« Etre odieux, chez un parisien, c’est génétique ou bien? »

Dans un moment de passage lugubre à Paris en juillet, j’avais commencé ce post.

Je ne l’ai pas fini, ce qui finalement, correspond assez bien au thème en question ci-dessous… je vous le refourgue donc tel quel et j’annote en italique les modifications écoulées depuis deux mois. Oh et je veux pas entendre de plainte, hein, ça va!

Pour des raisons échappant à ma raison, je suis de passage chez moi. A Paris. En été. Là où quand il fait chaud, tu tousses comme la Dame aux Camélias dans les pots d’échappements, et où le reste du temps il fait trop gris/trop froid/trop lourd/trop changeant/trop chelou.

Donc, puisque je suis de retour au bercail et pour ne pas être déchue de ma nationnalité parisienne, vous m’excuserez, je vais donc me plaindre et/ou m’énerver: « Non, mais sérieux? Oh! C’est abusé! De qui se moque-t-on?! Grrr! Argh! Punaise! Enfin quoi??!!! OOOHHH!!! Personne réagit?! Bordel! »



Le coeur de mon drame: je viens de passer trois semaines deux mois « en régions ». (oui, au pluriel. Quitte à se faire extorquer 200 euro par la SNCF, il faut rentabiliser en en voyant plusieurs).

Moralité: pendant tout ce temps, j’ai été détendue, j’ai bronzé, j’ai rigolé, j’ai vu des amis, je m’en suis fait de nouveaux, j’ai travaillé, je me suis culturée, j’ai rencontré plein de gens formidables, j’ai vu que certains quartiers d’Arles étaient plus beaux que des villages de Toscane, j’ai passé des heures à parler, j’ai collaboré à sauver l’Arctique des braconniers de chez Shell, j’ai découvert que je savais tirer à la carabine à plomb et même très bien, et même de mon oeil astigmate (la lueur de respect dans l’oeil du mec qui tenait le stand de tir m’a fait envisager une réorientation de vie à 180°: et si le sens de ma vie était dans la chasse à la grive cendrée?). J’ai goûté des bourgognes à se damner, j’ai tiré un feu d’artifice, j’ai chanté West Side Story, je me suis essayé au violon dans une clairière, j’ai admiré des paysages, fait des voeux aux étoiles fuyantes, dîné sous les peupliers, déguisé en extra-terrestre à 8 yeux, tracé mon arbre généalogique socio-politique, chanté a capella et à l’accordéon, parlé de scandale et de combat, promené sur une plages couverte de couteaux, je me suis coupée des infos pour mieux regarder le monde en direct.

Pendant tout ce temps, je n’ai eu peur de rien, ni des autres, ni de moi, ni de l’avenir, ni de la vacuité de l’existence, ni de ma taxe d’habitation. Juste des coups de soleil à la limite parce que vraiment, les Bouches du Rhône entre 11 et 19 heures, pfiou.

Mais comment est-ce possible? Normalement, partir en régions, à la CAMPAGNE, c’est se retrouver entourés de semi-illettrés consanguins au parlé défectueux qui pataugent dans la boue en se demandant si un jour ils perdront leur virginité et est-ce que si je le fais avec une chèvre, ça compte ?

Dans L’Amour est dans le pré, c’est comme ça en tout cas.

La Province, c’est ce monde lointain et obscurantiste, dans laquelle Picasso est un nom de Citroën, où les gens vivent au rythme des saisons et (se) couchent avec les poules. Un Mordor sillonnés de TER où l’ennuie vous suce le cerveau et vous abrutit jusqu’à ce qu’il vous semble ENVISAGEABLE de porter un kway rose et vert sous la pluie et où quand le soleil surgit, on vous oblige à mettre: un BOB. Il n’existe qu’un endroit plus dangereux pour nous que la Province: l’Ile-de-France. Cet endroit où les gens vivent dans des « PAVILLONS » et se rendent le week-end, de leur plein gré, à Châtelet-les-Halles et ils sont contents parce que c’est un peu comme un CENTRE COMMERCIAL!

Brrrr. J’en frissonne.

Enfin, c’est en tout cas ce qu’on nous apprend à nous, enfants des quartiers du centre de la capitale, à l’Ecole Primaire des Connasses Parisiennes.

Mais alors pourquoi donc que je suis pas contente?

Je viens de revenir pour une semaine dans la Ville Lumière ! Sont disponibles à quelques pas de moi les plus grands trésors de l’Histoire de l’Art, de la Culture, de la Civilisation du Monde de l’Univers! Les immeubles qui m’entourent sont Haussmaniens! Les Japonais pleurent de joie et d’envie en découvrant comme nos monuments sont imposants, nos rues propres, nos vins riches en bouche, nos terrasses de café colorées et nos vêtements bien coupés! J’ai le Louvre! J’ai les Buttes-Chaumonts pour pic-niquer en riant avec mes 325 amis FB! Les plus belles capitales du vieux continent sont à 1H30 de moi! J’ai un parquet en chêne et DEUX cheminées en marbre!

Hier, j’ai magné un falafel dans le Marais. Autour de moi, les amateurs de pita casher du monde entier d’extasiaient. Ils avaient du chou rouge et des bouts de boulettes plein leur sourire en photographiant cette jolie rue des Rosiers pavée de boutiques de fringues. Les quelques parisiens en transit jouaient au square à entraîner leurs gamins pour les éliminatoires de Koh Lanta 2022. Bref: QUE. DU. BON. HEUR.

Et moi? Recluse sur un banc, j’ai sursauté chaque fois qu’un-e inconnu-e est entré-e dans mon espace vital (la fois où c’était la gardienne du parc, j’ai même poussé un petit cri). J’ai regardé le sol plutôt que les immeubles à caryatides. J’ai regardé mon portable/ma montre/mon portable/ma montre. Il me restait encore une heure à meubler avant mon rendez-vous. J’ai soupiré. J’ai grogné.

What’s wrong with me?

Avant-hier, Gare de Lyon. Je rentre à Paris, ravie. Quelques jours avant de partir bosser au vert. Quelques jours pour boucler des trucs, voir des amis, profiter de la ville calmée et des rues désertes où on peut griller les feux en vélo.

Un type bourré se retrouve coincé dans les portes du métro, il se met à insulter un jeune-cadre-dynamique. Le jeune-cadre me regarde en levant les yeux au ciel sous-entendant « Ah lala, vous avez vu Mademoiselle, les déchets que trimballent notre société! On n’est vraiment à en sécurité! ». J’ai alors essayé d’ouvrir les portes pour aider le typer bourré à rentrer, espérant qu’il foutrait son poing dans la tronche du cadre. Les 50 passagers autour m’ont regardée sans bouger le petit doigt alors que les doubles portes de la ligne 14 s’ouvraient et se refermaient une, deux, trois, quatre fois, écrasant le type qui continuaient de gueuler.

Paris est méchante.

La dernière fois que je suis rentrée de voyage, on m’a prise pour une pute. La fois d’avant, on avait essayé de me tirer mon portable. L’office du tourisme devrait inventer un système de sas transitionnel. Avant de se retrouver direct plongé dans ce qu’il y a de pire dans notre belle ville, on placerait les voyageurs dans une zone intermédiaire. Un quartier paisible, avec des autochtones aimables (des comédiens bien sûr), ni hurlements, ni violence, ni dragueurs lourds, ni courriers de l’URSAFF, ni métro, ni chaleur excessive qui rend la pollution insoutenable, ni pluie glaciale, ni embouteillages à chaque carrefour, ni serveurs de café, ni café tièdes à 2,50€. Parce que comment voulez-vous que les touristes aient envies de prolonger leur séjour et de dépenser leurs dollars quand leur premier contact avec la France a lieu dans RER B?

Paris est cynique. La preuve: hier je discute avec un beau mec dans un café. Il se retourne. Dans la poche arrière de son jean, il a… le Figaro. Paris is a bitch.

D’ailleurs un site internet le prouve: découvrez l’amusant un-vrai-parisien pour admirer le palmarès des attitudes de connards que mes voisins et moi avons tous les jours. (Amis de Gironde, d’Angers, de Perpignan, du Larzac ou d’ailleurs, vous m’avez connue cette été en gentille baba cool sirotant du rosé sous les étoiles, riant à gorges déployée et parlant avec emphase des beautés de l’existence… Découvrez maintenant la version automne-hiver-à-Paris de moi… et pardon d’avance!)

Cette ville me rend aigrie. Moi et tous les autres, hein, ne faites pas semblant. Elle rend trouillard, timoré, sans scrupule, casanier. Alors qu’est-ce que je fous là? Pas qu’est-ce que je fous « là maintenant tout de suite » (ça je sais: j’écris en fumant tout en mangeant un yaourt grec Leader Price)(je vous déconseille ce mélange). Non, comme d’hab, je me demande ce que je fous là globalement. Dans ma vie. A Paris. Au boulot. Ma famille. Mes objectifs. Mes envies. La construction. Ce genre de conneries quoi.

Bref, comme il faut bien avancer dans l’existence, parce que si tu n’avances pas, tu recules, et alors comment veux-tu comment veux-tu… j’ai entrepris d’envisager d’accepter de songer à peut-être faire en sorte de construire des choses. Voilà une décision claire et indiscutable. Genre faire des efforts quand je crois une difficulté plutôt que de tourner les talons l’air de rien. Genre admettre que parfois la durée (pas les macarons hein) a du bon, et qu’il n’y a pas que le changement et la nouveauté qui valent le coup. Genre apprendre à être persévérante, vous voyez. Faire des – ouille, j’ai du mal à le dire- des… EFFORTS. Prendre le temps de faire les choses bien plutôt que de toucher à tout dans tous les sens. Ou même avoir de la -aïe- PATIENCE. Pfiou.

Donc, cette année, je fais du changement dans mon existence, et pour marquer le coup et l’annoncer au monde, il faut un symbole fort. Voilà comment, avec un ami aussi constructophobe que moi, nous avons décidé de faire une pièce-montée. Oui oui, vous avez bien lu. Un fucking gâteau de mariage en pyramide. La totale, choux, crème pâtissière et caramel blanc. Tout homemade évidemment, parce que, bon, c’est le symbole de la construction de notre avenir tout de même, ce put*** de dessert, et pas question qu’on se crée un avenir semi-industriel en sachet Alsa.

6 heures, 65 choux, 1 rouleau de papier cuisson, 13 oeufs + 1 jaune, 6 caramels, 3 ampoules pour cause de brûlure plus tard, on contemple le symbole de notre réussite à venir. Au sommet, plutôt que des mariés minables en plastique chinois, on a opté pour une magnifique statuette de Dragon Ball (en plastique chinois). Sur toute la hauteur de notre oeuvre, sont disposées 7 petits fruits ronds oranges représentants les 7 boules de cristal. Une pièce montée de cosplayeur quoi.

On a réussi notre mission, notre quête nous aussi. Finie l’époque gamin avec queue de chimpanzé à looser chez Tortue Géniale. Cette année, on devient la version adulte et musclée et blonde de Sangoku: on est Sangohan, putain!

Donc, bon, voilà, c’étai pour dire: cette foutue ville, cette année, j’avais décidé de m’en enfuir. De déménager. Loin. Ca me faisait peur, mais moins que de rester ici finalement. J’avais des arguments imparables.
Et puis j’ai changé d’avis. Ce serait un peu fastoche de se barrer réfléchir au sens de la vie là où elle est simple et funky. Donc c’est ici même je vais commencer la lutte et me battre! Me battre contre la complainte, la morosité, le narcissisme, les préjugés, l’endormissement, la facilité, la fuite, l’éparpillement.
Cette année, promis, je fais en sorte que Tortue Géniale soit fier de moi!
Et si ça foire, je pars vivre dans le Larzac.
Publicités

2 réflexions sur “« Etre odieux, chez un parisien, c’est génétique ou bien? »

  1. En tant que provincial bouseux sudiste défenseur de la corrida et du cumul des mandats, je dirais que la province (ben oui, y’a qu’une seule province hein…), c’est bieng con, et que Paris, ben c’est bien aussi. Parce que le calme, au bout du moment, ça énerve, et visseversa putaing…

  2. Je suis à Paris depuis trois semaines, études obligent, et je me sens déjà devenir ainsi, toute de froidure et de bêtise vêtue. Et même pas bien coupée, la bêtise, puisque mes ORIGINES PAYSANNES jouent contre moi.
    Épuiossi: j’aime assez/beaucoup/follement ce blog à l’esprit si (fr)agile.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s