« Les filles, c’est injuste »

J’avais pensé que le Grand Changement (celui du 6 mai je veux dire. Pas celui du jour où j’ai découvert qu’il existait du Mika au Oreos)(!) me rendrait incroyablement loquace. Que je garderai mon bel esprit critique, mais en perdant un peu de la rage qui m’animait pendant ces années notoires de sarkozie. Je pensais que mon humour ne reposait pas que sur des coups de gueule insurgés contre Claude Guéant expliqués à base de gif animés. Et finalement, pas trop.

Comme la plupart des humoristes de revues de presse et les Guignols, je suis devenue pas drôle.

Loin de moi l’idée de me plaindre, hein, que cette sordide parenthèse monarchique de voyoutisme et de mauvais- goût soit enfin close. Mais comme dit mon gauchiste de papa « On se plaignait que Fillon était sinistre. Avec Airault, on va découvrir ce que c’est de se faire vraiment ch*** ».

Heureusement, il reste l’hilarant Eric Zemmour. Youpi. Lui seul a ce talent de nous expliquer que les hommes blancs sont de pauvres minorités opprimées. Et que dire le contraire n’est que de la bien-pensance-gaucho-maçonnique.

Par qui, dîtes-nous donc cher Monsieur, le mâle dominant est-il opprimé?

1. Par les femmes bien sûr. Les femmes victimes de harcèlement sexuel, même, plus précisément. Les salopes.

2. Et par les jeunes. De banlieues. Ceux d’apparence étrangère bien sûr. Ces racailles oppressantes sur-puissantes qui volent le pain des malheureux Zommes blancs.

Qu’il est cocasse, ce Zemmour. Enfin un honnête journaliste qui garde son indépendance face à l’horrible sphère médiacopolitik pour dire tout haut ce que nous pensons tous au fond de notre coeur: il y a BEAUCOUP trop de femme noire au ministère de la Justice! C’est injuste! C’est injuste toutes ces femmes qui obtiennent un ministère simplement grâce au port de soutif et à force de papillonner de leurs paupières pleines de fards. Ah les putes. Pendant que tous ces pauvres Zommes blancs, pourtant pleins de talent, de compétence, de rigueur, de diplôme et qui font si bien leur noeud de cravate se retrouvent discriminés et confinés à la maison à curer les biberons. Trop injuste.

Je me suis disputée avec un copain libertaire sur cette question de la parité. Evidemment, dans un monde idéal, on n’aurait pas besoin de quotas et de mettre des amendes. Il y aurait des femmes et des hommes vivant harmonieusement, ils feraient les mêmes boulots pour les mêmes salaires. Parfois il y aurait plus de femmes que d’hommes à tel poste, ailleurs l’inverse, et l’ensemble s’équilibrerait. Aucun critère physiologique n’entrerait en ligne de compte. Tout serait question de compétence. Ce serait beau.

Mais on n’en est pas là.

Ah voilà que je sens monter en moi un peu de cette colère qui m’avait quittée depuis cette soirée de joie et de communion à la Bastille avec mes 2 millions de meilleurs amis. (Pour ceux qui n’y était pas, je vous conseille l’excellent récit de cette soirée qu’en a fait Titiou)(même si moi je ne me suis battue avec personne, je suis pas une racaille de banlieue comme elle).

Parité au gouvernement ou pas, c’est bon, pas d’inquiétude: y a encore largement moyen de s’énerver sur le machisme, la misogynie, le mépris, l’injustice. Chic!

D’abord, on peut s’énerver sur l’extase que provoque cette parité. Le nombre d’articles qui vantent le courage et la gracieuseté d’Hollande d’avoir nommé 17 femmes à un poste autre que préposée au café, c’est vraiment admirable. Tellement c’est beau qu’il fallait les faire poser toutes ensemble devant l’Elysée, en brochette de fiiiilles, comme dans les mariages « Allez, maintenant une photo avec toutes les filles autour de la mariée! Hihihihi!« .

Pour le ministère des droits des femmes: hip hip hip?

Enervant. Au moins dans les mariages, on fait ensuite la photo version testostérone, le marié et ses potos. Là non. Enervant. Cécile Duflot a accepté de poser mais en signalant que c’était ridicule et méprisant. Réponse d’un gros con d’éditorialiste de Libé : Halala, les gonzesses, jamais contentes! (je paraphrase, hein, vous vous en doutez. La bien-pensance-trotsko-judeo-journalistique oblige à faire des périphrases plus condescendantes). Très énervant.

Comble de l’énervement: en parler avec son père. Surtout quand votre père est justement un Homme Blanc de l’Elite (un opprimé quoi). Qui évidemment se considère comme pas du tout misogyne. D’ailleurs, parfois, le dimanche, c’est lui qui prépare le risotto.

Sa réponse sur la parité: ouais ouais, c’est bien, bien sûr, tout à fait. C’est bien puisque ça fait plaisir aux femmes. sic. Sick.

Ouais, un ministère, c’est comme un bel ensemble de lingerie sexy et un bouquet de roses. Ca fait toujours plaisir à la femelle. Et c’est bien de lui faire plaisir. Parce qu’après elle se met à 4 pattes sans qu’on ait à lui demander. Double effet Kiskool.

Après cet argument tellement énervant, mon père m’a longuement expliqué en quoi ces 17 femmes étaient incompétentes. (Machine est une dépressive notoire, unetelle une hystérique ingérable, elle c’est une connasse, etc etc…) Bizarrement, il n’a pas sorti un seul exemple de trouble psychanalytique chez les ministres mâle du gouvernement. Montebourg, Valls, Moscovici: ah non, eux ils sont tous parfaitement sains, équilibrés, calmes, justes, impartiaux. Bref, les garçons sont là grâce à leur talent. Les filles grâce à leurs vagins. Injustes, les meufs.

Si l’Europe décide de se rendre plus utile qu’en imposant des conditions financières impossibles à des états ruinés, elle pourrait par exemple sanctionner l’emploi inapproprié du mot hystérique. Que toute femme n’étant pas parfaitement lisse et sage soit étiquetée hystérique, en 2012, je trouve ça… comment dire? Enervant.

Je rappelle la définition psychalanytique qu’en fait le Littré:

Hystérie: Névrose aux tableaux cliniques variés, où le conflit psychique s’exprime par des manifestations fonctionnelles (anesthésies, paralysies, cécité, contractures…) sans lésion organique, des crises émotionnelles avec théâtralisme, des phobies.

Tant que je n’aurai pas vu Mme Taubira devenir soudainement aveugle et paralysée « avec théâtralisme » en conseil des ministres, je continuerai de m’énerver. Et je réclame que ce mot soit employé de façon paritaire. Parce qu’en matière de cécité, d’anesthésie et de crises phobiques, je crois qu’on a quelques beaux exemples virils à l’UMP.

………………..

Et sinon, dans la catégorie Vie de Meuf, parce que pour s’engager politiquement, y a pas besoin d’aller bien loin, laissez-moi vous parler de mon plombier.

Alors, c’est ici qu’y a des tuyaux à déboucher ?!!?!

Dans ma minuscule salle de bain, il y avait un carrelage cassé qui apparemment gênait les voisins du dessous. L’agence m’enjoint de joindre l’entreprise de plomberie. Soit. Débarquent donc

– le Chef Commercial (petit trapu faussement jovial avec chemisette rose et accent du Sud-Ouest)(je le hais d’office)
– le Chef des Plombiers (sosie de Fabrice Eboué)
– et le Sous-Fifre-phtisique-maltraité-nerveux (une semaine dans un mètre carré de poussière de plâtre à fumer 50 clopes par jour pour un salaire de misère probablement au black…  y a pas que les inégalités hommes-femmes qui m’enragent).

Et là, commence… le Festival de la Virilité de Gros Cons.

ACTE PREMIER: Repérages du terrain

– Ils s’étonnent que je ne sois pas un Homme
« Mais vous vivez seule?
– Non, j’ai une colocataire.
– Mais vous êtes seules toutes les deux?
– Ben, non, on n’est pas seules, on est deux.

– Ils me parlent comme à une débile:
« Nous allons mettre des CARRELAGES. Pour cela il va falloir CASSER les ANCIENS CARRELAGES. Ceux de la douche LÀ. Ca va faire un peu de bruit. Vous comprenez MADEMOISELLE?
– Ah les petits carrés blancs mignons, là, ça s’appelle des « carrelages? Hi hi hi! Ouh lala, Messieurs, vous êtes vraiment très forts, hi hi hi hi. Ce doit être difficile. Je vous ai préparé des cookies pour vous donner des forces, hi hi hi. »

ACTE 2 : Fabrice Eboué part à la chasse

Alors que le Sous-Fifre se tape des allers-retours en portant 200 kilos de carrelages, le Chef Plombier prend en main la partie commerciale du business, à savoir: me faire le plan drague le plus ridicule de l’année. Signalons qu’on est lundi, 8h du mat. Déjà saoulée de les voir, arborant un magnifique vieux sweat et un élégant chignon de douche, je suis toute disposée à répondre à une sérénade, telle une biche s’abreuvant délicatement au ruisseau sous l’oeil d’un gros lion queutard.

LE LION: Et alors comme ça, « on » a pris sa journée?.. (le « on » paternaliste, déjà, je like)
LA BICHE: Mmrrf.
LE LION, affamé: Et elle fait quoi, dans la vie, cette jeune fille?..
LA BICHE: Mmrrétamèrefff
LE LION, s’accrochant: Alors comme ça on est en colocation? Y a pas de mari dans l’histoire..?
LA BICHE: …
LE LION, bavant: Et alors, elle reste comme ça toute seule toute la journée à la maison…?!?!


LA BICHE manque vomir.
LE LION, roi de la jungle: Bienbienbien. Alors, hum… il faudrait déplacer ce petit meuble, là.

Là, je vous signale, pour plus de compréhension, qu’il s’agit d’un adorable petit meuble de bois que j’ai fabriqué de mes blanches mains. Très léger et fonctionnel. Je m’approche du meuble pour le pousser.

LE LION, salivant: Oh la! Laissez-moi faire! Faudrait pas abîmer une petite merveille pareille…
LA BICHE, 1er degré: Nan, c’est bon, ça craint rien: c’est du bois.
SCAR, me détaillant des pieds à la tête comme si j’étais une steack-frites juteux: Hummm, non. Je parlais de cette autre merveille…
LA BICHE:     -_-

Non, je n’ai rien répondu. 8h, le lundi, je n’ai pas de répartie. Je ne suis que sommeil et dépit. Je vous passe le reste de son monologue sous-forme de QCM (Et alors vous n’êtes pas mariée? Célibataire? En couple? Vous travaillez dans un bureau? Vous êtes prof? Vous êtes free-lance? Vous fumez? Vous voulez une cigarette? Si on m’avait dit qu’il y avait une petite merveille de travailleuse free-lance non mariée dans cet immeuble…).

Pendant ce -long- temps, le sous-fifre commençait de filer des coups de marteau dans ma tête la douche. C’était un beau début de semaine.

La réplique finale fut magnifique de WTF:

LE ROI LION: Et nous, quand est-ce qu’on va se revoir..?
LA BICHE, envisageant de devenir carnivore: Euh ben demain je suppose. Vous êtes censé refaire ma salle de bain je vous signale.

La semaine suivante fut longue. Je dus faire preuve d’imagination pour bosser n’importe où sauf chez moi, et de courage, pour me barrer à 8h01 tous les jours.
Le dimanche, enfin, ça devait être fini et sec (après juste le double du temps initial prévu. Yeah). Mais, là, découvrant la salle de bain -et croyez-moi, je suis loin d’être une maniaque ou une experte en plomberie- je constate que c’est du grand n’importe quoi. La salle de bain est ruinée, dégueulasse, la peinture est flinguée, les carrelage sont tordus, c’est même pas fini, bref, ça saute aux yeux que c’est vraiment du boulot bâclé et raté.

ACTE 3: Tais-toi, femme, comment oses-tu t’exprimer? Toi en y en a pas comprendre choses des Zommes.

J’ai appelé le mec de l’agence immobilière pour dire que c’était n’importe quoi. Le mec ne m’a pas cru, m’a pris de haut (« C’est une entreprise de grand talent ma petite demoiselle!« ). Il a daigné faire venir le Commercial-du Sud-Ouest, qui est arrivé plein de condescendance, prêt à m’expliquer que c’était un boulot nickel, et que nous, les femmes au foyer, on comprenait rien à l’Art du Carrelage. Je commence à lister ce qui n’allait pas dans le résultat. Le mec sourit sans m’écouter (il devait être hypnotisé par la somptuosité de mon chignon de douche). Il rentre dans la salle de bain et voit tout de suite, que effectivement, c’est tellement n’importe quoi qu’il va falloir tout casser et tout refaire. Il est tellement dépité qu’il en perd son accent du sud ouest. Il balbutie. Je ne triomphe pas, parce que je vois venir la 2ème semaine de loose qui m’attend, mais victoire quand même d’avoir raison, moi qui pourtant ne suis pas une Grande Spécialiste de l’Art Ancestral du Carrelage de Douche, mais une simple femme esseulée.

ACTE 4: The return of SCAR

Donc, les fuck*** travaux reprennent. Le blaireau de Carcocassonne revient. Scar revient avec un nouveau Sous-Fifre. (Le premier est sans doute au sanotorium, enfin j’espère). Ils ont trop la confiance. Ils m’expliquent (en langage pour demeurée toujours), que finalement, ils ne vont pas tout casser, parce que, MADEMOISELLE, ça ne servirait à rien, ce serait du temps perdu, ce qui serait très embêtant pour tout le monde, et nous, on ne veut pas vous embêter, vous avez sûrement mieux à faire et elle vous manque, votre petite salle de bain, hein? (Oh oui, messieurs! c’est trop horrible! Sans ma salle de bain, mon eye-liner est si mal mis que je n’ose plus sortir de chez moi!! Sauvez-moi!!). Alors on va juste refaire les finitions, là dans le coin, et puis changer le petit truc là, comme ça ce sera tout-joli-tout-propre, ce sera bien et vous serez contente, hein (« Oh oui! Merci messieurs! Et sivouplé, pour vous remercier, pourriez-vous me baiser sur ces superbes carrelages si-propres qu’une ménagère comme moi ne peut qu’en être émoustillée? Oh merci!!! »)

Donc, là, en vrai, je me suis énervée (je suis une HYSTÉRIQUE). Ils ne m’ont pas écoutée. J’ai argumenté. Ils m’ont toisée et ont souri comme si j’étais une adorable enfant de 4 1/2 qui fait un caprice.
Et puis le mec de ma coloc a surgi. Il s’est énervé (il a DU CARACTÈRE). Ils l’ont écouté. Il a argumenté (en disant exactement la même chose que moi). Ils ont arrêté de sourire, ils ont hoché la tête. Ils ont dit « Ok, on va tout casser, monsieur. C’est vrai que c’est inadmissible, vous avez raison, excusez-nous ».

Ils sont tous partis sauf Fabrice-Scar-Eboué qui a commencé à péter les carreaux.

Quand je lui ai demandé à quelle heure il partait, rapport aux clés, il m’a détaillée des pieds à la tête (via les seins) avant de répondre d’une voix alanguie et ronronnante:

LE LION:  « Grrr. Toujours aussi charmante, la demoiselle !!.. »

LA BICHE:

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7 réflexions sur “« Les filles, c’est injuste »

  1. L’histoire de plomberie est édifiante. Mondo cane…

    Concernant l’égalité homme femme, je reste adepte de la chronique de Desproges suivante : http://www.youtube.com/watch?v=augQ1vP2rF0
    Je ne doute pas que vous la connaissiez, mais peut être le lecteur distrait qui la découvrira s’en ébaudira. Au delà de l’humour, les idée soulevées dans ce texte me semblent de nature à servir de socle à une vraie réflexion sur ce qui pourrait constituer une différence entre les femmes et les hommes, et comment s’en servir pour que, enfin, youpi.
    Seul problème : il s’agit d’élever un peu le débat au dessus de la ceinture et de la fiche de paie. Car les enjeux les dépassent.

      1. Soit. Quelques jours pour potasser mes idée et chiader un petit texte sur la question, et je reviens vers vous.

  2. Merci pour ce retour à la réalité. Je dis ça paske je reviens de Norvège et que question parité, il existe des choses utopiques chez nous qui sont normales chez eux (genre hommes et femmes ont le même salaire pour le même boulot entre autres). Paske moi aussi ça me rend colère ce machisme ambiant. Alors tu m’as donnée encore plus envie de m’exiler en terre nordique. Mais pas demain. Demain j’ai poney.

    Sinon j’aime beaucoup la mise en scène scar slash roi lion slash Fabrice Eboué.

    PS: M. Burns, c’est plus JF Copé, nan ?

    Merci pour ce brillant billet.

    1. Bah non, faut pas t’exiler. On a éminemment besoin de scientifiques à poil pour mener le combat ici!
      En fait pour Zemmour je cherchais une image du personnage qui sème la Zizanie dans l’album d’Astérix. Détritus, je crois qu’il s’appelle. C’est un sosie parfait. Mais j’ai pô trouvé.

      1. Trop excellente la ressemblance avec Zemmour !
        Sinon, oui, certes, le combat est quotidien, mais ça me fatigue. En Norvégie, on a aussi besoin de scientifiques à poil. Et le respect des femmes, c’est pas du luxe, n’en déplaise aux phallocrates libidineux de mes deux ovaires, bordel !

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