« Elle est sous Prozac! Elle est sous Prozac!! »

Donc je vais tenir ma bonne résolution, et comme annoncé à l’article précédent…

Previously dans Elle est si fragile (et elle t’emmerde):

(ouais des captures d’écran de mes propres posts. Vous voyez le niveau d’énergie créatrice dans lequel je suis…)(j’en suis rendue au stade de porter des vêtements en POLAIRE)(et j’ai des arguments pour me défendre).

Donc, je ne dois plus critiquer Paris et je dois me battre de façon active à dénoncer la société pour la faire changer, petit à petit, certes, mais puissamment, à terme.

Chouette.

Mais euh zut… par où commencer?

Parce que désolée, mes agneaux, mais ne nous leurrons pas: nous sommes entourés, cernés même, par la sinistrose la plus totale! En encore, on n’est pas en novembre!

La preuve? L’autre jour, attendant une copine dans un café, je gribouille machinalement les phrases que j’entends dites par les passants croisant ma table. (La plupart sont tirées de conversation téléphonique)(preuve déjà du désarroi certain où nous pataugeons, nous homo contemporanus occidentalis).

Micro-trottoir, embedded in Paris 10 th arrondissemnt, oct. 8th, 6 p.m:

(Je jure solennellement que toutes ces phrases sont des citations exactes, non coupées, non remaniées et entendues dans cet ordre-là).

– Elle est sous Prozac! Elle est sous Prozac!

– Non, il voulait rien entendre! Alors j’ai pris un tournevis et merde, j’ai défoncé la porte!

– Et ce soir, tu seras chez ton papa ou chez ta maman? Ah, chez Maman…

– Non, tu te fais opérer d’abord et après tu vois si tu peux être remboursé…

– Fuck! J’ai oublié le cadeau! Je vais demander à Boubakar de me l’apporter ici.

– C’est le système qui nous prend!…

Si ceci était un sondage (fait à leur insu sur un échantillon représentatifs de 6 personnes), que concluerait-on? Voyez si c’est éloquent…

– 1 femme sur 4 a déjà du défoncer une porte à l’arme blanche parce que les hommes ne veulent rien entendre.

– Un Français sur six a une amie sous Prozac et n’hésite pas à en parler à haute voix: les antidépresseurs ne sont plus tabous. Les consommateurs sont-ils stigmatisés? Le sondage ne le dit pas mais la répétition de la phrase peut le sous-entendre.

– Tous les enfants ont des parents divorcés et malgré l’augmentation des gardes partagées, ouais, ce soir, c’est quand même Maman qui se tapent les gosses.

– 100 % des personnes à prénom à consonance étrangère sont corvéables à merci.

– Les dépenses de santé ne sont plus automatiquement prises en charge par l’état ; même les opérations ne sont plus remboursées mais cela n’est pas encore tout à fait entré dans l’esprit des français: un sur six doit l’expliquer au téléphone à au moins un de ses amis.

– Un homme sur deux a la conviction que tout est de la faute du système.

Eloquent, non?

Et encore si je faisais un micro-trottoir de mes potes:

Je conclurais qu’un quart des trentenaires parisiens sont en urgence de logement (« urgence » c’est-à-dire que je ne comptabilise pas ceux qui vivent juste dans un appart moisi et sombre pour 1400 euro par mois. Je parle de ceux qui n’en ont pas, squattent chez leurs parents, se font insulter par des agences immobilières ou vivent à Corbeil-Essone).

Je prouverais par des chiffres que les techniques de drague des trentenaires sont consternantes dans 97% des cas, grâce à des exemples tirés de la vie réelle: « Ah tu dors? C’est con,  j’avais vachement envie de te rouler des pelles ». (Beaudelaire est dans la place).

Des chiffres, toujours des chiffres et des exemples me permettraient aisément de démontrer que la lâcheté et la peur du dialogue (forme (non) verbalisée de la classique peur de l’Autre) font des ravages dans les relations humaines. Ou bien est-ce le mépris qui s’est immiscé si profondément dans les esprits qu’on ne se rend plus compte de ce qu’on fait? Le nombre de mails ou de messages qu’on laisse en plan, sans réponse, lettre morte… c’est un phénomène croissant. Je suis sûre qu’en 1815 on prenait bien plus le temps de répondre aux missives poliment écrites et aux invitations d’events sur facebook. Maintenant, on s’en tape. Si on lit en diagonal un message, c’est déjà un effort titanesque. La majorité finissant à la corbeille virtuelle parce qu’on n’a PAS LE TEMPS et surtout pas la curiosité de découvrir ce qui pourtant, qui sait, nous réserverait peut-être des surprises formidables.

C’était la minute rétrograde.

Je vous passe les citations vraiment trop dark que j’ai entendues ces derniers jours parce que ça m’entrainerait encore sur la mauvaise pente de la misanthropie (« Y a en plein des cons qui font de la merde ») ou de l’amère sarcasme (« Quand on s’aime on ne forme plus qu’un. Le tout est de savoir lequel des deux ».)

Donc, non, point de mauvais esprit: j’ai promis de la beauté et oui, il y en a dans ce monde de brutes!

C’est l’heure maintenant de la minute Bisounours (avec le soutien de l’aimable Yann Arthus-Bertrand)

Tiens en voyant un coeur, soudain, j’en profite pour partager à ceux qui l’ont loupé le lien vers cette formidable initiative: le Musée des Coeurs Brisés lance une collecte à Paris en vue de l’expo qui aura lieu au 104 en fin d’année. Remplissez une petite fiche, racontez votre horrible chagrin d’amour et débarrassez-vous enfin de ce ridicule bougeoir de plexi en forme de Cupidon que vous avait offert Jean-Eudes pour vos 2 ans. Ledit bougeoir ou tout autre vieux souvenir déprimant qui vous encombre (le skateboard de Valère, les lettres d’amour parfumées de Hubert, les mix-tape de Gwendo, le peignoir de DSK…) rejoindront ainsi le fond de collection de musée et participeront à l’expo.

Un moyen réconfortant de faire le ménage. Une collectivisation émouvante d’amours passées. Une idée idéale pour les narcissiques (normal que ce soit tant relayé sur les blogs…): tous ensemble, on fait du Sophie Calle. Zut, je redeviens ironique alors qu’en plus vraiment, je trouve ça génial comme concept. Je suis même jalouse que l’idée de soit pas de moi. C’est que tout à coup, l’idée de glorifier mon ex, cette petite pourriture de lâcheté, au point de faire exposer sa brosse à dent, me reste un peu en travers de la gorge…

Rassurez-moi: je suis pas la seule à avoir un jour regardé ça, hein?

Bon, autre chose qui réconforte le coeur?

Tiens, continuez donc la lecture de ce post en musique. (Si vous arrivez à faire deux choses à la fois, profitez-en pour écouter les paroles. Moi, ça me parle teeeeellement)(pour vous, messieurs dont le cerveau, on le sait, n’est pas si développé, ben, faites un break, grignotez un peu de la vieille pizza qui moisit derrière vous ou autre truc typique de votre genre)

Au passage comme je ne suis qu’Amour et  comme me le disait bien justement hier une amie qui travaille dans le jambon :

On est vraiment des cons à jamais se dire qu’on s’aime alors qu’on peut crever demain!

Certes, elle était bourrée mais peu importe! Elargissons cette parole d’ivrogne et ça devient vite un vrai argument socio-politque: crétins que nous sommes, on accepte les règles d’une société qui muselle les sentiments (ou les ridiculise). Qui fait croire que le plus fort est celui qui se tait, ne montre pas ses failles. On doit être des rocs, être celui qui part sans se retourner. (Oui, bien sûr, ça à nom: ça s’appelle la société-Phallocrate-à-la-con-de-Papa). Je ne relance pas le débat, non: aujourd’hui je dis juste: STOP!

Je vais dire aux gens que j’aime, que j’admire, que j’apprécie ou pour qui j’éprouve toute autre forme de sentiment positif ce que je pense.  Par exemple et en l’occurrence: merci Chloeka de m’avoir fait découvrir Mustang et pour les heures de discussion à avoir l’étrange impression de parler à un miroir! (Chloeka fait aussi des boucles d’oreille. Tiens, cliquez donc, bande de it-girls)

Oui, je vais me mettre à faire des déclarations d’amour sur ce blog. On va se faire chier je vous préviens. Si vous êtes trop en manque de mauvais esprit dépressif, vous n’avez qu’à aller chez  Vieux Félin).

Et donc, tiens, Amour toujours: je voudrais déclarer publiquement mon amour et mon admiration sans mesure pour Joann Sfar. En plus je viens d’apprendre que ce cher Joann travaillait souvent dans un café situé à côté d’un café où moi je vais souvent travailler. Me connaissant, je pense que d’ici environ 4 jours l’idée de tomber sur lui par hasard aura virer à l’obsession, donc autant que je déclare mon amour avant à l’écrit pour me calmer.

Et donc, le conseil lecture du jour mes bons amis (Elleestsifragile étant un blog complet et riches en oligo-éléments couvrant jusqu’à 70% des ACR (Apport Culturel Recommandé): Les carnets.

Je cite celui là parce que, bon, c’est l’Inde, et que dès qu’une oeuvre se passe en Inde, j’ai l’impression que l’auteur m’y adresse un message personnel et je me mets alors à dodeliner de la tête en parlant couramment tamoul et des  centaines de bracelets imaginaires cliquètent à mes chevilles alors je me mets pieds nus au milieu du périph pour danser une ôde à Nehru.

Mais pour ceux qui ne sont pas comme moi (je ne vous inviterais donc pas à découvrir le formidable festival de cinéma asiatique transgressif, tant pis pour vous) Sfar a édité d’autres carnets, sur le Japon, le Ukelele, l’harmonica… Mais en fait, on s’en fiche du thème: c’est d’une beauté, d’une richesse, d’une intelligence telle, tout ce que fait ce type, qu’il ferait un carnet sur les croquettes pour chien ou la crème de marron que ce serait passionnant !

Et puis c’est d’une densité telle que pour une fois on ne n’a pas l’impression d’avoir dilapidé son billet de 20 pour 5 minutes de plaisir (contrairement à, par exemple, un gâteau de chez Pierre Hermé ou une pipe avec une mineure esclavagiée sur un parking). Non, là, on en a pour du temps à se faire plaisir pour déchiffrer et intégrer les milliers de réflexions, d’anecdotes, de croquis, de pensées lumineuses, de blagues, et surtout pour savourer ce bonheur: suivre la pensée en mouvement. Admirer une réflexion qui s’élabore et se livre en même temps. Sans frime, sans pose (sans pause non plus d’ailleurs)…

Et comme Sfar est un être de lumière, il offre aussi chaque jour deux pages de son Journal de Merde sur le site de Télérama.

Catégorie roman-oppulent-intelligent-riche-drôle-et-c’est-dingue-il-y-a-le-Monde-entier-dans-ces-600-pages, (oui il y a peu de roman dans cette catégorie)(à part Belle du Seigneur)(et 100 ans de solitude) lisez aussi La Vie Mode d’emploie de ce bon George Perec. Et, pour toutes les petites pétasses matérialistes que nous sommes, ce sera lecture obligatoire des Choses. (Puisque c’est la journée des remerciements: merci à mon  ami le sale libertaire qui écoute la Motown pour ce conseil littéraire).

***********

En fait, vous savez, cette histoire de « le monde est pourri et rempli de chiens sans scrupule et vaut mieux se tirer une balle » ? Eh ben, bon, c’est pas vraiment vrai quoi. Parce que, quand même, y a aussi vraiment plein de gens de ouf sur Terre. Plein! Juste, ils sont moins visibles que les énormes tripotés de cons qui parlent fort et s’écoutent parler. Ils sont moins audibles que tous les débiles superficiels qui passent trop de temps à bien se coiffer pour en avoir à gâcher en s’intéressant à des trucs intéressants.

Ce qu’il y a de beau finalement, avec cette société normée et écrasante qui est la nôtre, avec l’enfermement imposé dans un modèle unique, cliché et réducteur, c’est que plus la norme est étroite, plus il y a de place pour vivre en marge. Et dans cette grosse marge que nous offre gentiment le capitalisme, bon sang, ça pullule… de marginaux! D’inventeurs, de créateurs: de tous ceux qui inventent des façons incroyables de réinventer la Vie!

Par exemple dans le Tracks de cette semaine, y a un peintre londonien qui ne peint que… sur des chewing gum écrasés sur les trottoirs! Ben lui aussi: je l’aime!

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Et 1 minute de video qui fait toujours du bien…

http://www.youtube.com/watch?v=AMij3xjEW-A

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5 réflexions sur “« Elle est sous Prozac! Elle est sous Prozac!! »

  1. J’ai un souci là. J’ai lu les quatre livres cités avec amour, mais du coup je fais quoi maintenant? Tu n’en aurais pas un ou deux autres, de la même trempe, à me caser sous la dent de sagesse? Reconnaissante à vie si oui.

    1. Hum j’en ai des paquets de chefs-d’oeuvre à promouvoir. Limite un de ces jours je me ferai un post Bernard Pivot (c)
      Là comme ça, d’office, si c’est pas déjà fait (vu que tu m’as l’air bien à jour de tes classiques) je dirais La Promesse de l’aube.
      Ou pour citer enfin un auteur femme ET vivante: Lignes de faille de Nancy Huston.
      Ou dans un autre style, le génial L’année où j’ai vécu selon la Bible de A.J Jacobs, le livre avec lequel j’ai emmerdé la terre entière pendant 6 mois…
      (https://elleestsifragile.wordpress.com/2010/12/16/nee-sous-une-bonne-etoile/)

      On verra comment on s’arrange pour la reconnaissance de dette à vie…

      1. Un an et demi plus tard: ai lu le Gary, ahbenvoui ce n’est pas de la camelote. Je vais essayer de trouver L’année où j’ai vécu selon la Bible il me tente bien (surtout après avoir passé un moment en compagnie curé de campagne de Bernanos). Si d’aventure un post littérature te venait à la plume, ne te réprime pas tu en mettrais au moins une en joie.

  2. En fait je n’ai pas tant lu, peu de classiques, mais là tu as tapé pile dans ce qui est déjà passé sous mes yeux, et a illuminé mon cerveau. Bon, j’ai désormais à nouveau un but dans ma terne existence, danke. Et hâte de lire les prochains articles, entre deux épluchages d’archives.

  3. Tant de références communes, My Fair Lady, et si les marginaux suivaient tous la même norme? D’autres titres géniaux : The Great House, de Nicole Kraus, L’équilibre du Monde de R. Mistry et Un garçon convenable de Vikram Seth. Les deux derniers ouvrages devraient inciter à danser au milieu du périph…

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