« Tu t’es vachement radicalisée non? »

Non je n’écrirai pas sur les 343 connards. Je ne commenterai pas. Je ne donnerai pas mon avis. Je me suis énervée sur beaucoup de sujets. Je ne poste que des trucs sur le féminisme. Je me fatigue moi-même. Le nombre de fois dans une semaine où je dis « patriarcat »? Je vous jure que c’est effarant. Je pense que je dis environ 10 fois plus souvent « prisme du patriarcat » que « passe-moi le sel ». (ma maman m’a appris à manger peu salé, mais quand même)

Et puis je ne suis pas chroniqueuse chez Ruquier (malheureusement pour mon banquier) donc je ne vois pas pourquoi je devrais donner mon avis sur tout avec l’humour et le bon goût d’une Natasha Polony.

Donc voilà: je vais faire l’impasse et ne pas m’enflammer sur le sujet de la prostitution.

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Pourtant j’ai failli écrire à Philippe Caubère pour lui dire combien ses prises de position m’avaient brisé le coeur (« Il y a peu vous étiez pour moi l’un des plus grands comédiens du monde, je vous aimais même ringard, même quand vous portiez des costards blancs, je vous pardonnais jusqu’à vos affiches grotesques que vous aviez du acheter en solde au graphiste de Tabarly »…)(c’était une bien belle lettre que je me suis écrit dans ma tête)(enfin c’est une traduction, parce qu’en général je me fais mes monologues intérieurs en anglais)(pas vous?)

Mais bref, j’ai pas écrit à Caubère, ni à Beigbeder, ni à Périco Legasse (j’avais envie d’écrire à Périco Legasse (qui est le mari de « cette connasse de Natasha Polony » dixit lui-même) juste parce que je viens de découvrir grâce à lui que Périco étant un prénom et je voudrais lui demander pourquoi)(je croyais jusqu’à hier qu’il s’appelait Peri Colégas, et Péri, ça, ça ne me choquait pas du tout comme prénom)(comme Perry de Melrose Place)(la méchante femme de Kyle)(je suis coutumière de ce genre de choses: c’est vers 12 ans que j’avais découvert que Charles Aznavour était un homme appelé Charles et non pas une Mme Charlaz Navour).

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Donc Périco, ce type lippu et évidemment dégueu (comme tous les gens qu’on qualifie de « lippu ») lui aussi s’offusque et se bat pour qu »on ne touche pas à sa pute« . (Slogan le plus aberrant de l’année)(qui détrône donc cette consternante pub Ikea)… Non non, je n’entrerai pas dans le débat! Je passe une semaine par Paris entre deux fois un mois dans le sud dans des conditions de rêve, je ne peux pas me mettre de mauvaise humeur direct, ce serait trop cliché. Je suis rentrée de Provence en n’étant qu’amour pour mon prochain, je vais essayer de conserver cet état de pureté intérieure acquise grâce à ma retraite en monastère.

Non, ce n’est pas une façon de parler, je ne sous-entends pas que les villages du sud sont tellement calmes et la 3G tellement hasardeuse et les occasions de draguer tellement faibles qu’on se croirait dans un monastère, non, j’ai vraiment passé un mois dans une cellule. De 100 mètres carrés, avec jardin privatif croquignolet et mieux équipée en électro-ménager que chez moi (faut dire que mon four, mon lave-linge et mon micro-ondes sont morts mais je refuse de les changer)(c’est un acte politique: je m’oppose à l’obsolescence programmée en allant à la laverie)(chacun ses combats). Mais une cellule quand même. Enfin, un monastère où il n’y a plus de moines depuis la Révolution Française, mais on s’en fout, ne soyez pas pointilleux. Il y avait une chapelle, des fresques pastels italiennes du XIVe siècle, du silence et des fantômes. C’était un vrai cloître. J’ai travaillé assise dans l’herbe du jardin du cimetière, vautrée sur quatre siècles de cadavres de chartreux (l’herbe y est curieusement verte pour la région)(le chartreux médiéval est un excellent engrais). J’ai cogité au sens de l’existence et j’ai rencontré des gens improbables et je suis revenue si pleine d’amour que j’accepte maintenant de prendre la ligne 13.

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Même le titre de ce blog me semble soudain bien négatif. J’envisagerais de le renommer « elle est si fragile (et elle n’est qu’amour de l’humanité) » mais j’ai peur que la Scientologie me propose des posts sponsorisés.

Bon, je vous ai raconté mes vacances à Buchenwald, donc je ne suis plus à un WTF près, alors autant vous dire la vérité: je suis devenue copine avec deux des professions les plus polémiques du monde: un prêtre. Et un torero.

J’ai donc sur mon répondeur des messages comme je ne pensais pas en avoir un jour, moi fille connasse d’intello gauchistes de la rive droite. Des messages de gens avec l’accent du Sud (si!) qui disent « Bonjour My Fair Lady. Ici le Père Hervé. Pardon, j’étais sur répondeur: je donnais l’extrême onction. Si vous voulez, on peut prendre un café demain après ma messe de 8h30. Attendez-moi au presbytère ». Dans mon agenda, il y a écrit des trucs dingues genre « Samedi 20h: resto avec torero. Dimanche 11h: messe. Mardi: fantômes. Jeudi 11h: interview spécialiste des pierres ».

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J’ai dîné avec un torero de droite qui m’a expliqué l’histoire des sacrifices humains et je l’ai trouvé passionnant. (j’ai des discussions par texto avec un torero)(je ne pensais pas écrire un jour une phrase pareille…) J’ai bu le café au presbytère et j’ai rigolé au blague du curé (« vous connaissez celle du catho qui cherche une place de parking?! »). Je me suis laissée convaincre par Benoît d’acheter un zinc d’URSS pour protéger mon appartement des ondes néfastes.

Bref, si je ne suis pas devenue mystique, je suis devenue tolérante. Et ça, c’est dingue. Moi et mon anti-cléricalisme génétique sommes un peu perturbés. Ma famille est choquée. Ma soeur s’inquiète (« non mais à la messe? T’es barge ou quoi? Ils vont essayer de te convaincre de… trucs! »). Mes potes ricanent (« au presbytère? Au PRES-BYT-ère? Ah ah! Genre trop en manque quoi, mwouarf mwouarf mwouarf! »).

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J’avoue : je me sens un peu schyzo. Les mois précédents, j’avais atteint le top de ma politisation. Je vivais en communauté, on ne mangeait plus de gluten, plus de vinaigre balsamique, 34 fruits et légumes par jour, j’étais greffée au fil RSS du Monde Diplo. Vous pouviez me lancer sur n’importe quel sujet d’actu, je vous déroulais un argument béton pour vous démontrer les mensonges des média, des industriels, des politiques, des financiers, de tous les connards de la planète depuis l’inventeur du système monétaire (XIVè siècle).

J’étais un peu fatiguée, parce que quand on commence à chercher les causes des problèmes du monde, on devient vite addict et on a des cloches qui sonnent toute la journée dans le cerveau.

Tu as laissé la lumière des toilettes allumées? Ding! Dang! Dong! Electricité -> nucléaire -> Fukushima -> le 1er ministre japonais qui veut réouvrir les centrales -> accord financiers Japon/USA  -> capitalisme -> réserve fédérale ->…. etc etc.

Courses au supermarché? Ding!  -> colère contre les légumes grandis en serre -> traitement des ouvriers marocains en Espagne -> néocolonialisme -> pillage des ressources naturelles par l’industrie française -> Areva en Afrique -> capitalisme… etc…

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Donc en septembre, j’étais un peu sur-au-taquet, voyez. En colère contre à peu près tout. Je n’allais plus qu’à la Biocoop (acheter de saison ce n’est pas assez. Bio ce n’est pas assez.  Local et bio ça commence à aller. Mais vraiment local: je refusais tous les produits manufacturés au sud de la Loire). En vélo. En laissant passer tout le monde à la caisse avant moi (être pressé =  se soumettre à la fourberie capitaliste).

J’ai expliqué à tous les gens que j’ai croisé comment Nathanaël de Rothshield avait privatisé l’économie américaine et mis les présidents à la botte des banquiers depuis 1913 et d’ailleurs sûrement que si JFK a été assassiné…

J’avais des palpitations à chaque fois que je lisais une ligne sur l’intervention (enfin sur la non-intervention) de l’ONU en Syrie parce que, pfff, y a rien d’humanitaire, tout ça n’est qu’une histoire de pétrole (-> indépendance énergétique -> mensonge de l’Agence du Nucléaire -> Areva en Afrique), que les chinois absordent déjà 1/4 du pétrole iranien, ah oui, parce que tout ça, c’est une histoire de choper des points stratégiques en Iran genre le Détroit d’Ormuz où transite 60% du pétrole mondial et donc les russes…

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Bref, comme l’a chuchoté mon beau-frère inquiet: « Euh, dis donc, tu t’es vachement radicalisée quand même… ». (Je venais de lui faire sur 30 bornes, un long monologue sur Goldman-Sachs, le troc et le tofu)

« T’es en trip complotiste? » me demandait ma soeur, un peu déboussolée. Ce à quoi je répondais que pas du tout, mais franchement quand tu regardes les PREUVES, le monde n’est qu’un ignoble mensonge qu’on nous fait avaler en nous gavant de produits made in china (ah oui, c’est le moment où je me suis mis à boycotter toutes les marques exploitant la main d’oeuvre sous-payée et telle Arnaud Montebourg, je vivais en marinière de Franche-Comté)(peu flatteuse mais politiquement juste). Là je me suis mis à expliquer à ma soeur comment elle était aveuglée par la société de consommation, qu’elle avait une vie égoïste et dégueulasse, abrutie par les media corrompus et que si…

Et soudain j’ai soupiré et me suis écroulée sur le canapé avec très très envie de pleurer. « Je suis fatiguée », j’ai avoué. Je suis fatiguée d’être en colère contre tout. Je me fatigue de donner des opinions avec un aplomb digne d’un éditorialiste de Libé. Je me fatigue à ouvrir tout le temps ma gueule. A m’insurger contre tout. Je me trouve trop petite, comme un pauvre grain de sable. Je suis ballotée par les vents. Je n’ai pas les moyens d’action et si je les avais je ne saurais pas du tout quoi faire! Je n’ai aucune réponse aux milliards de sujets que je ne comprends pas. Je m’épuise à m’insurger mais je peux fait quoi à part prêcher auprès d’amis qui ont l’amabilité de me laisser parler, à part filer 20€/mois à Greenpeace et manger des graines germées arrosées de vinaigre de vin, ce qui est franchement moins bon que du balsamique?

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Alors ma soeur et moi avons préparé le dîner. J’ai fermé ma gueule. On a parlé de trucs légers et cons. Et la boule qui me bouchait la gorge s’est un peu détendue.

Non je ne prône pas qu’il faut se foutre de ce qui se passe autour de soi. Evidemment pas. Evidemment que tout est politique et que le monde est bizarrement construit sur des systèmes volontairement opaques. Et lutter pour éclairer ce qui est caché dans l’ombre, c’est plus que nécessaire, c’est un devoir. Mais pfff. C’est très fatigant la lutte en continu.

Et un mois dans le calme du monastère, cachée derrière des murs de 3 mètres d’épaisseur, un mois à prendre le temps d’écouter les autres en fermant ma gueule, à ne pas donner d’opinion, à ne pas AVOIR d’opinion, à écouter des points du vue tellement éloignés des miens… eh ben, punaise, qu’est-ce que ça m’a fait du bien. De casser ses certitudes. De l’humilité je crois que ça s’appelle. D’accepter de n’avoir aucune réponse, de ne pas en demander aux autres non plus. De ne pas vouloir séduire avec brio et arguments et anecdotes. De se dire qu’on n’a pas plus raison que l’autre.

J’ai écouté des dizaines de personnes me raconter leurs tocs et leurs superstitions. Ce que chacun s’invente, fabrique, en quoi chacun croit pour se rassurer face à l’océan d’inconnu qui tempête autour de nous. Il y en a un qui fait des multiples de trois. Une qui le soir mélange les sachets de tisane usagés seule dans sa chambre. Un qui pense combattre la Mort en tuant des toros. Un qui porte des colliers de tourmaline du Pérou. Une qui fait des voeux en jetant des ricochets à l’eau. Un qui classe ses pinces à linge par couleurs. Un qui croit que ça porte malheur de finir une phrase par une certaine lettre. Un qui pense que la Vierge est tombée enceinte de Dieu. Un qui évite les lignes noires des passages piétons. Et d’après les livres que j’ai lus, les hommes de Néanderthal faisaient déjà des rituels du même genre. Des rituels pour se rassurer parce qu’on n’a pas de réponse et qu’on essaye de faire au moins mal.

Alors pardon, mais je n’ai pas envie d’argumenter sur 343 types qui trouvent justes d’acheter la misère des autres pour leur plaisir personnel, et s’en vantent dans un magazine appartenant à un ancien du FN et ancien directeur de Minute.

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Vous avez capté ? Je suis Ranma 1/2. L’incarnation manga du conflit intérieur en mode lunatique de l’extrême. (Je vous rappelle que Ranma est à la fois une fille et un garçon! )(coucou les alatoyallas anti théorie du genre! Eh bé ? Que n’êtes vous allé brûler les VHS de ce pernicieux dessin animé?).

On a du me faire tomber un jour dans une source magique (j’ai passé de nombreux étés au Puy-en Velay, une région pleine de bizarreries) et depuis je deviens un truc ou son contraire à chaque douche. Tantôt le père sympa tantôt le gros panda. Tantôt le dragueur relou tantôt le petit cochon noir. Tantôt le mec à lunettes tantôt le canard à lunettes (les spécialistes situeront). Tantôt militante énervée tantôt timide petite fleur. Tantôt bavarde speed et sociable. Tantôt planquée et déconnectée.  Tantôt anar tantôt mystique. Tantôt ce que je crois être tantôt je sais pas quoi. (Bref, j’arrête la métaphore, vous voyez l’idée).

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Bon,  je vais prendre un bain chaud et je reviens vous faire un post quand je suis redevenue moi-même.

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