« Toi, t’es pas d’ici ! »

Une lectrice (ma seule lectrice, peut-être, qui sait?) me reproche le rythme -je cite- « indolent » de ce blog.

Tu as raison, lectrice et sache donc que je te présente mes excuses. Moi-même lectrice régulière de nombreux blogs, j’ai tendance à m’exaspérer quand je ne vois rien de nouveau pendant un mois et je me dis toujours « Non mais genre, il/elle est trop occupé(e) pour se targuer d’un petit post! Mon oeil! C’est juste un glandeur, ouais! Shné wexer*!« .

Donc si tu veux, écris-moi, et je t’enverrai avec joie les environ 52 textes que j’ai écrit depuis mon dernier post. En vérité, j’hésite juste tout le temps à publier ici d’autres trucs que des trucs écrits spécifiquement pour ici. (53ème texte du mois, vous excuserez qu’il y ait des phrases moches). Donc si tu veux un essai sur la condition des femmes auteures, la biographie en anglais d’une graphiste italienne, une nouvelle radiophonique sur la vie à la Défense ou une courte fiction mettant en scène des héros mythologiques dans une supérette, je me ferais une joie de t’abreuver de lecture.

Tout ça pour dire qu’en vrai je découvre justement ces temps-ci ce qu’est le contraire de l’indolence et ça me pose bien des questions. Le rythme auquel on choisit de vivre. Voilà une vaste question, isn’t it? Qu’est-ce qui nous conditionne ? Où est la limite entre ce qu’on choisit et ce qu’on subit? (ah oui, lectrice, j’ai aussi un opuscule lyrique de 48 pages dialoguées sur ces questions si tu y tiens)(avec même une intervention de BHL)(je ne comprends vraiment pas pourquoi je ne trouve pas d’éditeurs)(les gens sont si frileux).

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Enfin, mes interrogations, si elles ne sont pas nouvelles (mes biographes découvriront que ces angoisses métaphysiques étaient déjà présentes -certes sous des formes simplifiées- dans mes oeuvres de jeunesse. Les premières traces apparaissant dans mon journal intime autour de 1991)(soit l’année où j’ai appris à écrire)(cf un poème de 1992 intitulé « Le cafard dans le placard » où grosse modo j’abordais ces questions abyssales, presque sartriennes dirais-je: est-ce en moi que je peux trouver la solution à mes doutes? Mes doutes sont-ils vraiment miens? Ou ne sont-ils que la reproduction de schémas de famille et de société que je reproduis à mon corps défendant ?)(et le tout en rimes)(Quelle enfant adorable je devais être)(si tu veux, lectrice, je peux aussi t’envoyer, sur simple demande, ce beau beau texte du Cafard) mais elles ont aujourd’hui des causes légèrement différentes de d’habitude. (Oui, bah, relisez la phrase si vous vous êtes perdus hein).

Parce qu’il se trouve que depuis environ un mois et jusqu’à octobre, je ne bosse plus trop à Paris. Ou bien pas plus de 2/3 jours d’affilés, soit la durée nécessaire pour ouvrir mon courrier, l’entreposer dans un coin sans y répondre, faire une lessive, manger japonais, lire des posts de bloggeurs feignasses, boire des mojitos à 14 euro avec quelques amis qui se plaignent de ne faire que travailler -« on a des vies de cons »- et qu’il fait moche, « non mais c’est pas possible, porter un caban le 25 mai putain tu te rends compte?! ».. 48 heures de métro, de plaintes, de désolation, de ronchonnerie, de pollution, de récits de ruptures sentimentales horribles, de drames et de désespoir. Oui. Mais se plaindre entre amis que la vie est horrible en payant une addition de 87€ pour du rhum dégueu et du citron mal lavé, n’est-ce pas déjà une forme de bonheur?

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Bref.

Où donc suis-je les cinq jobs restants, vous demandez-vous avec excitation? Berlin? Tokyo? London baby? Ou encore un petit camp de concentration de derrière les fagots?

Non, j’opte pour des destinations plus exotiques encore: je suis, comme disent les pubs immobilières dans le métro « en régions ». Six mois à droite à gauche dans une sorte de challenge personnel de nomadisme, sillonnant notre contrée des chaleureuses terres humides du Nord-Pas-de-Calais aux contrées venteuses des Pyrénées-Orientales, des vignobles des côtes de Blaye à ceux des blancs de Bourgogne et via les rosées de Provence. (Oui, ce ne sont que des hasards auxquels je ne suis pour rien et sans lien avec le boulot, mais il se trouve que je ne pars bosser que dans des terres viticoles).

Donc, je me dis que je vais partager avec vous (enfin, avec toi, ma chère lectrice), mes découvertes en inaugurant un nouveau chapitre de l’histoire de ce blog de connasse parisienne. Intitulons-le sobrement: « Nos régions ont un incroyable talent ».

Et commençons en partant à droite, Messieurs Dames, au pays du Pinot  et des Bretzels. Ladies & gentleman…. l’ALSACE!

Ne pensez pas Strasbourg hein. La connasse parisienne quand elle se délocalise, fait les choses à fond: je ne vais pas dans une ville de plus de 1000 habitants. Pas de saloperie urbaine genre des gares, des transports publics, de la 3G, des centres commerciaux et des junkies. Donc ma première quinzaine de mai, ça s’est passé à peu près comme ça.

Ce qui est étonnant avec l’Alsace, c’est qu’on pourrait facilement croire que c’est une région qui en fait n’existe pas. Un truc juste inventé par l’UMP au moment des municipales pour faire croire que des gens votent pour eux.

C’est un peu trop loin pour qu’on envisage vraiment d’y aller, c’est un peu allemand, ça fait des vins avec des noms à 39 lettres, c’est plein de trucs imaginaires cocasses, genre les cigognes, ces flamants albinos qui ne chantent pas mais jouent des castagnettes avec leurs becs. Donc il serait logique de croire que l’Alsace est un truc inventé par les adultes qui aiment prendre les enfants pour des cons.

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Eh donc, en fait c’est fou: l’Alsace existe belle et bien. Et en fait, on l’a tous déjà vu des millions de fois sans même le savoir: attention révélation: l’Alsace, c’est le berceau de l’imagination de tous les petits gaulois. Kua??!

Ben ouais.

Si un jour vous avez regardé un Disney, je vous annonce la vérité: ça se passait en Alsace. (enfin sauf la Petite Sirène, qui se passe sous l’océan)(et le Roi Lion)(et sauf Aladdin qui se passe en Irak)(ça aussi c’est une révélation dingue quand même: vous aviez déjà réalisé que Aladdin se passait à Bagdad??! De là à dire que Jafar = Saddam Hussein et que le Génie (interprété par Robin Williams rappelons-le) représente l’armée libératrice américaine… et ce classique de notre enfance prend soudain une autre portée hein?).

Bon, je sens que je vous perds, restons sur l’Alsace. Qui est donc, avec ses petits maisons fleuries à colombage, ses ruelles pavées pittoresquement sinueuses, ses fontaines bien circulaires, sa propreté un peu anxiogène (on est à 20 bornes de l’Allemagne, ils doivent donc utiliser la même méthode consistant à manger leurs propres déchets), ses monts vallonnés, ses forêts inquiétantes et ses châteaux mystérieux, l’Alsace donc, est le modèle qui a inspiré tous les Disney (d’avant 1996).

Et avant ce bon vieux Walt, qui n’est lui-même qu’un gros copiteur, c’est là que se déroulent tous les contes de notre enfance. Les Grimm, Perrault, la Belle au Bois Dormant, James et son haricot magique, Hansel et Gretel, tous nos héros enfantins et nos mythes, mes chers enfants, sont en fait alsaciens! (Il n’y a de toute façon qu’en Alsace qu’on est assez balèze en pâtisserie pour réussir à faire une maison entière en pain d’épice)(et que le pain d’épice est assez dur pour faire des murs porteurs).

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Quand vous passiez vos vacances de Toussaint sous la pluie dans un HLM de Maubeauge à dessiner des jolis paysages (boring) aux crayola, vous savez, ce paysage tout à fait imaginaire, que vous, petit citadin précaire, n’aviez jamais vu de vos yeux mais pensiez être le paradis sur terre? Les maisons pastels, le clocher de l’église au milieu, les petites montagnes dodues à l’arrière plan, avec des les carrés de verts différents pour faire les zones de culture et les sapins en altitude coloriés avec le feutre vert foncé qui marchait plus trop? Eh bien, oui, ça se trouve en l’Alsace. (ou bien sur les affiches de campagne de Le Pen, mais c’est une autre histoire…°

Vous croyez que je plaisante? Ok, Saint-Thomas. La preuve en image:

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Bon, ça vous va, là?

Vous pouvez donc imaginer qu’après deux semaines qui m’ont paru six mois, coupée du monde et de l’actualité, à coup de grandes marches oxygénantes chaque matin, de bretzel croquant, de Freizengeist* brûlant, d’accent chantant, de bouchons sautés de crémant (« Le 2eme meilleur effervescent du monde » dixit l’étiquette)(après l’Eferalgan bien sûr), dans ce village où chaque matin les gens chantent « Bonjour bonjour », le retour à Paris est une expérience assez troublante.

L’arrivée Porte de St Ouen, la ligne 13 à 19:30 et le radio-réveil le lendemain qui s’allume pour m’expliquer comment un type s’est fait massacrer dans les rues de Londres à coup de hachoir.

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Non pas que je rêve de vivre en Alsace, hein, ne plaisantons pas. Déjà, je ne pourrais pas, vu qu’il n’y a pas d’alternative professionnelle à part viticulture ou tourisme, et vraiment, vendre des mugs à l’effigie d’un oiseau imaginaire, c’est trop m’en demander. En plus ces gens sont des acharnés de travail « concret » et j’ai des relations trop conflictuelles avec le concept de « vrai travail » (un truc de droite). En revanche, ils prennent le temps de faire les choses les unes après les autres nouma longsom* et ça, je pense que ce n’est pas un mauvais apprentissage et que, réduisant le stress perpétuel, ça doit augmenter l’espérance de vie (mais vu qu’ils boivent de l’amère-bière à partir de 10 du mat’, l’un dans l’autre, y gagne-t-on vraiment?)

En tout cas, ce petit séjour aura eu le mérite de mettre une nouvelle corde à mon arc: je peux désormais ajouter « alsacien courant » dans mon CV. Le maire du village a été formel quand je l’ai félicité en alsacien* sur son lapin aux olives : j’ai un très bon accent.

Bref glossaire phonétique:

* Schné wexer: littéralement « branleur de neige ». S’utilise comme « bande de branlos ».

* Freizengeist: liqueur digestive à base de 50 plantes qui se conserve au congelo puis se fait brûler (accompagnée d’une petite prière en alsacien) au moment de servir jusqu’à ce que les cristaux de sucre fondent. Très bon, et effectivement, à partir du 3eme, on a bien digéré. C’est le réveil le lendemain qui en revanche est moins évident.

* Nouma Longsom: lentement.  Ou mieux, dites  « heinz noum andra« : littéralement: une chose à la fois. La base de la psychologie de ces terres de sérénité (enfin, sérénité tant que t’es blanc, riche et originaire du coin depuis 34 générations. Sinon, c’est rapidement que t’as intérêt à déguerpir)

* Dites « sèch a knoss » (« c’est un régal! »)pour être réinvité dans l’avenir. Bien manger, c’est l’autre priorité des alsaciens. D’ailleurs, selon eux, dans les autres régions, on meurt de faim. Quand je vous dis qu’Hansel et Gretel sont de là-bas…

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Bon, demain, je pars sur le Larzac. Le prochain cours de socio-géographie délocalisé parlera donc de fromage de chèvre et de musique du monde.

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3 réflexions sur “« Toi, t’es pas d’ici ! »

  1. « L’arrivée Porte de St Ouen, la ligne 13 à 19:30 ».
    Je sais pas toi, mais moi, j’appelle ça L’Enfer. Surtout après de si jolis paysages.

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