
– Ben, parce que c’est mon fils. Je l’ai porté. Je l’aime. Je l’élève.
– Oui, mais tout de même: il est noir! »

Et, généralement, l’enfant était pris de force par l’Etat qui décidait de le faire adopter « pour son bien » évidemment, et l’envoyait donc dans une famille black AUX ETATS-UNIS! Généralement, ces enfants avaient alors la chance de se retrouver dans le Mississippi ou en Alabama, états où il faisait vraiment bon être Noir au début des années 50…

Image du Blog lapuce907.centerblog.net
(le moment me semblait bien choisi pour une image mignonne et hors-sujet)

Je passe sur le traumatisme de ces brown babies devenus adultes, découvrant quelques pans de leur passé et passant vingt ans se demandant avec honte si c’était à cause de leur couleur de peau que leurs mères les avaient abandonnés… Après ça, va te payer ta thérapie sur vingt ans dans un pays où y a même pas de sécu.

Image du Blog lapuce907.centerblog.net
(voire deux)

Bref, je trouve les alentours bien hostiles ces temps-ci. Et ça me chagrine d’autant plus que ma non-rentrée des classes après mes non-vacances s’amorçait bien: je m’étais retrouvée à travailler quelques heures en tant « qu’intello créative professionnelle » pour un quinqua businessman sur-friqué. A la fin de ma « mission », il m’avait payée d’une liasse de billet autour dans un café, et là, j’avais clairement vu l’échange de regard entre le serveur et le barman: ils se sont dit que j’étais une pute. Ou une escort très cher payée pour un verre bu si vite. Sensation très humiliante et nauséabonde. Donc: bonne anecdote.

Preuve ultime que tout va mal: vous avez remarqué? Maintenant, on dit « Bon courage », tout le temps à tout le monde. A la place de « au revoir », « à bientôt », « bonne journée », « bonne chance », « je pense à toi »: bon courage! Une boulangère que je n’ai jamais vue de ma vie me dit « bon courage ». Bon courage pour quoi? Pour manger ce croissant? Pour ma journée? Mais qu’est-ce que tu sais de ma vie, connasse? J’ai l’air en galère? J’ai l’air dépitée? J’ai l’air d’avoir un job pourri, de m’être faite larguée, de penser à me foutre en l’air et de pleurer mon poisson rouge? Non? Alors pourquoi « bon courage »??!!

Quand j’étais vendeuse de fringues-qui-sentent-l’encens, les connasses parisiennes les plus compatissantes et humiliantes me disaient « Bon courage! » avec un petit regard appuyé qui me donnait envie de leur faire bouffer la tunique en soie qu’elle venait de m’acheter. Un regard « Bon courage jusqu’à 19h30 avec ton pauvre smic-j’ai laissé douze tuniques par terre en boule dans la cabine et je dois vite aller cher Zadig maintenant vu que moi j’ai réussi ma vie! »

Et ta mère?

« Bon courage » avec des inconnus, c’est comme « Ouh la, ça va? T’as un petite mine! » dit un-e pote. Une phrase faussement gentille qui te plombe grave. La politesse inutile qui fait voir tout noir, réaliser l’ampleur de tous les problèmes auxquels on essaie de pas penser (la crise, la mort, Pôle Emploi, l’automne, les agences de notation, ma meilleure pote qui part en Egypte, etc…)

Que cette phrase soit devenue si banale, je vous jure, c’est grave! C’est un constat alarmant sur l’état du Monde! L’idée est généralisée et intégrée que chaque journée nécessite du courage. Qu’il faut s’armer et affronter la vie. Et du « bon ». En opposition à quoi? Du mauvais courage, ça existe? Je ne vais pas chercher, mais je suis sûre qu’en plus étymologiquement cette expression ne veut rien dire.

Ou peut-être que ma boulangère dit juste ça parce que son pain est dégueu.

—————————————–

EPILOGUE/ Tout ne va pas si mal: quelqu’un est arrivé ici en tapant « grand pot de rillettes ». Je n’arrive pas comprendre pourquoi ça me réjouit. (Peut-être un lien avec ces gélules à l’opium prescrites  par mon médecin?..)

Publicités

2 réflexions sur “« Et bon courage surtout! »

  1. Je dis « Bon courage » aux nanas qui vendent des fringues-qui-sentent-l’encens ou même dans autres boutiques… Je dis « Bon courage » sans scrupule et sans complexe, parce que je le pense vraiment et que j’aime qu’on me dise bon courage si ma journée est vraiment reloue. Et j’aime quand on me le dit, c’est qu’entre êtres humains, quelque part, on se serre ptetre un peu les coudes, on partage les moments chouettes comme les plus durs, même si on ne se connait pas.
    Jamais compris pourquoi ça pouvait être mal pris…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s