Fais attention: elle plaisante souvent.

(Cet article est dédicacé à ma soeur. Parce qu’elle ne s’en plaint pas, non non, mais « s’étonne » que je ne parle pas plus souvent d’elle ici « étant donné que c’est (elle) qui a majoritairement  façonné (mon) cerveau d’enfant » Dont acte)

J’aimerais vous dire que si je ne suis pas foutue d’écrire des posts plus souvent -malgré mes bonnes résolutions bi-hebdomadaires- c’est que je suis complètement overbookée. Mais mes 2,5 lecteurs réguliers sauraient que je mens. Et ne serait-ce que vis-à-vis de moi-même, je n’oserais pas. En effet, le bilan de ma semaine se résume pour l’instant à:

– avoir failli pleurer devant un épisode de Glee, puis franchement ri, puis m’être demandé lequel des deux états était le plus pathétique.

– avoir contemplé longuement mon traitement de texte en calculant les probabilités qu’une lettre de motivation s’écrive toute seule.

– avoir regardé défiler les chiffres en cristaux liquides oranges de ma nouvelle box pendant 71 minutes d’affilé, tout en imaginant ce qui pourrait être la pire douche écossaise de ma vie, dans un processus passionnant appelé « fascination du pire ».

– relu des textes écrits pendant la période la plus sombre de ma vie sentimentale.

– avoir pris une photo de moi chaque matin au réveil pour fêter la qualité d’image de mon Iphone et l’incroyable créativité de mes cheveux. (ceci rentre aussi dans la catégorie « fascination du pire »)

voler la photo d'un bébé inconnu sur Google: check


– avoir attendu que mon téléphone sonne en me convainquant que je n’attendais pas, puisqu’évidemment il ne sonnera que lorsque je ne m’y attendrai pas (sur le même principe que d’espérer tomber sur quelqu’un par hasard pendant 600 jours et finir par le croiser en sortant de la piscine, les cheveux pleins de chlore et les yeux pleins de veines rouges).

– avoir regardé TOUTES les bandes-annonces de films qui vont sortir d’ici au 30 juin 2013  (et avoir osé répondre « J’étais en train de bosser mais je peux faire une pause » quand mon portable sonna au milieu de la BA de Sexy Dance 8 )(Non, ce n’était pas le coup de fil que j’attendais hein)

– avoir relu les interviews d’un dramaturge est-allemand prophétisant l’horreur à venir du capitalisme mondialisé, dès 88.

– m’être faite engueuler par procuration par dix personnes différentes qui étaient en colère pour des raisons n’ayant rien à voir avec ma personne, mais apparemment, me gueuler dessus, ça fait du bien.

Que conclure de tout cela, vous demandez-vous?

Que 90 % de mon entourage est peut-être en dépression. (les 10 % restant doivent aller bien, vu qu’ils ne m’appellent pas). Mais que, bonne nouvelle!, et malgré tous les efforts cités ci-dessus: pas moi.

Mais vous comprendrez que bon, le thème de l’humour que j’avais prévu de traiter me semble aujourd’hui un peu lointain. Si vous voulez, en revanche, j’ai un article tout prêt sur la crise de la culture dans l’après-guerre-froide.

Non?

Bon, ok. Alors je vous colle la fin de l’article sur les degrés de l’humour que j’avais entamé ici, puisqu’il y a trois personnes que ça semble intéresser. (Je signale à ces personnes qu’elles peuvent m’écrire pour en discuter, ça me fera plaisir. Mais évitez de m’appeler, je préfère que mon téléphone reste disponible au cas où j’oublie que j’attends un coup de fil).

On en était donc là:

Le second degré = on n’y comprend rien, on sait jamais quand c’est sérieux, on s’y perd ouh lala!

Et plus on monte en étages sur l’échelle des degrés, plus la réalité s’éloigne. Au bout d’une certain nombre de degrés et de vannes pince-sans-rire accumulées, la Raison ne sait plus trop où elle en est. Et ça, même les êtres de Lumière, ceux qui sont les plus avertis, les plus grands défenseurs du second degré ne sont pas tout à fait à l’abri. C’est ce que j’appellerais poétiquement: le vertige de l’humour.

Pas plus tard qu’hier (il y a 3 semaines, en fait, donc), alors que j’échangeais des mails avec un type très – mais alors très!- second degré, le genre qui ne s’arrête jamais à en devenir presque relou d’être jamais sérieux, le genre qui relance tellement sans fin la vanne qu’on finit essouflé après une soirée sur gmail comme après 3 sets au ping pong (je donne tout au ping pong, perso)… bref, vous voyez. Ce type, donc, finit par écrire: « je plaisantais ».

Ne minimisez pas ces deux mots: il s’agit d’un grand constat d’échec. Pour lui comme pour moi. Sa blague n’était donc pas assez drôle pour se passer d’explications. Ou bien il me pense trop bête pour avoir saisi son humour. Epic fail dans notre relation épistolaire.
En vrai, j’avais compris qu’il plaisantait et avais moi-même répondu en plaisantant. (Pas ma meilleure blague de l’Histoire, j’en conviens).

Mais que s’était-il donc passé?

On en était à 71 messages d’affilé sur l’échelle de Richter du lol. On n’avait pas touché le sol depuis un mois. C’était trop de vertige, il fallait redescendre. Le degré 1 est le niveau courant. Même pour les êtres brillants en altitude, il est nécessaire d’y revenir occasionnellement pour reprendre son souffle.

Comme autrefois quand on avait un point de côté à force de jouer à la déli-délo dans la cours de  l’école et qu’on criait « Naaan mais pouce! POOOUUUCE! Tu peux pas m’attraper, c’était POUCE!! » (je viens de comprendre seulement 20 ans plus tard et à l’instant même que ça s’appelait « pouce » et qu’on montrait SON POUCE en même temps. Les deux doivent être correllés, non? Que les enfants sont malins).
Bref, même si le premier degré, c’est pas le fun, j’admets qu’il a une utilité certaine.

Deuxième soucis: de la difficulté du second degré à l’écrit.

Vous êtes seul devant votre écran et sa page Gmail. Et malgré l’aspect déprimant de cette situation, vous décidez de faire une blague à un interlocuteur virtuel. Ni votre sourire ravageur, ni votre brin de voix enchanteur, ni votre inflexion vocale désopilante, ni votre gestuelle explicite ne peuvent vous venir en aide. Comment faire comprendre que cette petite réflexion caustique est une blague?

Comme vous êtes un être de bon goût, au fait des coutumes actuelles et que vous avez plus de 14 ans, vous savez qu’il est hors de question d’employer un acronyme honteux type « lol ». (hein que vous le savez?)(le lol ne peut plus s’employer aujourd’hui que quelque part aux alentours du 4ème degré, voyons)

Alors, un peu en galère, craignant le terrible malentendu, vous envisagez d’employer cette figure charmante inventée par Forrest Gump: le smiley.

Ben ouais, vous dites-vous: tout le monde le fait, pourquoi pas moi?

Je sais pas: si tout le monde décide de sauter d’un pont ou de voter Nicolas Dupont-Aignant, vous le feriez?

Je dis non. Et je vous recolle ici-même cet argumentaire génial tiré d’un article précédent (oh, ça va hein)

Le smiley fait grand mal, non seulement au second degré, mais à l’humour en général, et donc à l’intelligence humaine. Il cherche à rassurer et sous-entend que l’autre, de lui-même, n’aurait pas été foutu de comprendre qu’on était là dans la sphère de l’humour (l’autre étant souvent une femme, dans ce cas)(ou un belge). Le smiley est une formule de politesse faible et flippée. Par sa nature même (un dessin trop basique) il amoindrit notre propos (la vanne) et notre objectif (le rire).

Ici je parle surtout des smiley basiques 😉 et  🙂 .

Un smiley qui joue de la trompette, c’est pas indispensable, mais bon, à la limite, pourquoi pas: si vous invitez par exemple un copain saxophoniste à un boeuf et qu’il vous demande de quel instrument vous jouerez vous ce soir-là et que vous avez la flemme d’écrire, alors, le smiley qui joue de la trompette est une bonne alternative.

Gageons que nous sommes entre gens assez malins donc pour le boycotter. Et si ce n’est pas le cas: tant mieux, vous vexerez un con.

N’oubliez jamais cette maxime: Expliquer une blague, c’est la condamner à mort. (ce qui est un péché en ces temps de récession de l’humour).

……………………………

« Et c’est quoi alors le « 15ème degré »? » me demandait l’autre jour une timide jeune femme.

Revenons donc à notre échelle:

Degré zéro = pas d’humour (t’as intérêt à être vraiment très beau)

Premier degré = le comique de base, néanmoins de formes variables (videogag, Molière etc…)(cf Bergson & Co)

Deuxième degré = une déformation de ce qu’on pense (euphémisme, antinomie…)
Question: Le second degré est-il devenu si commun qu’il est en fait déjà mort? Vous avez deux heures.

Troisième degré = (là, ça se corse) un second degré qui se ferait passer pour du premier. Le 3ème degré reposerait en partie sur un accord préalable entre les interlocuteurs (on savait qu’on était au 2nd degré, et on renchérit). Il est donc complexe à utiliser avec des inconnus. Mais souvent on passe du 2 eme au 3 ème sans même s’en rendre compte.

NB : Si une blague 3ème degré a, à la fois, un fond outrancier et une forme flegmatique, elle peut être nommée narquoiserie. (c’est une étude sérieuse, hein?)

Interlude vis-ma-vie: Dimanche dernier (d’il y a un mois), je rencontre un très beau mec en pull beige. On a passé environ la soirée à s’insulter. Est-il comme moi un être hilarant avec une parfaite maîtrise de la surenchère, de la comédie et de la répartie au 2ème et 3ème degré? Ou est-ce un simplement connard caractériel et asocial comme son pull semble le dire ? Ce mystère restera sans doute noyé dans le fond de cette bouteille de Chardonay.

Tout ça pour dire: on sait jamais. (Et c’est ça qu’est bien).

Quatrième degré = Du 3 ème degré qui se ferait passer pour du degré zéro. L’humour noir et pince-sans-rire. Un degré, qui si il est bien maîtrisé, vous fait rapidement passer pour un ignoble connard sans scrupule.

Alors, là, un débat m’a été lancé par un jeune philosophe:  « Le quatrième degré peut-il être autre chose que du sarcasme? ». Je n’ai pas encore de réponse.

Cinquième degré = comprend principalement le comique dit « Absurde ». Très apprécié au Royaume-Uni notamment, il laisse souvent les français dubitatifs et les divise en deux catégories: ceux qui trouvent que les Monty Python, c’est débile. Et ceux qui trouvent que ceux qui ne comprennent pas les Monty Python sont débiles.

(Voilà enfin l’occasion de déclarer mon amour aux sketches de Stephen Fry et Hugh Laurie)(que vous connaissez par Dr House je suppose, mais qui sont des génies du comique anglais avant tout)

………………………

Sautons des barreaux, histoire de répondre enfin la question:  quid du notoire « quinzième degré »?

Bah rien. Ca n’existe pas. C’est une parabole de l’Absurde. C’est comme un gros smiley mis à la fin d’une discussion qu’on a pas suivi pour faire semblant d’avoir compris. Ou bien c’est une excuse pour rassurer quelqu’un qui ne comprend rien à l’humour et souffre de paranoïa: Non non, t’inquiète, on ne se fout pas de toi, tout ça n’est qu’une gigantesque blague que tu ne comprends, lol 😉 😉

Ce post  n’étant pas une blague, vous comprendrez qu’il n’ait pas de chute.

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3 réflexions sur “Fais attention: elle plaisante souvent.

  1. Je comprends. Je donne tout au ping pong également.
    J’ai eu besoin des deux heures, mais je résumerai sobrement le fruit de mon labeur : non. Ce ne sont ni le vulgaire ni Omar, mais le politique qui a tuer le second degré.

  2. Très finement analysé. J’ai toujours eu l’impression d’avoir un humour à part – du style qui rend les gens perplexes – puis j’ai découvert que l’ironie était partagée par d’autres et ça a été un grand soulagement de rencontrer une amie aussi barge que moi au lycée.
    C’est vrai que l’humour absurde n’est pas compris par tout le monde. Parfois en groupe je me retiens de dire ce que je pense pour éviter de passer pour la rabat-joie/fille bizarre de la soirée…
    Par contre ne pas mettre de smiley quand on fait de l’ironie par texto est une tâche difficile avec les gens dont on n’est pas super proches, il y a toujours le risque d’être prise pour une allumée du bocal, ou une fille très froide ! (Quid du point d’exclamation d’ailleurs ?)
    Et puis je me demandais aussi si l’ironie n’était pas un acte destiné à déstabiliser l’autre, comme une sorte de test pour voir s’il est à la hauteur de notre façon de voir la vie. Il y a quelque chose qui tient de la dépression à vouloir autant inverser les valeurs, même en humour, non ?
    Le risque c’est de passer tellement de temps à faire du second degré qu’on n’arrive même plus à dire des choses sincères, sans esquiver la vérité, et de ne plus pouvoir se livrer vraiment à l’autre. De quoi devenir schizo !

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