« C’est du second degré? »

Je le sais, vous le savez, le monde entier le sait:  l’humour est un de mes sujets de prédilection.

Peut-être est-ce à force d’être payée pour écrire du LOL en barre, peut-être parce que notre génération Y ne croit en rien, peut-être est-ce du à mon patrimoine génétique (mon grand frère = as mondial de la vanne à froid), peut-être grâce à ces années (presque révolues) de coucheries et d’amourettes avec des torturés-dépressifs-chiants-comme-la-pluie-mais-so-dark-et-ténébreux-ouh-la-la, ou peut-être parce que j’ai vu trois fois TOUS les épisodes d’Une Nounou d’enfer, j’ai aujourd’hui une très haute estime de l’humour.

Ce qui fait que:
Je m’entoure de gens drôles.
Je peux tomber amoureuse en moyenne au bout 4 mails drôles (DRÔLES. Pas « marrants », « cocasses », »amusants » »hu hu hu »).
Je méprise horriblement ce qui n’aiment pas/ ne comprennent pas/ se vexent/ s’excusent/ expliquent/ amenuisent/ ne relancent pas/ gachent les bonnes vannes.
Moi qui ris =  moi à 73% dans ton lit (je laisse un peu de mystère sur les 27% restants).

Parce que sans rire, le rire, ma bonne dame, n’est pas un sujet si léger qu’on croit. (Bergson, anyone?).

Oui, cet homme est le théoricien de référence du lol


Parce que, comme le Kiri, rire est bon pour le moral et l’esprit. Parce que, comme un clip de Freddy Mercury, le rire est le succès d’une soirée réussie. Parce que, comme la politique, les références culturelles et les goûts en matière de pizza, le rire aide à choisir ses amis.

Et parce que, comme le sexe, ça demande des sentiments profonds augmente notre taux de ces hormones qui mettent des bulles de joie et de légèreté dans nos cerveaux meurtris.

Chiche, pour une fois, on dirait que je ne transformerais pas le sujet en tribune féministe. (surtout que j’ai déjà traité le sujet de l’inégalité Homme/Femme dans le domaine de la vanne. Rappelez-vous: on avait alors conclu que les hommes devaient être drôles parce que ça montrait leur intelligence, leur virilité, leur distance, leur charisme, leur côté bien-dans-leurs-pompes. Alors que nous, c’est pas grave: puisqu’on a une crinière de licorne et qu’on rit aux éclats quand l’homme parle, on n’a pas à s’emmerder à utiliser notre cerveau).

via cholafied

Donc, aujourd’hui, élargissons le débat, foin de guerre des sexes: parlons plutôt de la lutte des classes. (Mélenchon ayant atteint les 11%, je dois mettre « Front de Gauche » et « Internationale » dans mes tags).

Mais resserrons tout de même un peu: ici je n’aborderai point le calembour, le jeu de mot, le gag de la peau de banane, les sourcils de Jean Dujardin, les chiens qui font des plats dans l’eau ou Beyoncé qui chante les Choristes (oh allez, on n’en s’en lasse jamais: je vous remets le lien pour le plaisir).

Ici nous parlerons comme le -titre l’indique- du second degré.

Idée reçue Number One: Le second degré, c’est pas drôle.

Comme le PROUVE ce sondage exclusif Google-My-Fair-Lady  sur un échantillon représentatif d’internautes francophones déprimés: en matière d’humour commençant par un « S », les blagues de téléphones portables (« Sms », « Siri ») et les blagues Sexistes sur Sarkozy faisant du Ski sont plus drôles que le Second degré.

Allors-même plus loin! Ce sondage l’AFFIRME: le second degré, c’est relou comme la traduction d’une émission de skyrock sur le bac pro de juridiction mathématique en anglais.

Idée reçue N°2: le second degré c’est bizarre voire inhumain.

Caustique, ironique, cynique, vanneur et élitiste: le gens de second degré n’est pas gentil. Il n’a pas cet jovialité de l’humour populaire qu’on se partage en famille,  il ne se tape pas sur la cuisse et agitant la glotte, il ne termine pas ces phrases du bon rire franc d’un Laurent Ruquier pour bien montrer à tous que CECI EST UNE BLAGUE.

Au contraire, cet être froid, mystérieux et frimeur (si si) semble de marbre. Paradoxe glaçant que celui de cet homme qui fait apparemment de l’humour mais dont le visage reste impassible.

Mais s’il a fait de l’humour, comment se fait-il qu’il ne rie pas??? C’est que l’être second degré n’a ni coeur et ni âme. Comme un cyborg. Ou un communiste.

Idée reçue N°3: avec le second degré, bah on sait jamais si c’est pour de vrai. 

Oui, le problème est là bien sûr: le second degré est un style discret, non-hurlé, non-surligné, qui tacle par en-dessous. C’est la petite réflexion murmurée par Tonton Gégé quand votre cousine raconte les péripéties de ses chats adorés, cette petite réflexion que la moitié de la famille mal-à-l’aise fait semblant de ne pas entendre. « Rrrooh, Gérard, enfin! Ne sois pas si dur avec elle. » « C’était une blague Martine, maugréera plus tard Gérard dans la cuisine. Je ne lui conseille pas vraiment de se faire sauter par Croquette. »

Dans un monde sans finesse, où on aime tant revendiquer et stabiloter nos goûts et nos opinions, forcément, cet humour insidieux qui ne cherche pas le succès et la gloire immédiate est mal vu. Oncle Gérard  reste dans l’ombre, ne veut pas le pouvoir et ne se censure pas. Oncle Gérard serait anarchiste que ça ne nous étonnerait pas.

N°4: Le second degré, c’est intello et élitiste

Le SD demande de réfléchir deux secondes. De ne pas immédiatement monter sur ses grands chevaux. De faire preuve d’un peu d’abstraction. Du coup, bah, ouais, c’est moche: ça nécessite de se servir de sa tête. Un truc d’intello. Genre « nous on est trop malins, on dit des p’tites phrases pas vraies et on se comprend, hin hin, et vous vous pigez rien bande de ploucs ». Des private jokes d’intellos!  Trop relou quoi (voir point n°2).

Et qui pourrait vraiment avoir envie de faire des private jokes avec ces êtres inquiétants..?

N°5: c’est politiquement incorrect. 

Si vous ne vivez pas dans une grotte privée de wi-fi, vous connaissez sans doute A votre écoute coûte que coûteCette petite émission parodique de France Inter, où deux comédiens (Zabou et le mec de Classe mannequin qu’on prend aujourd’hui mystérieusement pour un bon acteur) jouent un psy et un médecin qui prodiguent des conseils horribles aux auditeurs. Enchaînants les clichés, les poncifs, les raccourcis, les élans de racisme, de sexisme, d’antisémitisme, ce programme était une perle de second degré.

Pourquoi « était »? Parce que sur les premières émissions, ils dosaient (et osaient) à merveille un second degré (presque) sobre. Du coup l’auditeur se mettait à douter de la réalité de tout ça et on rigolait -un peu jaune- en jubilant. Et puis, finalement, ces propos pas assez explicitement parodiques ont choqué. Les associations juives se sont plaintes (ah le fameux humour juif), les asso féminsites ont pas bien compris, des gens qui avaient écouté 2 secondes et demi se sont insurgés… Et France Inter s’est mis à grossir le trait. ALLEZ, SOYEZ SYMPA, CECI EST UNE PARODIE. ON RIGOLE. C’EST PAS POUR DE VRAI. KIKOOLOL.

Bon, l’émission reste assez marrante dans l’outrance. Mais on ne peut que déplorer quand la connerie gagne des points.

———————-

Notre horrible époque liberticide ne nous autorise plus à rire de tout, ni avec n’importe qui ni avec même avec ma mère qui se vexe vite en vieillissant, je vous jure, c’est flippant.

Ah la la, mais c’est sûr, aujourd’hui Coluche, ça passerait pas hein!
– Oh mais même De Caunes et Garcia dans NAP, ce serait pas possible!
– J’ai regardé Rabbi Jacob l’autre soir, ça c’était bien. aujourd’hui, pff, on peut plus!

(discussion tenue l’autre jour par 3 personnes nées en moyenne en 87)

Et pourtant il n’y a jamais eu tant de comiques partout. Paradoxe? Non!

Depuis qu’Anne Roumanoff est considérée comme une comique « engagée », « percutante », »acide » avec des sketches « au vitriol », on peut clairement dater la début de la fin de la crise de l’humour (le sketch de Roumanoff chez Drucker (!) de 2007). Le second degré est mort avec Sarkozy. Peut-être un quinquennat d’incohérences, de mensonges éhontés et assumés, de moquerie non dissimulée, de cynisme capitaliste gerbant et d’hypocrites voltes-faces ont été le coup de grâce de l’ironie. En détruisant toute la crédibilité de la sphère politique (tous des salauds de menteurs vendus), des media (tous vendus et menteurs, salauds!), et globalement tous discours venant « d’en haut », ces 5 années ont détruit la valeur de la « parole ». On dit « tout ça c’est de la parole! » « Parole » serait synonyme de mensonge. Et on préfère « les actes », « l’action ». Et on répète « les français veulent la vérité Madame Chazal » pour mieux se foutre de leur gueule…

Non, contrairement aux apparences, ceci n’est pas une digression. Résumons:

D’une part: Second degré = mensonge = méchant.

De l’autre:  Parole = mensonge = méchant (héritage judéo-crétin).

Certes, j’ai fait un bac L, mais je trouve que ces équations ont des points communs.

Moralité: le gouvernement a tué le second degré pour le remplacer par Anne Roumanoff. Alors, ok, certes, je daigne mettre un peu d’eau dans mon vin: ce processus n’a pas entièrement commencé en 2007 avec l’élection de Sarkozy. On peut au moins remonter à quand il est arrivé au ministère de l’Intérieur.

Lequel des deux est le plus second degré?

Donc le Second degré est mort, vive le Second Degré!

Mais, plus fort que Voldemort, le Second degré, privé de télé et de radio, n’a pas dit son dernier mot: il trône avec délectation sur internet. Il infeste forums et discussions, statuts FB et commentaires Youtube. Oh wait…

Apparemment, non, certaines personnes penseraient sincèrement que Beyonce chante bien Les Choristes et que Michel Sardou est un grand artiste mal-aimé.

Ah, c’est bien ce que je disais: rrooh, c’est difficile, le second degré, on sait jamais si c’est pour de vraaaaaiiiii…

D’ailleurs, certains ne supportant plus cette mode de l’ironie on-line ont eu l’idée brillante d’instaurer une Journée Nationale du Premier degré sur Internet.  Est-il besoin de préciser à quel point je like?

——————–

Bon, maintenant qu’on a défini la base, on est prêt à monter l’échelle de richter-du-lol.

Dans le prochain article donc, nous étudierons le 3eme degré, qui fait encore plus vaciller notre conscience du réel. Mais aussi le 4ème degré (est-il possible avec des inconnus?), voire le 15eme (avec Nadine Morano).

Ce qui me permettra de vous raconter ma vie, de ma rencontre avec un jeune philosophe féru de degrés, à mes malentendus par mail avec un polémiste ironique, en passant par ma soirée à insulter un mec en pull beige sans savoir s’il était second degré ou complètement con.

Mais ce sera pour la semaine prochaine, vu que là, ils passent Une Nounou d’enfer sur W9.

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20 réflexions sur “« C’est du second degré? »

  1. L’humour, c’était mieux avant, cong.

    Mais dans le programme de Jean-Luc figure le rétablissement du second degré, à condition d’en faire usage contre ces salauds de patrons, têtes de fion (exemple caractéristique de second degré, étonnant non ?)

    Conclusion déjà énoncée par l’auteure de ce blog : Nadine Morano est le Pierre Desproges de notre époque. Je trouve ça rassurant.

  2. Merci à mes alertes Google concernant Desproges pour m’avoir inopinément (ou pas) fait choir sur cet article.

    Et féministe avec ça ? Ah bah bravo !

    Au plaisir de vous lire.

    (Ceci dit, il me semble que le second degré dans les médias est mort juste après NPA. Mais je suis jeune.)

    1. Merci Olivier, mais votre second degré est ici un peu trop évident: vous voulez vraiment nous faire croire que vous êtes: homme + jeune + second degré + féministe??!
      Alors qu’on sait tous que les jeunes mâles sont des dégénérés qui ne font rien que jouer à Fifa en buvant de la drogue?..
      Vous êtes le bienvenu tout de même mais restons plausible, je vous en prie.

      1. Damnède ! J’avais supputé une femme + jeune + second degré aux commandes de cette page, donc je me suis dit que je pouvais tenter l’imposture. Je m’ai fait eu. Étonnant non ?
        Ceci dit, heureusement que le + cultivé est passé inaperçu. Je n’aurais jamais pu me décerner le + modeste qui va si bien avec.

        C’est marrant tout de même cette utilisation du second degré servant à dévoiler de pudiques compliments à peine masqués.

      2. J’aime beaucoup ce « damnède ». Ca vous rattrape pour cette mauvaise tentation d’être modeste. (La modestie est un fléau. Le monde cherchant chaque jour à détruire les ego, les êtres pas trop cons doivent lutter et s’assumer)

      3. J’ai hésité avec « Baille Djove ». Mais il me fallait être certain que Edgard Félix Pierre Jacobs et ses deux copains britons (avec un ‘b’ minuscule, sinon ils deviennent arrogants) ne vous étaient pas inconnus.

        Merci pour le compliment si peu voilé. Je vais tenter de suivre le conseil.

      4. Un peu. Mais tout de même notez la variante sémantique utilisée : un compliment un poil masqué se distingue autant d’un compliment voilé, aussi sûr qu’une femme voilée et une femme à poil masquée n’évoquent pas les mêmes sentiments ni ne soulèvent les mêmes interrogations (entre autres).

        Dieu que tout ceci est phallocrate (et merci au correcteur automatique pour m’avoir fait remarquer que si phallocrate s’écrit bien avec « ph » au début, il n’en mérite pas moins son deuxième « l »).

      5. On ne peut donc pas tout sacrifier sur l’autel des bons mots. Dommage. J’avais espéré.

  3. ouh là « pavé césar je te salut! » c’était un long post on sent que tu en as gros!
    Et comme je lis ton blog pendant ma pause et que j’ai été interrompue au moins 18 fois….
    bref tout pour dire que je suis complètement d’accord avec toi et que le meilleur remède contre la crise, la campagne électorale et le stress du boulot pour moi, c’est l’humour… je suis très bon public et adepte des blagues pourries, hé voui…
    et je pense que tu dois connaitre mais plonk et replonk me font vraiment rire toute seule devant mon ordi,(je ne regarde donc jamais o boulot) et au cas ou tu ne connaisse pas (ce qui m’étonnerai), vas voir, les cartes postales(http://www.plonkreplonk.ch/?a=8)
    ce n’est pas du 2nd degrés c’est immédiat en copier le lien j’ai aperçu la photo de la sellerie Remoulade et de l’épidémie de barbe et banco je rie toute seule! allez bises!

    1. Ah oui, certaines images Plonk sont très très drôles. Et c’est un cas intéressant parce qu’elles reposent à la fois sur un premier degré total et sur humour de l’Absurde (du 5eme degré environ). C’est les suisses ça, ils sont drôles et déroutants à la fois. (Rousseau, Herman Hesse, Jonnhy…)
      Mais nous traiterons ceci dans le prochain post. (qui sera sans doute un pavé aussi. Faudrait allonger ta pause)

  4. pas de problème! c’est toujours mieux d’allonger ma pause et avoir le sourire qu’allonger ma pause pour entendre parler du dernier épisode de Grey’s qu’elles ont trouvé trop trop choquant quand même! hou!!!

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